[Edito] La foodtech de l'invisible

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Yves Puget

Ne pas rester sur la touche ! Le mot d’ordre a été lancé depuis des mois par bon nombre de dirigeants. Ils ne veulent pas voir passer le train de la foodtech sans monter dedans. Il s’agit de cette ribambelle de start-up qui propose des innovations technologiques autour de l’alimentaire, de la production à la livraison à domicile. En France, quelque 495 millions de dollars ont été investis dans ces « jeunes pousses » en 2019. Bien loin des États-Unis (8,7 milliards) ou de la Chine (3,2 milliards), mais le mouvement est lancé.

Des partenariats se signent. Des exclusivités s’accordent. Des prises de participation s’opèrent. Des rachats se décident. Des accords se nouent avec des géants du digital. Des collaborations se montent avec des fonds d’investissement. Des rapprochements s’opèrent avec les écoles. Et des lieux physiques – pardon des accélérateurs, des showrooms ou des espaces de coworking… – s’ouvrent pour mieux cogiter. Face à cette offre protéiforme et foisonnante, l’important est de débusquer les pépites. D’y aller sans trop se disperser. Et d’insuffler en interne un nouveau souffle, d’apporter d’autres pratiques, de gagner de l’agilité. Fini le temps des équipes pléthoriques avec des prises de décision parfois complexes et longues.

Si ces start-up sont indispensables pour préparer le commerce de demain, il y aura néanmoins des échecs. Et même beaucoup. Car tout n’est pas rose dans ce petit monde qui fait tant rêver. Bien souvent, les modèles économiques sont peu rentables. La livraison à domicile a ainsi connu quelques échecs retentissants. À tel point qu’on commence à dire qu’il s’agit de l’arbre qui cache la forêt. À l’instar de ceux qui pensaient au début des années 90 que le scanning n’allait servir qu’à accélérer le passage en caisse, sans voir l’immense intérêt de la collecte des données, cet « or noir » des distributeurs.

Car bien au-delà de ce qui se voit facilement (la livraison, le marketing…), la révolution de la foodtech se fera peut-être aussi – ou davantage – du côté de ce qui ne se voit pas. De grands espoirs se trouvent du côté de ce que les entreprises cachent, car outil concurrentiel, alors qu’on ne parle que de ce qu’elles exposent, car vecteur d’image. Il faut fouiner dans les process (supply chain, fabrication…) du B to B plutôt que de s’émerveiller de quelques gadgets (coaching, objets connectés…) du B to C.

Loin de moi l’idée de penser une seule seconde que des start-up ne révolutionneront pas la livraison à domicile. Et certaines génèrent déjà des changements structurels, par exemple ­autour du circuit court, du recyclage ou de la lutte contre le gaspillage. Sans oublier celles qui planchent sur l’innovation produit ou l’emballage. Mais le taux d’échec sera très important et seules quelques pépites s’en sortiront. Je pense en revanche que les drones aidant les agriculteurs ou les solutions de blockchain, la numérisation de la chaîne d’approvisionnement et toutes ces innovations autour de la gestion de la data, de la planification, de la prédiction et de la robotisation trouveront plus aisément la rentabilité tant escomptée… La revanche de la foodtech de l’invisible sur celle du buzz médiatique. 

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Article extrait
du magazine N° 2620

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