Marchés

[Edito] Le sérieux de l’origine

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Yves Puget

Vendredi 28 février, la première réunion du groupe de travail de la DGCCRF sur l’indication de l’origine géographique pour les produits transformés se tiendra à Bercy. Une initiative salutaire, tant on voit se multiplier les actions pour répondre à cette louable attente de transparence. Et tant il convient de ne pas tomber dans la surenchère. Car la taille des emballages va finir par afficher ses limites devant tant d’informations : labels, signes de qualité… Au risque que les consommateurs n’y comprennent plus rien et se transforment en « logophobes ». Sans oublier tous ceux qui n’évoquent que le rôle de la matière première, omettant l’importance du transformateur et ignorant toute notion de savoir-faire ou de rapport qualité/prix.

L’Union européenne demande aussi du sérieux. Ce rêve a toujours un sens et il convient de ne pas s’enfermer dans un débat franco-français. Ne pas passer trop vite du nécessaire soutien du revenu de nos agriculteurs à un patriotisme alimentaire jusqu’au-boutiste. Ce qui, à terme, pourrait même être néfaste pour les agriculteurs, tant certains – fort heureusement – ne rêvent pas simplement de circuit court, mais jouent aussi la carte de l’exportation. Et attention à l’effet boomerang : « snober » ces industriels étrangers qui disposent de nombreux sites de production… en France. Ils investissent chez nous et achètent notre production agricole ! Plus globalement, méfions-nous de la stigmatisation et, pire, de la dénonciation sur la place publique, une forme de populisme. C’est le rôle de l’État – même s’il est bien encadré par Bruxelles et si l’Europe doit sérieusement travailler sur l’harmonisation des lois entre les pays – de punir et de légiférer sur les allégations trompeuses et autres fausses promesses. Ce que va imposer la nouvelle réglementation européenne sur les ingrédients primaires, qui entrera en vigueur le 1er avril. Ensuite, laissons les industriels et distributeurs assumer leurs choix et ne tentons pas de leur imposer une stratégie unique, un diktat de la pensée.

De plus, il faut tenir compte de la disparition de certaines filières nationales et constater l’impossibilité de maintenir un approvisionnement français toute l’année en raison des saisons. Résultat : qui croit sérieusement que toutes les étiquettes seront changées si, pendant deux jours, un légume contenu dans un plat ne vient plus de France mais d’Espagne ou d’Italie ? Un petit jeu dangereux qui flirte avec la pratique commerciale trompeuse.

Et, à l’heure du drive et de l’e-commerce, le débat sur l’étiquetage est presque risible. Comment ignorer que, tous les jours, des millions de Français achètent des produits sur le web et lisent toutes ces mentions sur leurs écrans ? La solution passe par le digital, avec des bases de données accessibles en temps réel, par exemple via un QR Code. Avec des informations à la carte, selon les attentes de chacun. Pour y parvenir, les fiches produits et catalogues électroniques sont indispensables. Ces datas existent déjà de façon disparate et il s’avère urgent de les structurer avec des outils simples. Le débat ne doit pas porter que sur le support, mais ­aussi sur la convergence des idées et des solutions, ou au moins sur un dénominateur commun pour une bonne compréhension des consommateurs. Pour une vision globale du contenu de nos assiettes. 

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