[Edito] Mobilisation générale pour l'emploi des jeunes

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yves puget

La scène est assez inhabituelle. Il est en effet rare de voir un ministre du Travail déambuler dans les rayons d’un hypermarché pour échanger avec de jeunes salariés. Le lundi 11 janvier, Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, a pourtant bel et bien passé de longues minutes dans les allées du Carrefour de Carré Sénart (77). Et on ne peut que s’en réjouir. D’abord, avec un soupçon d’ironie, en se souvenant de tous ces politiques qui, habituellement, ne reconnaissent aucun mérite à la grande distribution. Ensuite, et beaucoup plus sérieusement, en saluant cette initiative tant elle est beaucoup plus symbolique qu’il n’y paraît. En effet, personne ne peut ignorer que si le taux de chômage est d’environ 9 % de la population active selon l’Insee, il s’élève à plus de 21 % pour les jeunes. Les causes sont connues : marché du travail peu flexible, coût du travail élevé et activité économique insuffisante expliquent une offre et une demande en inadéquation.

Et les conséquences de cette catastrophe annoncée (si rien n’est fait) ne sont guère surprenantes. Outre le drame des jeunes peu diplômés qui trouvent portes closes, n’oublions pas ceux qui n’accèdent qu’à des emplois ne correspondant pas à leur qualification ou qui enchaînent des petits boulots, évinçant néanmoins les jeunes moins qualifiés. Un engrenage infernal !

Pour limiter cette casse sociale, l’État a mis 7 milliards d’euros sur la table. Le plan « 1 jeune, 1 solution » mobilise de nombreux leviers comme les aides à l’embauche, les formations, les accompagnements, les aides financières aux jeunes en difficulté… Avec, visiblement, des résultats encourageants puisqu’on parle de 1,052 million de jeunes recrutés en CDD d’au moins trois mois ou en CDI entre août et fin novembre 2020, soit presque autant qu’en 2019.

Bon nombre d’entreprises jouent le jeu. Pour preuve, à Carré Sénart, la Fédération du commerce et de la distribution a signé une convention de partenariat avec le ministère du Travail et le Haut-Commissariat à l’emploi et à l’engagement des entreprises. Alexandre Bompard, président de Carrefour, a profité de cette visite ministérielle pour confirmer ses engagements de 15 000 embauches de jeunes en 2021, dont 7 000 en CDI et 8 000 en alternance, soit une hausse de 50 % par rapport à 2020. Et surtout, Carrefour travaille avec le tissu associatif pour que la moitié des recrutements bénéficient à des jeunes issus de quartiers défavorisés.

Ce travail collaboratif est essentiel. C’est pourquoi, ce 11 janvier, le cofondateur de l’association Sport dans la ville et l’administrateur de l’IUT Sénart Fontainebleau étaient invités à témoigner. Deux fournisseurs de Carrefour – les confitures Sandrine Saveurs et la brasserie Parisis – sont également venus montrer leur enthousiasme. Sans oublier ces jeunes – Madi, Salim, Joseph… – qui ont affiché leur motivation. Oui, décidément, cette matinée à Carré Sénart, qui réunissait à la fois les pouvoirs publics, une fédération, une association, une école, des entreprises et des jeunes salariés, sentait bon la mobilisation générale. Parce que le commerce se doit de conserver sa vocation d’ascenseur social et, plus prosaïquement, parce que les enseignes se doivent de tout mettre en place pour détecter les talents de demain.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2635

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