[Edito] Un peu de mémoire

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EDITORIAL « On parle depuis des années de la digitalisation. On évoque l’ubérisation de la société et on craint la robotisation. Mais cela ne veut pas dire déshumanisation.»

Le décryptage de l’actualité demande parfois un peu de mémoire. C’est le cas du débat soulevé, la semaine dernière, par le développement des caisses automatiques chez Auchan. Souvenez-vous… En 1994, un Champion de la rue de Maubeuge, à Paris, ouvrait une caisse automatique. Immédiatement, certains crient au scandale et viennent à la rescousse des caissières. Quelques semaines plus tard, une banque se lançait sur internet. Les mêmes sont alors ébahis et vantent les mérites du progrès. Sans s’inquiéter des salariés travaillant en agences ! Qu’en est-il une dizaine d’années plus tard?

En décembre 2016, Amazon annonce un test de magasin sans caissières. Rebelote, certains glorifient Amazon, cette entreprise qui ne cesse d’innover… mais ne disent mot sur lesdites hôtesses. En revanche, lorsqu’un syndicat parle de 2 000 suppressions de postes chez Auchan, et même si l’enseigne dément un tel projet, nombreux sont ceux à s’emparer du sujet. Les entreprises du Net n’auraient-elles pas les mêmes devoirs que les acteurs de la vieille économie ?

 

Ces deux anecdotes ne prouvent pas seulement un écart de perception. Elles démontrent aussi que les choses vont plus lentement qu’on le pense. Le sujet est en effet d’actualité depuis la discrète expérience de self-scanning du supermarché Albert Heijn de Tilburg, aux Pays-Bas, en… 1988! Et, jusqu’à preuve du contraire, les caissières sont toujours aussi nombreuses.

 

Le problème est ailleurs. Il se cache dans l’évolution, voire la mutation d’un métier. En attendant la révolution technologique annoncée depuis des lustres, oui, les grandes lignes de caisses monolithiques vont probablement disparaître au profit d’une multitude de solutions. Aux clients de choisir entre les caisses classiques, les automatiques, le self-scanning, la file unique et même la réservation avec son smartphone.

 

Les distributeurs sont, eux, face à une double obligation. La première est de travailler sur toutes ces pistes, les clients étant de plus en plus pressés. Si rien ne change, ils feront leurs courses depuis leur canapé, sur internet. Syndicats et caissières ne s’en réjouiront sans doute pas… La seconde obligation est sociale. Les distributeurs vont devoir accompagner ces bouleversements et faire preuve de volontarisme en lançant de vastes plans de formation et en généralisant la polyvalence du personnel. Les enjeux sont tout autant économiques (masse salariale, pouvoir d’achat), médicaux (troubles musculo-squelettiques), sociaux (emploi) que sociétaux (ascenseur social et lien social).

 

Quant aux suppressions de postes, il faut les comptabiliser globalement, et non pas métier par métier. Des métiers disparaîtront, d’autres évolueront… si les distributeurs embauchent dans les rayons, notamment autour des métiers de bouche ; si les équipes autour du click and collect se déploient ; sans parler des multiples postes nécessaires dans les drives et même dans l’e-commerce. On discute depuis des années autour de la digitalisation. On évoque depuis quelque temps l’ubérisation de la société, et on craint de plus en plus la robotisation. Mais cela ne veut surtout pas dire déshumanisation, et donc la fin des emplois, notamment de service. Au final, la seule question importante est de savoir si les entreprises resteront créatrices d’emplois. Jusqu’à preuve du contraire, tel est toujours le cas dans la grande distribution alimentaire.

 

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Article extrait
du magazine N° 2444

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