[Edito] Ubu en magasins

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Yves Puget

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L’annonce de la fermeture de quelque 90 000 commerces dans 16 départements pour « limiter la circulation de personnes dans des lieux clos » est digne d’Ubu, ce personnage de théâtre qui symbolise l’exercice délirant du pouvoir. Comment peut-on, en effet, publier en pleine nuit un décret informant des salariés qu’ils ne travailleront pas le lendemain, leur magasin étant fermé ? Et que dire à ce fleuriste qui, le vendredi soir, brade ses stocks, alors que, finalement, sa boutique restera ouverte ?

Car la liste des magasins pouvant ou non ouvrir est véritablement une « merveille » de l’administration française. Passons sur la prérogative laissée aux disquaires qui, pour la plupart, ont disparu depuis plus de vingt ans… Pourquoi les coiffeurs peuvent-ils continuer à recevoir leur clientèle alors qu’une boutique de textile ne le peut plus ? Les exemples ubuesques ne manquent pas : la vente de vêtements pour bébés est autorisée, mais pas celle des habits pour enfants… On peut trouver des livres ou du bricolage… sauf dans les magasins situés dans un centre commercial. On peut acheter une machine à café, mais pas un réfrigérateur. Les instituts de beauté, qui dépendent du même code NAF que les coiffeurs, doivent rester fermés. Sans oublier les secteurs qui ont fini par obtenir gain de cause, comme les jeux vidéo…

Toutes ces décisions témoignent d’un grand manque de respect pour cette branche économique. Maintenant que le mal est fait, il convient de ne pas manquer les étapes suivantes. En aidant financièrement les commerces en difficulté (notamment pour le paiement des loyers et des frais fixes). En autorisant la vente à perte en dehors des soldes pour écouler les invendus. En indemnisant les entreprises des pertes engendrées par la dépréciation des stocks. En permettant, dès que possible, les ouvertures dominicales et en ajustant la liste des rayons qui doivent fermer. Et probablement en ne faisant pas la même erreur que l’année dernière, quand les soldes avaient été repoussés fin juillet. Des fédérations, la FCD en tête, allant jusqu’à réclamer un vrai plan stratégique pour le commerce, à l’instar de l’industrie qui a bénéficié de 30 milliards d’euros. L’idée étant de se servir de cette aide pour aller vers l’économie numérique. ­Enfin, condition sine qua non pour éviter une crise économique dramatique, en bâtissant un véritable plan de soutien à la consommation.

Selon Bercy, près de 2 milliards d’euros ont fait l’objet d’une épargne contrainte depuis le début de la pandémie. Il convient donc de mettre en place les mesures susceptibles de transformer cette épargne en consommation. Cela pourrait se traduire par des allégements fiscaux, des primes salariales ou encore des facilités de transferts d’argent intergénérationnels. La balle est dans le camp du gouvernement, qui doit montrer un peu plus d’empathie pour les millions de salariés qui travaillent dans une grande surface ou une boutique, mais aussi prouver qu’il connaît les enjeux avec des mesures simples et efficaces. Car, dans le cas contraire, il finira par « pondre » un décret favorisant le retour des merceries, des chapeliers et des réparateurs de fiacres. Avec, bien évidemment, des dérogations disponibles par Minitel ou, si vous n’êtes pas informatisés, par pigeon voyageur. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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