[Édito] Union sacrée des acteurs de la consommation contre le Covid 19

|
Yves Puget

Alors que le coronavirus ne cesse de se répandre en France, il est urgent pour tous les acteurs de la consommation de faire face à leurs responsabilités. Responsabilités qui commencent par s’interdire de faire dans l’alimentaire ce qui a été fait avec les gels hydroalcooliques. Il est plus qu’inconvenant – je préfère dire irresponsable – de profiter de la pénurie pour doper ses marges. Et ce qui est vrai aujourd’hui dans l’alimentaire le sera demain avec le non-alimentaire, tant il est évident que des collections d’été risquent de manquer de stock. Ces ruptures ne seront pas trop graves – excepté pour les professionnels concernés – pour des jeux de plage, mais elles pourraient s’avérer catastrophiques en cas de canicule et de fortes demandes de ventilateurs… Et que dire d’une rentrée des classes avec des cahiers et des stylos vendus au compte-gouttes…

Ensuite, il convient de ne pas pousser à la consommation avec de multiples promotions qui ne feront que désorganiser la chaîne d’approvisionnement. Le marketing de la peur ou de la pénurie n’a clairement pas sa place. Il est même indécent. On peut aussi évoquer l’assortiment. Avons-nous réellement besoin de 280 références de pâtes en hypers et de 105 de riz ? Sans oublier le choix pléthorique en mouchoirs (46 réf.) ou en papier toilette (41 réf.)…

Si la crise persiste, et en espérant qu’aucune usine ne soit dans l’obligation d’arrêter brutalement sa production, les marques devront favoriser les produits phares et déterminer des gammes prioritaires. Certaines allant jusqu’à privilégier la livraison directe en magasins afin d’aller au plus vite et au plus simple pour résorber les ruptures en rayons. Il reviendra alors aux distributeurs de comprendre cette impérieuse nécessité et de ne pas infliger des pénalités pour non-respect des plans d’affaires. Le sujet est identique avec les pénalités logistiques.

Si la situation s’aggrave, des fournisseurs seront peut-être dans l’obligation d’opérer des choix drastiques entre des formats de vente et des clients distributeurs. Tandis que des enseignes seront amenées à limiter les quantités d’achats par client ou même à réguler l’entrée de leurs points de vente. Enfin, il convient de ne pas oublier l’amont, donc les producteurs et le monde agricole. Certaines marques redoutent déjà une inflation de quelques matières premières, tel le blé.

Voilà pourquoi, une nouvelle fois, les distributeurs doivent faire face à leurs responsabilités (ce qu’ils font déjà dans la très grande majorité). Bien sûr, la concurrence ne va pas disparaître comme par miracle et chacun bataillera pour la défense de son compte d’exploitation et de sa part de marché. La frontière est certes ténue entre la psychose et la précaution. Cela ne doit pas empêcher quelques règles communes, des bonnes pratiques admises par tous.

Au-delà des problématiques d’aides (de la part de l’État ou des bailleurs), il convient de travailler ensemble, en bannissant tous les comportements opportunistes et toutes les pratiques excessives. C’est le temps de l’Union sacrée, ce nom donné au mouvement qui a soudé les Français lors de la Première Guerre mondiale. Bien évidemment, nous n’en sommes pas là. Mais dans une France qui se chamaille perpétuellement, qu’il serait bon de voir tout le monde œuvrer dans le même sens, dans une unité salutaire. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2595

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous