[Edito] Rendez-vous à la ferme

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Yves Puget

Pas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, 11 reportages ne reflètent toute la vérité. Il n’empêche que les témoignages que LSA vous propose de découvrir cette semaine mettent du baume au cœur. Alors que l’« agribashing » fait la une des médias, que les négociations commerciales, toujours aussi conflictuelles, s’achèvent et que le Salon de l’agriculture n’ouvrira pas ses portes cette année, LSA a décidé de rencontrer des patrons de l’industrie agroalimentaire non pas dans leurs usines, mais dans les champs ou les étables. Autrement dit, chez des agriculteurs ! Résultat, malgré une pandémie de Covid-19 et quelques poussées de grippe aviaire qui ont annulé des rendez-vous, nous avons vécu de vraies rencontres chez un producteur de blé, un éleveur laitier ou un viticulteur. Un bol d’air, dans tous les sens du terme. Bien loin du bobo parisien qui fait pousser trois tomates sur son balcon et croit tout savoir du monde agricole…

Bien évidemment, on ne peut ignorer les drames (suicides, faillites…) et minorer les problèmes. Oui, la question de la souveraineté alimentaire est cruciale. Oui, le monde agricole a besoin de se moderniser. Oui, le sujet des tarifs est essentiel pour la survie de bien des acteurs. Oui, le bien-être animal et l’environnement doivent être des préoccupations quotidiennes. Et, oui, ces producteurs sont écartelés entre des demandes contradictoires avec, d’un côté, l’attente de prix bas, de l’autre, le souhait de produits de qualité et, au milieu, des contraintes réglementaires qui s’ajoutent les unes aux autres et des écologistes qui, à tort ou à raison, ne cessent d’alourdir l’addition.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Lors de ces déplacements, la rédaction de LSA a rencontré des gens passionnés par leur métier, qui croient en ce qu’ils font et portent fièrement leurs valeurs. Et malgré toutes les difficultés actuelles, ils espèrent que la génération future prendra le relais. Ces visites ont aussi été l’occasion de voir que l’agriculteur n’est pas qu’un simple fournisseur de matières premières. Des liens étroits se tissent avec leurs clients industriels. Ils parlent qualité, traçabilité, décarbonisation et de bien d’autres sujets.

Et, alors qu’il est de bon ton de tout critiquer et que certains ne sont pas loin de dire ou d’écrire que « manger tue », nous avons trouvé à Mazan, ­Remicourt ou Bouleternère des personnes en rien fatalistes, rejetant d’emblée ceux qui minimisent l’importance économique de l’agriculture française et ceux qui se refusent à voir les efforts faits pour la protection de l’environnement. Ces agriculteurs ne veulent pas servir de boucs émissaires à une écologie parfois plus dogmatique que scientifique. Qu’ils travaillent pour de grandes ou de petites marques, ils ne veulent pas d’une ferme France rabougrie et recroquevillée sur elle-même. Cette fameuse ferme France se doit d’être ouverte (par exemple à l’export) et ­moderne, tout en garantissant cette qualité que le monde entier nous envie. Parce que pendant que certains passent leur temps à conspuer ou diviser, la France reste un exemple, et même un modèle. Et ça, on ne le dit pas assez. On ne le clame pas assez. Et on ne le revendique pas assez. Mais pour conserver cet « art de cultiver et produire » à la française, chacun doit y mettre… le juste prix. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2640

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