[Edito] Le père Noël sera injuste...

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Yves Puget

Jamais les ventes de Noël ne seront autant commentées. Chacun fera sa petite analyse, guettant le moindre signal confortant son opinion ou alimentant la machine à buzz des réseaux sociaux. Au-delà de cette « diarrhée verbale » qui s’annonce et de cet amoncellement de chiffres et d’études qui se profile, il faut bien reconnaître que les semaines à venir donneront quelques idées de l’état physique et moral de la France. Si les ventes ne décollent pas, ils seront nombreux à parler du déclassement de cette fameuse classe moyenne, de la paupérisation de la population, de la montée de la précarité et de l’explosion du chômage des jeunes. Ils justifieront leurs thèses avec la bonne forme des enseignes à bas prix, se lamenteront devant les files d’attente des Restos du Cœur et prédiront le retour des « gilets jaunes ». Et ils affirmeront que ce n’est qu’un début, tant faillites et plans sociaux sont à craindre. Et malheureusement, tous ces arguments sont difficilement réfutables.

Mais « en même temps », il se peut que la catastrophe annoncée ne pointe pas le bout de son nez. Que le besoin de se faire plaisir l’emporte sur la morosité ambiante. Que cet argent non dépensé – cette épargne quasi forcée – pendant les deux confinements le soit pour « passer à autre chose ». On mettra alors en avant les bonnes ventes des produits festifs. On assurera que les achats des réveillons sont plus que jamais bio, locaux et sains. On constatera que les enfants n’ont pas été oubliés et que les cadeaux sont toujours aussi nombreux. Les professionnels parleront alors de valorisation.

Sur le papier, ces deux versions s’opposent, mais dans la réalité, il est très probable qu’elles se juxtaposent. Car, du côté des consommateurs, les écarts se creusent avec évidence entre ceux qui ont perdu leur emploi et ceux qui ont continué à toucher leur salaire. Et ces inégalités s’observent aussi dans les rayons. Entre des produits jugés essentiels parce qu’ils confortent cette envie de fête et ceux dont les achats sont plus mécaniques et peuvent être reportés. Entre les catégories qui profitent de l’aubaine (les gels hydroalcooliques, les masques, le fait-maison…) et celles qui sont reléguées au fond du placard. Entre ces industriels qui ont su innover pour proposer d’autres solutions et ceux qui font la même chose que les autres. Entre ces enseignes qui ont le bon assortiment, le bon prix et le juste stock, et les autres. Entre ces grandes surfaces bien implantées dans des zones d’habitation et celles installées dans des zones de bureaux ou touristiques désertées (à Val Thorens, Paris ou Cannes…). Entre ces magasins pénalisés par la jauge des 8 m² et ceux qui disposent de la place suffisante. Entre ceux qui géreront aisément les files d’attente à l’extérieur et ceux qui seront dans la « panade » (petit trottoir, mauvais temps…).

Voilà pourquoi, cette année, le père Noël sera clairement injuste. D’où, face à ce Noël des inégalités et des ruptures, un grand besoin d’entraide, de l’État et des banques vis-à-vis des entreprises, et de ces mêmes entreprises vis-à-vis de leurs partenaires économiques. Et de tout le monde vis-à-vis des consommateurs en difficulté. Et là, j’espère ne pas croire au père Noël…  ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2630

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