[Edito] Le Paris du commerce

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Yves Puget

Si le commerce parisien traverse une mauvaise passe, il ne sert à rien de désigner un seul fautif. Les causes sont multiples : marasme économique, attentats, inondations, météo, grèves, fermeture des berges... Sans oublier la concurrence accrue du e-commerce et les nombreuses ouvertures de points de vente. Comme disait un ancien maire de Paris, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille »…

Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de voir des chiffres d’affaires en berne. Et si la capitale ne retrouve pas rapidement une dynamique forte, elle perdra non seulement des recettes fiscales et de l’emploi, mais aussi sa légendaire attraction touristique.

Pas question, bien sûr, de dérouler le tapis rouge à quiconque ou d’accorder des passe-droits. Mais il est nécessaire de comprendre l’enjeu économique de cette activité, de saisir sa fonction d’ascenseur social et d’admettre que le débat ne se résume pas à l’affrontement entre le grand et le petit commerce. Que derrière des groupes, il existe des indépendants, des coopérateurs, des franchisés, des gérants mandataires. Que le commerce est tout autant multiformat que multiorganisation. Que tous les entrepreneurs sont soumis à des contretemps inévitables (météo…), dommageables (grèves…) ou incompréhensibles (fermetures nocturnes…). Qu’il revient aux élus de les aider à affronter ces aléas et en faire des alliés du développement économique de leur cité.

Certaines villes ont compris l’enjeu. Non seulement elles ne refusent pas la modernisation de leur appareil commercial, mais elles le favorisent en repensant l’urbanisme et l’aménagement du territoire sans avec, à la clé, un urbanisme repensé, un aménagement du territoire sans a priori. Elles ne crient pas à la concurrence déloyale à chaque nouveau service d’un e-commerçant et ne brandissent pas la bannière des acquis sociaux lorsqu’il s’agit d’ouvrir quelques dimanches de plus.

Quant aux ministres du Commerce de tous bords et autres élus parisiens, qu’ils ne se contentent pas d’arpenter les magasins seulement le premier jour des soldes ou pour les illuminations de Noël… Même s’ils étaient nombreux à l’inauguration du nouveau Forum des Halles, qu’ils visitent aussi le centre commercial Rosa Parks, dans le 19e arrondissement, les derniers magasins Boulanger, Carrefour City, Relay, GiFi, et même L’Oréal. Ou l’entrepôt d’Amazon dans le 18e.

Si Paris ne veut pas ressembler à ces villes britanniques et américaines où des artères et des quartiers se sont transformés en friches commerciales, elle doit anticiper le commerce de demain. Il revient à chaque maire, à chaque élu d’avoir cette vision économique et urbanistique. D’anticiper la place des drives, d’analyser le phénomène des casiers, de réfléchir à la problématique des livraisons à domicile, de revoir les plans de circulation, de suivre la valeur des baux, d’éviter les vacances commerciales, de limiter les taxes en tous genres et de faciliter les ouvertures dominicales ou nocturnes. Finalement, de ne pas sanctuariser le commerce. Tout en maintenant cet équilibre si précaire entre la préservation du petit commerce et des grandes surfaces, entre les indépendants et les « chaînés », entre l’alimentaire et le non-alimentaire, entre les artisans et les distributeurs, entre les boutiques traditionnelles et celles qui défrichent les secteurs de demain, entre le commerce touristique et celui du quotidien, entre l’e-commerce et les bons vieux magasins. Une harmonie délicate mais indispensable, tant une ville sans commerces est une ville qui se meurt.

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Article extrait
du magazine N° 2431

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