[Édito] Ouvert jusqu'à minuit !

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer
Yves Puget

La loi Pacte a été votée par l’Assemblée nationale. Grâce à elle, le commerce alimentaire va pouvoir ouvrir jusqu’à minuit sans avoir recours au travail de nuit. Depuis 2015, seules les enseignes implantées dans les zones touristiques internationales pouvaient se le permettre. Pour les autres, la période 21 heures-7 heures du matin constituait du travail de nuit. Désormais, la fourchette passe de minuit à 5 heures. Cette nouvelle loi répond à de nombreuses logiques.

1/ Même si la proximité a le vent en poupe (un panier moyen de 17,30 €, à + 6,8 %), il ne faut surtout pas croire qu’il s’agit d’un métier simple (22,7 occasions de fréquentation, - 6,6 %). Certes, les prix y sont élevés, mais les marges sont faibles car les coûts (loyers, charges…) ne cessent d’augmenter et les contraintes réglementaires de s’accumuler. Les gérants ne peuvent donc pas se permettre de perdre du « chiffre » avec des clients qui vont voir ailleurs parce qu’ils trouvent portes closes.

2/ Selon l’Alliance du commerce, 42 000 salariés sont concernés par de telles ouvertures. Faute d’adaptation de notre législation, ces ouvertures et ces emplois sont menacés. Cette loi sera donc clairement créatrice d’emplois, notamment pour des jeunes étudiants et urbains.

3/ Que font les clients s’ils trouvent le rideau baissé ? Certains reportent leurs achats au lendemain. Mais d’autres commandent leurs courses sur un site internet qui livre en une heure. Ou s’adressent pour leur dîner à l’une de ces plates-formes à la mode que sont Deliveroo ou Uber Eats. La distorsion de concurrence ne concerne pas que les impôts et les taxes…

4/ Des magasins ouvrent déjà 24 h/24, avec du personnel, en toute légalité. Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de salariés de l’enseigne, mais de vigiles d’un prestataire de services. Mais cela ne serait-il pas encore mieux avec des commerçants de métier ?

6/ Des casiers, des magasins automatiques… Des solutions existent pour se passer non de commerce, mais… de commerçants. La question est donc de savoir quel commerce nous voulons demain. Un monde froid et anonyme ou un monde de services et de contacts humains ?

7/ Le grand chariot du samedi, s’il n’a pas disparu, est attaqué par une concurrence plus diffuse. L’époque est à la fragmentation des courses. Les Français décident d’acheter dès que le besoin s’en fait sentir. D’où la nécessité de répondre à ceux qui, par exemple, rentrent tard de leur travail.

8/ Cette loi ne veut pas dire que tous les magasins de France et de Navarre seront ouverts jusqu’à minuit. Dans les métropoles, ils seront un certain nombre à en profiter. Dans les lieux de flux (gares, aéroports…), la question sera étudiée au cas par cas. Dans les zones touristiques (mais non classifiées comme telles), les choix seront différents selon les saisons. Mais dans la majorité des points de vente, les salariés ne travailleront probablement jamais jusqu’à minuit. Ce n’est ni une attente des consommateurs ni une demande générale des commerçants. Il revient à ces derniers, avec leurs équipes (un accord d’entreprise est obligatoire, avec des contreparties à la clé), de décider de leurs horaires, selon leurs objectifs. Rien de plus logique. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2553

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA