[Édito] Total "bashing"

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Yves Puget

Les agriculteurs se plaignent de l’« agri bashing ». Les industriels pestent contre le « food bashing ». Les commerçants sont lassés du « distri bashing ». Élus et ministres déplorent le « politique bashing ». Ils pourfendent tous ces campagnes de dénigrement et, pourtant, ils ne cessent d’alimenter la machine à critiques. Il serait grand temps de cesser ce petit jeu d’estrades et d’arrêter ce concours de petites phases dont les jours précédant le Salon de l’agriculture furent le point culminant.

Tout a commencé par ces députés qui ont obtenu une commission d’enquête pour que « toute la lumière » soit faite « sur les pratiques de la grande distribution ». De vieilles rengaines alors qu’il suffirait de faire appliquer les lois. Ensuite, des médias ont défendu ces agriculteurs et industriels de l’agroalimentaire qui passeraient sous les fourches caudines de quatre grandes centrales d’achats. Et personne pour répondre qu’il ne faut pas oublier Lidl, Aldi, Grand Frais, Picard, Amazon, etc. et que les PME et TPE ne traitent pas avec ces alliances aux achats mais directement avec les enseignes. Visiblement, peu importe la vérité.

Mais ce festival ne s’arrête pas là. La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, est allée jusqu’à proposer de mettre des caméras pour filmer les négociations commerciales ! Elle est trop maligne et politique pour tomber sérieusement dans cette caricature. Un schéma de pensée que des députés connaissent bien. Pour commencer, ils ont travaillé sur une proposition de loi intitulée « Protéger la population des dangers de la malbouffe ». Rien que ce titre démontre le peu d’objectivité des auteurs… Et que trouve-t-on dans ce texte digne du concours Lépine ? L’idée d’imposer le Nutri-score sur toutes les publicités de produits alimentaires (y compris à la radio !). Heureusement, il ne s’agit que d’une première lecture à l’Assemblée nationale et donc de la première étape du processus législatif d’un texte qui paraît peu conforme au droit européen.

Quant aux distributeurs, ils ne sont pas, eux non plus, exempts de tout reproche, et leurs campagnes publicitaires annonçant des baisses de prix de MDD ne manquent pas d’ironie. Ils oublient en effet d’indiquer que si cette déflation est bien réelle, elle arrive après une belle inflation (+ 1,68 % en CAM selon Iri), alors que, dans le même temps, le prix des marques nationales a baissé (- 0,49 %).

Le respect et la considération que tout le monde réclame commencent par l’arrêt des postures figées et des déclarations à l’emporte-pièce. Pour être crédible et démontrer que tel ou tel métier n’est pas voué au déclin, il est grand temps de s’écouter et de se comprendre. De mettre en avant les initiatives communes comme le travail effectué sur les filières ou le Pacte national sur les emballages plastiques. Certains vont dire que je renvoie tout le monde dos à dos. Non, je souhaite simplement que des professionnels arrêtent leur face-à-face stérile pour avancer côte à côte. Que tous abandonnent leurs ambitions personnelles pour travailler pour la double cause commune d’une filière rentable et d’une alimentation saine et durable. Bien loin de ce « bashing » général et assourdissant. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2546

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