[Edito] Un monde de contradictions

|

EDITORIAL Voici le retour du magazine LSA dans sa version papier. Pendant plusieurs semaines, votre hebdomadaire était en effet uniquement consultable en feuilletable sur le site LSA.fr. Un site qui a comptabilisé 1,5 million de visiteurs uniques en mars 2020 selon Médiamétrie et 1,82 million selon Xiti. Merci à tous nos lectrices et lecteurs.

Yves Puget

Certains regrettent le monde d’avant et d’autres réclament celui d’après. En attendant, il convient d’observer le monde d’aujourd’hui et de scruter ces consommateurs que l’on qualifiait avant la crise de « zappeurs » ou de « rois ». Que sont-ils devenus ? Consciemment ou non, ils ne cessent d’afficher, et même de revendiquer, leurs multiples contradictions. Notre consommateur monolithique, que l’on classifiait au gré des études, piétine la pensée unique. Non seulement il est toujours aussi exigeant, mais il est ­devenu insaisissable.

Il plébiscite le bio, le sain et les marques de PME… et se précipite sur les dernières innovations de Ferrero. L’éternelle contradiction entre le déclaratif et le comportement, entre les besoins et les tentations. Sans oublier cette schizophrénie entre le pouvoir d’achat et la valorisation de l’offre. La pandémie a, en effet, accentué la différence entre la quête des prix bas pour des raisons économiques et l’envie de mieux consommer pour des motifs environnementaux ou de santé.

Autre contradiction de nos chers consommateurs : hier, l’environnemental était le graal, aujourd’hui, le social et le sociétal l’emportent. Avec, in fine, ce besoin de tout opposer. Sans comprendre que la contradiction n’en est peut-être pas une, mais une simple demande « d’en même temps », car l’environnemental ne peut, et ne doit pas, être déconnecté du social et du sociétal (la grande erreur de jugement de ­Greta Thunberg…). Cette litanie de « confusions » ne s’arrête pas là. Tout le monde veut de l’expérience client, du confort d’achat. La ligne directrice est claire: face au développement de ­l’e-commerce, il faut que les courses soient, ou redeviennent, un plaisir. Mais, dans le même temps, elles se doivent de respecter les nouvelles procédures qu’impose la pandémie de Covid-19. Dit autrement, peut-on trouver de la convivialité derrière un masque ou une planche de plexiglas ?…

La notion de convivialité se ­retrouve aussi du côté de l’opposition entre le digital et l’humain. Ras-le-bol des magasins ? Aujour­d’hui, le plus simple est de commander ses courses tranquillement assis dans son salon (où l’on veut être reconnu pour glaner des avantages… mais pas trop pour préserver son intimité). Pas le moins du monde, répliquent d’autres consommateurs ! Le magasin est un lieu de contact où l’on glane des informations, mais aussi tout bonnement des moments de sociabilité. Évidemment, selon les jours ou les besoins, une même personne affiche ces deux attentes…

Tout ça pour dire que dans notre monde de la surinformation, où tout va de plus en plus vite, les consommateurs assument de plus en plus leurs contradictions. Pire, selon eux, il revient aux marques de s’adapter à ces demandes paradoxales ou à ces antagonismes. Finalement, n’allons-nous pas vers l’ajustement d’un ancien précepte du commerce puisque, pour bon nombre de magasins, il s’agit dorénavant de gérer « toutes les contradictions sous le même toit »

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2606

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

X

Recevez chaque semaine l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits bio et responsables, alimentaires et non alimentaires.

Ne plus voir ce message