[Edito] Petites remarques à propos du confinement des commerces

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Yves Puget

On peut écrire des pages entières sur les changements induits par le Covid-19. Certains parleront du circuit court, de la traçabilité ou du made in France. D’autres préféreront évoquer l’explosion des ventes du drive, la croissance de l’e-commerce, l’indispensable omnicanalité ou ces nouvelles mesures sanitaires prises durablement par les magasins. Tout ceci est parfaitement exact, mais j’y ajoute quatre remarques.

1/ Les distributeurs classiques se mettent au rythme des pure players. Il est fini le temps où les vieux dinosaures du commerce mettaient des lustres à répliquer aux nouveaux barbares. Aujourd’hui, les enseignes « en dur » répondent immédiatement aux e-commerçants, bien sûr, mais aussi aux contraintes et opportunités du moment. La pandémie a démontré cette nouvelle souplesse et cette étonnante agilité : bon nombre de chaînes se sont lancées dans le drive et le click & collect en seulement quelques jours. Des grandes enseignes que l’on disait forcément sur le déclin ont appris à penser et agir en mode start-up.

2/ Le monde politique ignore tout de la réalité du commerce. Que de bêtises ont été dites en quelques jours ! De la méconnaissance d’Amazon (sa vraie part de marché) à l’ignorance du rôle moteur du commerce dans notre économie. Sans oublier ceux qui ne font pas la différence entre un hyper ou un super, un intégré ou un franchisé. Et ces députés qui clament que le Black Friday est hors la loi car considéré comme « une pratique commerciale trompeuse ». Ou ce médecin qui veut « supprimer Noël ». Ou cette ancienne ministre qui lance que « jamais le général de Gaulle n’aurait livré la France à Amazon ». Il apparaît clairement que si, il y a quelques décennies, certains avaient déjà des a priori négatifs sur un modèle encore monolithique, on imagine ce qu’il en est maintenant avec un commerce hybride, éclaté et omnicanal !

3/ Les Français ne connaissent pas l’origine des marques. Si bien des Français savent qu’Amazon est américain et Alibaba chinois, peu soupçonnent que Rakuten est japonais, Vinted lituanien, Zalando allemand ou que Le Bon Coin appartient au groupe norvégien Adevinta ! Et certains imaginent sans doute que Cdiscount est une marque anglaise… D’ailleurs savent-ils que Lidl et Aldi sont allemands ou que Primark est irlandais ? Alors faut-il imposer le drapeau national à l’entrée des sites et des magasins ? Certainement pas ! Cela veut juste dire que le favoritisme patriotique n’est pas aussi simple à défendre qu’il n’y paraît.

4/ La famille du commerce n’existe pas. Rarement le commerce n’a autant affiché ses rivalités. Certes, ce n’est pas nouveau. Dans les années 50, Édouard Leclerc avait lui aussi bataillé ferme avec les commerçants en place. En 1973, la loi Royer n’était que le résultat de l’opposition entre le commerce de centre-ville et celui de périphérie. Et depuis l’essor d’Amazon en France, tous les distributeurs se déclarent contre cet acteur, qu’ils qualifient de plate-forme ou de logisticien mais surtout pas de commerçant. La pandémie a alimenté ces querelles intestines. Les enseignes spécialisées se plaignent des hypermarchés, qui pestent contre l’e-commerce. Quant au petit commerce de centre-ville, il rouspète contre… tout le monde. Les commerçants, qui se désolent à juste du titre du distribashing ambiant, sont les premiers à dénigrer leurs concurrents, directs ou indirects. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2628

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