[Edito] Le droit de commercer

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Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA.
Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA.

Je sais le sujet sensible. Je suis conscient qu’en émettant des doutes sur le mouvement des « gilets jaunes », je prends le risque de recevoir des critiques acerbes. Certains n’ont d’ailleurs pas attendu puisqu’ils ont écrit que j’étais méprisant, que je n’apportais pas de solutions, que j’étais à la solde du commerce et de l’industrie… Ce prérequis établi, je répète que je comprends très bien ce ras-le-bol fiscal, que je suis parfaitement conscient de la difficulté réelle et inquiétante de ces millions de Français qui ne peuvent pas boucler leurs fins de mois. Que je peste souvent contre les gouvernements qui préfèrent la gestion à la vision, l’impôt à la réforme.

Mais je revendique aussi le droit d’être tout à la fois en accord sur le fond et en désaccord sur la forme. Car autant certains « gilets jaunes » agissent d’une façon totalement respectable, autant d’autres franchissent des lignes… jaunes. En bloquant des routes, ils étranglent le petit et le grand commerce, les PME et les multinationales. Si le droit de manifester est implicitement ­garanti par la Convention européenne des droits de l’Homme (seul le droit de grève est inscrit dans la Constitution française), les articles concernés (les 10 et 11) n’indiquent en rien la moindre corrélation avec le blocage des accès et des transports. Dit plus clairement, les droits de travailler et de commercer sont tout aussi légitimes que ceux de manifester ou de faire grève ! Il est urgent d’inventer une autre façon d’exprimer sa colère ou son désarroi que les sempiternelles « prises d’otages » des Français et de notre économie.

Alors que le commerce est fragilisé par une consommation qui stagne et par la concurrence de l’e-commerce, le blocage de quelques sites (entrepôts, centres commerciaux…) génère des magasins vides de monde, des rayons vides de produits et des points de vente qui ferment temporairement. Au final, certains évoquent 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires perdu. Qu’en ont pensé les personnes qui ont dû subir quelques jours de chômage technique ? Qu’en diront les salariés (caissières, employés de libre-service…) qui verront s’envoler leur espoir de primes et, pire encore, ceux qui pourraient subir dans quelques mois – je ne le souhaite évidemment pas – la fermeture définitive de leur maga­sin ?

Maintenant, il revient au président de la République de débloquer la situation. La solution ne passe ni par un nouveau comité Théodule ni par des aides abstraites pour ceux qui font leurs courses à 1 € près. Il est urgent d’entendre cette fronde qui gronde et de comprendre ceux qui prendront de plein fouet en 2019 une nouvelle hausse des taxes sur les carburants, mais aussi les effets de l’impôt à la source, l’augmentation du prix de l’électricité, le retour de l’inflation dans l’alimentaire… Le mouvement des « gilets jaunes » finira bien par s’essouffler mais la question du pouvoir d’achat ne s’envolera pas comme par miracle. Il est même très probable que ce problème sera au cœur des débats en 2019. Voilà pourquoi des solutions simples et efficaces, et donc audibles, doivent être présentées. Comme cette idée que 1 € en plus de taxe carbone doit correspondre à 1 € de taxe en moins ailleurs. Si tel avait été le cas, peut-être que les « gilets jaunes » ne se seraient pas servi de leur droit de manifester et que le droit de commercer n’aurait pas été remis en cause…

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Article extrait
du magazine N° 2533

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