[Edito] Quel avenir pour les indépendants ?

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yves puget

Presque la moitié des ventes ! Avec 49,9 % de part de marché en octobre 2021, selon Kantar, les enseignes d’indépendants ne cessent de gagner des points face à leurs concurrents succursalistes et donc intégrés. Ce résultat ne doit rien au hasard. Les patrons d’E. Leclerc, Intermarché ou Système U connaissent parfaitement leur zone de chalandise et ne risquent pas de changer de région du jour au lendemain. Ils sont aussi totalement imbriqués dans le tissu économique, politique et associatif local.

Ces commerçants, par passion et conviction, n’ont jamais cessé d’investir dans leur outil de travail. Ils ont des coûts plus faibles, tout simplement parce que les adhérents ou associés consacrent gratuitement du temps à la gestion de la centrale. Ils ont très vite compris ce qu’il faut centraliser (les achats…) et ce qu’il faut décentraliser (les prix, la politique du personnel…). Plus souples et plus rapides, ils ont même été là où on ne les attendait pas forcément prendre le leadership (E. Leclerc et le drive) et apprennent à chasser en meute (la livraison à domicile, par exemple). Sans oublier qu’ils ne dépendent pas de la Bourse et qu’ils n’ont pas à publier leurs résultats financiers. Les indépendants ont donc raison de se réjouir de leur succès, il n’y a pas de hasard.

Mais attention de ne pas croire que la messe est dite. L’histoire du commerce démontre que rien n’est acquis définitivement. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de l’effondrement, dans les années 80, des coopératives de consommateurs.

Ensuite, il convient de ne pas oublier que les deux discounters allemands, Aldi et Lidl, sont des groupes intégrés et que, eux aussi, gagnent des parts de marché (presque 10 % au total !). Tout comme la chaîne Action. Et à ceux qui pensent que le modèle intégré correspond simplement à « l’industrialisation » d’un modèle très discount, il est opportun de rappeler que le numéro un mondial (Walmart), ainsi que le numéro deux (Costco), sont des succursalistes. Le cas de Walmart démontre à quel point une enseigne, que l’on condamnait à reculer sous les coups de boutoir d’Amazon, a su rebondir en investissant lourdement dans le digital et dans la rénovation de ses maga­sins. La croissance des indépendants provient donc certes de leur stratégie mais aussi de la faiblesse du « camp d’en face » : les intégrés payent aujourd’hui les non-choix faits il y a quelques années et le manque d’investissement en France.

Enfin, n’oublions pas que le commerce est une histoire d’hommes et de femmes, et des choix qu’ils font. Intermarché, par exemple, n’est pas passé loin de la catastrophe avec son rachat de l’allemand Spar. Quant aux problèmes de successions, ils se posent clairement. Les indépendants doivent trouver aujourd’hui ceux qui seront demain aux commandes. Dans certains groupements, des querelles intestines peuvent également mener à des putschs. Au final, ce n’est donc pas seulement une question d’indépendants ou d’intégrés. Autrement dit, l’avenir des indépendants ne dépend pas de leur statut juridique mais des décisions prises aujourd’hui. Qu’elles soient prises par eux… ou par leurs concurrents. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2678

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