Marchés

[Édito] Visites d'usines...

Yves Puget

Hasard du calendrier, ces dernières semaines, j’ai eu la chance de visiter quatre usines agroalimentaires de tailles et de secteurs différents. Ce minitour de France m’inspire deux réflexions. La première est à destination du député Richard Ramos, qui a tenté, en vain, de taxer le nitrite dans les charcuteries. Certes, des industriels regrettent le rejet de cet amendement puisqu’ils y voyaient un bon moyen de réduire l’écart de prix entre le sans-nitrite et le conventionnel. Mais la solution ne peut pas toujours passer par de nouvelles taxes.

Si les parlementaires visitaient plus souvent des usines françaises, ils comprendraient que des « lignes » bougent naturellement. Ils saisiraient que la demande des consommateurs est plus forte que la pression fiscale. Les industriels que j’ai rencontrés – je suis conscient qu’ils n’en sont pas tous là – n’ont pas attendu les politiques pour comprendre qu’il était urgent de changer et sécuriser leurs approvisionnements et de revoir les recettes en les allégeant de bien des ingrédients, additifs et colorants. Oui, la prise de conscience a peut-être été un peu trop tardive pour certains, mais il ne faut pas que de nouvelles règles du jeu mettent en danger les plans de transformation engagés par les sociétés vertueuses.

Il est impératif de donner de la visibilité aux chefs d’entreprise et de les aider en diminuant la pression fiscale qui pèse sur la rentabilité et donc l’investissement. Par exemple en retravaillant la cotisation sur la valeur ajoutée (CVAE) et en supprimant la contribution sociale de solidarité des sociétés, la fameuse C3S.

L’autre réflexion de ce petit tour des usines concerne les distributeurs. Dans ces unités « inspirantes », j’ai entendu les mêmes complaintes. Des industriels qui sécurisent leurs approvisionnements et cherchent à mieux rémunérer l’amont, mais qui se confrontent parfois à des acheteurs de la grande distribution qui ne veulent rien entendre. Des fabricants conscients des limites de la production de masse et de la perpétuelle chasse aux économies qui investissent lourdement pour changer leurs recettes, mais qui, hélas, ne trouvent pas toujours l’écoute escomptée dans les box d’achats. Des directeurs de sites qui sont tout heureux de montrer les efforts consentis pour leurs outils de travail (automatisation, robotisation…) mais qui savent que trop peu en tiendront compte en « négos ». J’ai aussi rencontré des patrons de business units qui multiplient les innovations mais qui regrettent le peu de différence faite par « le partenaire-distributeur » entre la marque qui apporte de la marge et agite les catégories et celle qui n’est en rien différenciante.

Finalement, ces allers-retours en province m’ont fait oublier les débats parisiens et les multiples invectives sur les réseaux sociaux. Ces exemples, qu’ils soient rares comme le disent certains ou nombreux comme d’autres l’affirment, m’ont confirmé qu’il faut tout faire pour ne pas brider ou casser cet élan de modernisation de l’industrie avec de nouvelles taxes ou lois, mais aussi avec des comportements peu responsables dans les box. Ce qu’il est toujours bon de rabâcher avant l’analyse de la première année de la loi Egalim et à l’approche des « négos » 2020. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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