[Edito] Y-a-t-il besoin d’un ministère du commerce?

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A chaque composition d'un gouvernement, la question se pose de l’utilité ou non d’un ministre du commerce. Ceux qui le réclament ont de solides arguments. Ils mettent en avant les 3,6 millions d’emplois et expliquent que ce secteur d’activité pèse plus de 10% du PIB français. Et rappellent que la situation actuelle de post-pandémie justifie encore plus que jamais un poste à part entière pour relancer la machine commerciale et donc la consommation.

Pourtant, il existe aussi des raisons de trouver cette fonction superfétatoire. On peut commencer par remarquer que les derniers grands ministres du commerce s’appellent Jean-Pierre Raffarin (1995-97) ou Marylise Lebranchu (97-2000). Sans oublier ceux dont je ne mentionnerais pas le nom et qui n’ont obtenu ce fameux maroquin que pour inaugurer des salons ou lancer les soldes dans tel ou tel grand magasin. On peut aussi noter que celui qui toucha le plus le commerce fut Yves Galland en 1995 au titre de… ministre délégué aux Finances (avec la fameuse loi Galland). Ou que des ministres du commerce ont surtout eu comme objectif de brider l’expansion de celui-ci, comme Jean Royer (1972-73) qui, avec sa loi, a surtout poussé le commerce à s’installer en périphérie au détriment du commerce de centre-ville. Un effet boomerang dévastateur.

Finalement, la bonne question est de savoir si le commerce n’est pas simplement le morceau d’un puzzle bien trop isolé - ou bien trop important - pour être traité à part. Puisqu’il touche également, l’industrie, l’agriculture, le transport, l’aménagement du territoire ou le numérique. Il ne peut se résumer à la seule question de la consommation (urbanisme, emplois…) et ne peut être vu sous le seul regard de l’alimentaire (ce qui est trop souvent le cas).

Il apparaît donc clairement que l’avenir du commerce ne dépend pas de telle ou telle nomination. Il est peu important de savoir si l’heureux nommé obtiendra un ministère à plein temps ou un secrétariat d’état en forme de strapontin, s'il est là pour ne pas faire de bruit ou pour tout faire pour faire voter une loi... à son nom. Comme il est peu utile d’imaginer quels seront les autres secteurs qui lui seront accolés comme l’artisanat, le tourisme, les PME, les professions libérales, l’économie sociale et solidaire… Ce ministère, crucial aux Etats-Unis et inexistant dans bon nombre de pays, est chez nous parfois un véritable fourre-tout dont la notoriété dépend finalement de la personnalité de celui qui le dirige. Pire, certains affirment que l’absence d’un ministre à plein temps évite que celui-ci, pour exister ou se justifier, inventent des lois plus néfastes qu’utiles. Et dans ce domaine, on peut citer quelques noms… Plus sérieusement, quelle que soit l’organisation gouvernementale, il s’agit avant tout d’une volonté politique. Il revient au premier ministre et au locataire de Bercy de se débarrasser des vieux poncifs éculés anti-commerce et de comprendre qu’ils peuvent faire de ce secteur un allié du développement économique et de l'emploi. Ce qui ne veut surtout pas dire signer un chèque en blanc. Il faut simplement garantir des règles égales entre tous les acteurs (supprimer toutes ces distorsions de concurrence…) et donner au commerce les moyens de son développement pour l’emploi qu’il représente et l’ascenseur social qu’il symbolise. Mais aussi pour lui permettre de mieux valoriser la production agricole et l’industrie française. 

Et si, pour une fois, le commerce n’était pas abordé sous l’angle du contre (contre le petit commerce, l’industrie, l’environnement) mais sous l’angle du pour (le développement des filières, l’emploi, le made in France…). Il serait alors question d’un projet politique qui rassemble tous les intervenants et non qui les oppose et qui prépare l’avenir et non qui le saborde. Qui, une fois cette direction commune donnée, laisse les dirigeants maîtres de leurs stratégies et de leurs investissements, sans multiplier les taxes et nouvelles règles au gré des humeurs de chacun, mais qui punit sévèrement tous ceux qui ne respectent pas la loi. Il s’agit probablement d’un doux rêve de quelqu’un qui croit fortement au bien fait de la concurrence mais qui pense aussi qu’elle ne peut se concevoir aujourd’hui sans une forme de responsabilité. Il s’agit d’un doux rêve de quelqu’un qui pense qu’un jour l’Etat arrêtera sa gestion à la petite semaine pour avoir une vraie vision et afficher de vraies ambitions.

 

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