[Édito] Le danger du consensus

Yves Puget

A priori, il n’y a aucun point commun entre le plan Auchan 2022, qui engage l’enseigne dans l’adaptation de son modèle, et le salon NRF 2020 qui vient de se tenir à New York, avec sa kyrielle de store tours. Et pourtant, dans les deux cas, il existe une similitude sous la forme d’un consensus généralisé. Aux États-Unis comme en France, tout le monde va dans le même sens. À New York, on ne jure que par l’expérience client et l’excellence opérationnelle. On rêve d’intelligence artificielle. On se pavane devant les écrans. On s’amuse des robots et des drones. On parie sur le vocal. Et on discute avec des start-up jamais en mal d’imagination. Pour tous les distributeurs croisés là-bas, même si l’usage commence à l’emporter sur la techno, point de salut sans ces nouveaux outils et de nouvelles pratiques. Chez nous, tous les distributeurs alimentaires tiennent également plus ou moins le même discours. Ils veulent tous revoir leurs assortiments, avec plus de produits bio, locaux et sains… Et, bien sûr, ils parient tous sur le digital, le cross-canal, le click & collect… Sans oublier qu’en France (nettement moins aux États-Unis…), c’est à qui sera le plus « responsable », le plus « green ».

On peut bien évidemment se réjouir d’une telle unanimité. Se dire qu’enfin, les lignes bougent et se satisfaire de voir tous ces distributeurs parler de transition ou de transformation. Se rassurer en disant que, du côté d’Auchan comme à la NRF, on croit encore à l’avenir du magasin et que les années où l’on parlait de retail apocalypse sont peut-être derrière nous. Il existe pourtant un petit goût amer, voire un soupçon d’inquiétude. Car ce n’est pas forcément rassurant de voir tout le monde tenir le même discours, lancer les mêmes plans et développer la même vision stratégique tout en affirmant détenir seul la martingale. Il faut en être conscient : demain, ceux qui s’en sortiront ne sont pas ceux qui feront comme les autres. Dans l’offre, le digital, les services ou le management, il revient à chaque distributeur d’être fort, et même exemplaire, sur ses valeurs et de trouver son petit truc en plus. Cette pratique ou ce choix qui fera qu’on ira peut-être un petit peu plus chez lui que chez un autre. Et à New York, Amazon Go (pas de caissières) n’a rien à voir avec Trader Joe’s (le bureau du directeur au centre du magasin). En France, Auchan cherche ainsi sa différence en ambitionnant d’être sélectionneur-concepteur d’une offre unique (lire p. 6 à 9).

Enfin, dans cette belle unanimité, ceux qui gagneront seront ceux qui seront irréprochables dans l’exécution des plans stratégiques. Car il ne suffit pas de faire de grandes déclarations. Encore faut-il les appliquer, avec les moyens suffisants (ces développements sont budgétivores et chronophages), et s’y tenir dans le temps. Ne pas faire marche arrière trop rapidement sous prétexte d’une baisse de la rentabilité, du cours de Bourse ou de la fréquentation. Ne pas oublier que toutes les équipes se doivent d’aller dans le même sens avec un objectif commun partagé et validé par tous.

C’est ainsi que les années qui viennent mettront à l’honneur des entreprises qui ont des projets (si possible différenciants), qui passent à l’acte et qui ont une parfaite maîtrise de l’exécution. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2587

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