[|Edito] Un grand bravo!

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yves puget

Pas simple d’écrire un éditorial en pleine crise du coronavirus, et alors que l’information va beaucoup plus vite que les rotatives de notre imprimeur. Dans ces conditions, s’il est tellement facile de faire dans le catastrophisme, je préfère me bercer d’optimisme. À commencer par un petit clin d’œil en direction de ces apôtres de l’agribashing, de l’industrie-bashing ou du distribashing que l’on n’entend plus guère depuis quelques jours. Ces donneurs de leçons ou ces « demi-experts et faux sachants », pour citer Emmanuel Macron, ont disparu des écrans. Une pudeur qui les honore tant, depuis des années, ils nous rebattent les oreilles de complaintes sur l’inefficacité de la filière alimentaire et même sur sa supposée dangerosité. Aujourd’hui, les Français attendent beaucoup de cette filière qui a su taire ses querelles et se serre les coudes. Même le président de la République lui trouve beaucoup de mérite… Quel retournement de situation !

L’autre ironie concerne ceux qui n’ont cessé de pointer du doigt le retard digital des distributeurs français. Pour eux, seuls existent Amazon et Alibaba. La crise sanitaire actuelle démontre pourtant que ceux qui ont inventé le drive ne sont pas si « vieux monde » et qu’ils n’ont pas attendu les Américains ou les Chinois pour avoir des bonnes idées... Cette crise révèle surtout, s’il en est besoin, la valeur des femmes et des hommes qui travaillent dans les usines ou dans les magasins. Car nombreux ont été les dirigeants à me raconter cette solidarité nationale qui s’est mise en place, ici pour produire un peu plus, là pour remplir très rapidement des rayons qui se vidaient à une vitesse jamais vue. Alors que tout le monde parle, à juste titre, du travail formidable réalisé par les médecins et le monde hospitalier, il convient de ne pas oublier ces caissières qui voient passer une ribambelle de clients, souvent aimables et compréhensifs, parfois irrités, voire agressifs. Ces chefs de rayon et employés de libre-service arpentant le carrelage au contact de consommateurs qui peuvent être très énervés. Ces industriels qui ont enchaîné les heures supplémentaires, et ces transporteurs qui font tout pour répondre à cette surchauffe de la chaîne d’approvisionnement. Une vraie mobilisation générale à tous les étages ! Je tiens aussi à féliciter ces salariés dont personne ne parle. Les équipes de ces milliers de magasins et centres commerciaux qui ont dû baisser le rideau. On ne les entend pas. Pourtant, ils font preuve d’un grand courage et leur situation est dure à vivre. Bravo à eux, tant leur désarroi et leurs inquiétudes sont réels et sincères.

Je ne sais pas si, comme le disent certains, il y aura un « avant » et un « après », un terme tellement utilisé qu’il en est galvaudé. Mais en attendant la fin de cette terrible pandémie, continuez vos efforts exemplaires et protégez-vous et vos proches. Et je souhaite que cet esprit solidaire ne disparaisse pas avec la pandémie. Qu’il ne sera pas seulement question de relocalisation ou de préférence nationale, mais aussi de cette nouvelle mentalité qui s’est souvent révélée, de cette créativité et de cette solidarité qui sont apparues, et de cette empathie entre les équipes et vis-à-vis des clients qui s’est installée. Bravo (et merci) à toutes et à tous.  ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2596

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