Editorial: quand la mer se retirera...

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A lire cette semaine dans le magazine LSA: l'enquête: "E-commerce, vers une nouvelle bulle spéculative? N'hésitez pas à réagir et commenter l'éditorial de ce numéro.

JD.com, Cdiscount, Zalando… De plus en plus d’e-commerçants lorgnent la Bourse. Il est vrai qu’Alibaba pourrait y lever 16 milliards de dollars ! De telles perspectives rappellent la folie qui entoura, au début des années 2000, la fameuse bulle internet. Cette époque où la capitalisation boursière de Webvan culmina à 7,6 milliards d’euros et qui vit, quelques mois plus tard, le dépôt de bilan de ce même cybermarchand. Par définition, une bulle est quelque chose de trompeur, de fragile, de vide et sans valeur. 

Pourtant, des investisseurs sont irrémédiablement attirés. Ils jurent qu’ils ont retenu les erreurs du passé, que le marché n’était pas mûr, que les consommateurs n’étaient pas prêts et que les technologies n’étaient pas aussi performantes. Ils affirment que la massification permettra de limiter les coûts d’acquisition des clients et d’optimiser les factures publicitaires ou logistiques. Sans oublier d’obtenir de meilleurs tarifs auprès des fournisseurs… Enfin, et surtout, comme tous, ils sont convaincus que le commerce de demain comportera une grande part de nouvelles technologies. Voilà pourquoi la valorisation d’Amazon atteignait 137,8 milliards de dollars le 12 mai dernier. Soit 34 fois son Ebitda

Mais n’en déplaise aux thuriféraires du web, l’e-commerce est rarement rentable. Alors pourquoi diable tant de dirigeants se tournent-ils vers la Bourse ? S’il s’agit juste de faire la même chose mais avec encore plus de moyens, il est fort probable que le résultat ne changera guère. Ce n’est pas parce que vous perdez de l’argent à chaque livraison que vous en gagnerez en faisant deux fois plus. Certains l’ont cru… et ont davantage creusé les déficits que trouvé le chemin de la rentabilité. Les gains ne peuvent pas venir, comme par miracle, de la seule taille critique. Non, les gagnants de la course à l’e-commerce sont à débusquer ailleurs. Vente-privée et eBay, par exemple, ont dès le départ trouvé la martingale avec un modèle économique plus que judicieux. D’autres, comme Amazon, avancent avec le souci permanent de l’innovation ou du service client. Sans oublier ceux, comme Google, qui se souviennent que, lors de la ruée vers l’or, les fabricants de pelles ont davantage fait fortune que les milliers de petits chercheurs… C’est pourquoi ils misent sur la vente de données plus que sur des services marchands. Enfin, des dirigeants ne lèvent pas de l’argent en Bourse pour tout mettre sur internet. Ils savent qu’il ne sert à rien d’aller trop vite. Ils préfèrent attendre que le secteur mûrisse. Les fonds levés en mettant en avant leur savoir-faire sur le web servent alors à renforcer les fondamentaux de leur groupe, par exemple, en rachetant des chaînes de magasins concurrentes ou en confortant leurs positions dans tel ou tel pays… 

Tous ces entrepreneurs, ceux qui innovent, qui placent judicieusement leur argent ou qui affichent déjà des comptes d’exploitation sains ou prometteurs, et non ceux qui ne misent que sur la croissance ou l’éventuelle concentration du secteur, seront probablement encore là dans les années à venir. Même si, comme certains le craignent, une nouvelle bulle internet se constitue puis explose. Mieux, ces dirigeants pourront toujours dire qu’ils en ont tiré profit. Et ils se retrouveront dans la phrase du célèbre milliardaire américain Warren Buffett : « C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus ».

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