[Edito] Une loi en vrac

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yves puget

Dans le projet de loi de « lutte contre le dérèglement climatique », publié le 8 janvier, on apprend qu’un commerce de détail de plus de 400 m² devra consacrer au moins 20 % de sa surface au vrac le 1er janvier 2030 ! Cet objectif s’avère plus raisonnable que celui avancé par la Convention citoyenne pour le climat, qui voulait imposer 25 % de l’offre en vrac dès 2023, 35 % dès 2025 et 50 % dès 2030.

Mais les magasins vont devoir sérieusement s’y mettre puisqu’un hyper de 2 500 m² devra disposer de 500 m² de vrac. Soit plus que sa zone épicerie actuelle ou quasiment autant que son non-alimentaire ! Il n’est pas question de contester le développement de cette pratique. Elle répond à une demande et protège notre environnement en réduisant la quantité d’emballages. Et au passage, faisons confiance à la capacité des distributeurs à se saisir des tendances.

En revanche, ce projet de loi me paraît excessif, ou imprécis. En préliminaire, on peut se demander s’il revient à l’État de fixer un tel ratio et donc de s’immiscer dans le merchandising et l’offre d’entreprises privées ! On s’approche de plus en plus d’une économie administrée, oubliant au passage que la ­demande varie selon les zones de chalandise et les enseignes. Il faut aussi noter que ce texte parle des commerces de vente au détail. Bon courage pour les magasins de sport, de bricolage, de parfumerie… Ensuite, on peut jouer sur les mots et considérer que les fruits et légumes sont vendus en vrac depuis des lustres… Après, il convient de préciser la définition d’une surface de vente. Avec ou sans les caisses ? Autant dire que si rien n’est clairement précisé dans le futur décret annoncé, chacun réalisera ses petits comptes d’apothicaires.

Enfin, cette éventuelle loi donne des objectifs, fixés on ne sait comment, mais n’indique absolument pas de moyens. Car une telle démultiplication du vrac imposera de nouvelles habitudes pour les commerçants et les consommateurs. Les uns devant s’équiper de systèmes de pesage et les autres devant venir avec leurs emballages réutilisables. Avec l’épineuse question du tarage des contenants. Sans oublier la logistique, qui ne sera pas une sinécure, l’étiquetage, qui n’est pas toujours aussi complet que sur un bon vieux packaging, le coût de gestion (la main-d’œuvre en magasin) et les enjeux sanitaires et de traçabilité (les numéros de lots), qui peuvent éloigner quelques consommateurs.

Pour terminer, une étude d’impact a-t-elle été réalisée ? J’en doute. Les auteurs de ce projet n’ont probablement aucune idée des conséquences de leurs louables intentions. Plus de vrac imposera moins de références et de marques, peut-être au détriment des PME, et rendra peut-être plus complexe les achats d’impulsion et la découverte d’innovations. Sans oublier que si le vrac génère moins de gaspillage (et donc des économies), il est parfois plus cher au litre ou au kilo (selon Iri, 30 % des consommateurs pensent que le vrac est plus onéreux).

Finalement, dans cette affaire dont l’objectif premier est salutaire, tout est malheureusement dicté par la politique et non par le bon sens. Quitte à proposer cette loi en vrac. Car, in fine, c’est un projet de 62 articles qui devrait être présenté en Conseil des ministres en février, pour une possible adoption à la fin de l’été. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2636

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