[Edito] Pour vendre... il faut produire

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Yves Puget

Ils méritent eux aussi des applaudissements ! Tous les soirs à 20 heures, de très nombreux Français soutiennent le personnel hospitalier. Un encouragement amplement mérité. Chaque jour, ils sont également très nombreux, dans les magasins, à remercier les caissières et les caissiers. Et ce n’est que justice, tant les points de vente alimentaires ont joué un rôle de service public attendu de tous. Sans oublier le soutien montré à nos agriculteurs. Ces trois secteurs reçoivent aussi, logiquement, de multiples félicitations de la part des politiques, avec en point d’orgue, le déplacement d’Emmanuel Macron en Bretagne.

Mais avez-vous entendu quelqu’un saluer le rôle de l’industrie en général et de l’agro­alimentaire en particulier ? Avez-vous vu des reportages sur le premier secteur industriel français, avec 180 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 17 600 entreprises, dont 98 % de TPE et PME ? Non seulement ces entreprises n’ont pas été soutenues à la hauteur de leur engagement mais, pire encore, au départ de la pandémie, on les a presque empêchées de faire leur travail en supprimant les masques de protection historiquement utilisés dans les ateliers de production. Soyons sérieux : il n’y a pas de rayons pleins sans industrie agro­alimentaire !

Et qui a parlé de ces usines qui fabriquent des couches, du papier toilette ou du shampooing ? Pourtant ces industriels étaient là. Ils ont, eux aussi, affronté la peur du Covid-19 et subi l’absentéisme des équipes… Sans oublier des à-coups de production monstrueux, des problèmes d’approvisionnement en matières premières ou en emballages et une surenchère du coût du transport. Depuis neuf semaines, ce secteur fonctionne avec moins de références, de promotions ou de copacking, mais il tourne et il livre. Ces femmes et ces hommes doivent donc être remerciés. Un grand bravo à eux.

Mais cela ne suffira pas. Tout le monde doit comprendre que les choses ne redeviendront pas comme avant d’un coup de baguette ­magique. La crise a provoqué une trop grande désorganisation de la production et de la logistique. Les stocks de sécurité ont disparu. Les consommateurs ne retrouveront donc pas immédiatement la totalité des gammes et subiront encore quelques ruptures temporaires en rayons. À eux de le comprendre. Et les politiques doivent, plus que jamais, soutenir ces industries garantes de notre indépendance alimentaire ! Enfin, les distributeurs ne peuvent reprendre leurs bonnes vieilles habitudes comme si rien ne s’était passé. Ce fonctionnement en mode dégradé sera à l’ordre du jour encore plusieurs mois. Les pénalités logistiques n’ont donc plus de sens. Pourquoi ne pas les suspendre jusqu’à la fin de l’année ? Quant aux plans d’affaires, ils devront être revus.

Mais attention, même si la crise économique est là et si la question du pouvoir d’achat sera cruciale, à ne pas se lancer dans une guerre des prix dévastatrice pour l’ensemble de la chaîne. Y compris pour les 429 000 salariés de l’industrie agroalimentaire française qui, ces prochains mois, vont tout faire pour remettre la chaîne d’approvisionnement en état de marche optimal…

 

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Article extrait
du magazine N° 2603

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