[Edito] Sur les pavés... la ferme

|
yves puget

Ces start-up multiplient les levées de fonds tant elles répondent aux tendances du moment. Et il ne s’agit pas de quick commerce ou de cryptomonnaies… mais de fermes technologiques. Développées par une nouvelle génération d’entrepreneurs, elles s’appellent Infarm, Babylone Growers, Jungle, Agricool ou Neofarm et poussent en ville ou en périphérie. Il peut s’agir de microfermes technologiques en maraîchage bio intensif, de vastes serres, de fermes connectées où les salades ne touchent pas terre, d’anciens containers maritimes ou de placards en points de vente… Dans la majorité des cas, il n’est plus question de terre, avec de bonnes vieilles pratiques agricoles, mais souvent de culture hydroponique (sur un substrat neutre et inerte, du sable par exemple).

Il est évident que ces installations ne pourront pas répondre à tous les besoins. Ces expériences démontrent pourtant que des acteurs bougent, qu’ils cherchent des solutions d’avenir pour gommer les excès du passé. Et dans le monde agricole comme ailleurs, il n’est pas question de préparer le futur en se réfugiant dans les pratiques ancestrales. Des investissements sont nécessaires, des paris vont devoir se faire. Certaines tentatives ne trouveront pas leur marché, et donc la rentabilité escomptée. D’autres arrêteront en raison d’un bilan environnemental finalement défavorable de la balance entre, d’un côté, la réduction des distances parcourues et la moindre consommation d’eau (circuit fermé) et, de l’autre, la dépense électrique (même si elle est majoritairement d’origine verte). Sans oublier ceux qui devront affronter des lobbies peu favorables à cette forme de concurrence et pour qui cultiver ainsi des fraises, des courgettes ou des herbes aromatiques relève de l’hérésie ! Et, bien sûr, ces pratiques ne se substitueront pas à l’agriculture traditionnelle mais viendront en complément.

Mais malgré ces bémols, des essais seront fructueux. Pour commencer, des marchés de niche (sur quelques zones de chalandise ou quelques références) atteindront leur cible. Et peut-être qu’à moyen ou à long terme, certains toucheront le graal, soit le marché de masse. À condition que ces fermes avancent les bons arguments auprès des consommateurs avec un discours marketing juste et crédible.

Ensuite, la question est de savoir qui emportera le marché. Ces nouveaux entrepreneurs qui lèvent des fonds sans difficultés ? Des agriculteurs traditionnels qui investiront dans leurs propres exploitations et ailleurs ? Des spécialistes de l’immobilier qui trouveront là une solution pour dynamiser des friches (usines, centres commerciaux vides) ? Des propriétaires d’hypers qui supprimeront certains rayons pour faire pousser des salades ? Ou des industriels de l’agroalimentaire qui y verront une voie de développement ?

La bataille commerciale est bel et bien lancée. Voilà pourquoi ces fermes technologiques qui répondent à une nécessité (nourrir les Français) et correspondent à des attentes (des produits sains et locaux) sont autant d’expériences intéressantes. Même si rien ne garantit le succès de cette agroécologie, il y a urgence à changer de paradigme et à penser autrement. Pour, peut-être, un jour, dévoyer un ancien slogan et clamer : Sur les pavés... la ferme. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2665

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

X

Recevez chaque semaine l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits bio et responsables, alimentaires et non alimentaires.

Ne plus voir ce message