Marchés

Eleveurs : pourquoi la tension ne retombe pas ?

|

Dossier Malgré  l’accord du 17 juin 2015 sur la revalorisation des prix payés aux éleveurs, la tension n’est pas retombée.  Et la semaine s’annonce à haut risque avec la  présentation du rapport du  médiateur des relations commerciales agricoles ce mercredi 23 juillet 2015. Analyse

Le juste prix pour tous, telle est la revendication des éleveurs qui n'hésitent pas à le faire savoir aux distributeurs, multipliant les actes à proximité des magasins
Le juste prix pour tous, telle est la revendication des éleveurs qui n'hésitent pas à le faire savoir aux distributeurs, multipliant les actes à proximité des magasins

La rédaction vous conseille

Après le blocage ce week-end  de plusieurs axes routiers autour de la ville de Caen, les perturbations se poursuivent ce lundi 20 juillet. Dès ce matin, les principaux accès au périphérique de Caen étaient bloqués par des éleveurs qui protestent contre la faiblesse des prix agricoles. Alors que le Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll a proposé de recevoir les éleveurs ce jeudi 23 juillet, cette semaine s’annonce à haut risque. Mercredi 22 juillet, François Amand, le médiateur des relations commerciales agricoles, saisi le 1 er juillet dernier par le Ministère de l’agriculture, doit en effet remettre son rapport sur la mise en application de l’accord du 17 juin dernier pour une revalorisation des prix payés aux éleveurs. « Mais de quels outils a-t-il disposé pour mener à bien sa mission ? », s’interroge un professionnel de la filière. Ce rapport suffira-t-il à calmer le jeu ? Et de toute façon de quels moyens  le gouvernement dispose-il pour imposer des hausses aux industriels de la transformation et aux distributeurs ?

L'appel de François Hollande

Sur ce sujet, les questions ne manquent pas et c’est justement l’absence de réponse qui semble attiser la colère des éleveurs, dont 10% d’entre-eux seraient, selon le Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, dès cet été menacés de dépôt de bilan. Au cours de ce week-end, le sujet est même devenu « présidentiel » avec l’appel de François Hollande aux distributeurs et aux consommateurs pour sauver les éleveurs français. 

Pourtant, après la réunion du 17 juin 2015 au Ministère de l‘agriculture mettant autour de la table l’ensemble des acteurs  de la filière –une première depuis plusieurs décennies !-, les éleveurs toujours prudents étaient repartis relativement satisfaits des engagements pris. Concrètement, transformateurs et distributeurs s’étaient alors engagés à une revalorisation de 5 centimes par semaine, renouvelée chaque semaine pour arriver à couvrir les coûts de revient qui sont en moyenne de 4,50 euros le kilo/carcasse.

Des déclarations de soutien à répétition

Au cours des jours qui ont suivi cet accord, les distributeurs n’ont pas manqué de multiplier les déclarations de soutien à l’égard des éleveurs et leur volonté de revaloriser les prix. « Ces déclarations sont sans doute sincères car les distributeurs ont besoin des éleveurs pour pouvoir continuer à vendre de la viande. Mais la situation n’en demeure pas moins complexe et l’accord pris le 17 juin 2015 est difficile à mettre en œuvre, voire inapplicable car le diable se cache toujours dans les détails », juge un professionnel de la filière.Car n’oublions pas que derrière les belles déclarations de Michel Edouard Leclerc sur son blog ou celle de Serge Papin, PDG de Système U,  l’achat de viande (en dehors des produits élaborés) se fait, pour l’essentiel des volumes, directement  par les points de vente. Or l’accord du 17 juin, s’il marque un engagement de la part de l’ensemble des acteurs des filières, n’apporte pas de précisions. Les revalorisations de prix portent-elles  sur l’ensemble des viandes de bœuf ou uniquement sur les races à viandes? A partir de quelle date, ces revalorisations doivent-elles être passées ? En l’absence d’un cadre strictement défini, les industriels de la transformation, eux-mêmes en prise avec des restructurations et la fermeture de sites d’abattage, ne seraient-ils pas tentés de faire traîner la situation ou de ne finalement pas jouer complètement le jeu ? Et les acheteurs en point de vente de de jouer à leur tour de ces distorsions entre industriels ?

Force est de constater que contrairement aux distributeurs, sans doute agacés de voir leurs magasins régulièrement dégradés par des tas de fumier, les industriels de la transformation se montrent beaucoup plus discrets sur le sujet. Très attendue, la présentation du rapport de François Amand, suffira-t-elle à éclaircir la situation et à calmer la colère des éleveurs, rien n’est moins sûr…

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA