Éloge de l'optimisme

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Le billet de Jacques Attali, la semaine dernière dans L'Express, était pour le moins étonnant. Sur une page, l'ancien sherpa de François Mitterrand et toujours « visiteur du soir » de l'Élysée, faisait « l'éloge du pessimisme ». Selon lui, dans les périodes les plus noires de l'Histoire, « les pessimistes ont eu raison ». Quant à l'apologie de l'optimisme systématique, elle correspondrait « à une posture de nantis ». Autrement dit, les riches croient en l'avenir parce qu'ils savent qu'ils s'en sortiront mieux que les autres. Jacques Attali a raison sur un point. Lorsque l'on est observateur, éditorialiste, expert ou gourou, il est préférable de prédire les pires catastrophes pour se faire entendre. Annoncer les trains qui arrivent à l'heure n'intéresse personne.

Alors bien sûr, il n'est pas question de faire un déni de vérité, de dire que le futur sera forcément radieux, que la reprise est là, que la courbe du chômage s'est inversée, que la question du pouvoir d'achat n'est plus une préoccupation ou que les PME n'affrontent aucun problème de financement. Il s'agit juste de tenir compte des enseignements de l'histoire. Or, c'est justement dans les moments difficiles que les optimistes sortent du lot et imaginent autre chose. La crise de 1929, par exemple, n'a pas été un frein à l'innovation. L'aviation réalisa des progrès fantastiques. Le Nylon fit ses premiers pas en 1930, le radar ses débuts en 1934. Sans oublier la création des magasins populaires en 1929. Et peut-on sérieusement penser que, lorsque deux amis, William et David, pariaient en 1939 à pile ou face si leur société devait s'appeler Hewlett-Packard ou Packard-Hewlett, ils n'avaient pas confiance en l'avenir ? Quant à Édouard Leclerc, il a ouvert sa première boutique à Landerneau à la fin de la Seconde Guerre mondiale, période on ne peut plus difficile. À l'instar des frères Albrecht en Allemagne, qui fondèrent Aldi en 1948. Et que dire de General Motors, qui présenta le premier projet de pot catalytique en 1974, en plein choc pétrolier ! Ou de Steve Jobs (21 ans) et Stephen G. Wozniak (26 ans) qui, lorsqu'ils planchaient dans leur garage, en plein deuxième choc pétrolier, devaient plus s'enthousiasmer que... déprimer.

La crise ouvre une fenêtre pour le changement

Les pessimistes ne vont pas voir ces multiples exemples. Ils vont serrer les coûts, se concentrer sur le cash et se focaliser sur leurs cours de Bourse. Les optimistes, autrement dit bon nombre d'entrepreneurs - qu'ils soient déjà la tête d'une multinationale (il suffit de voir la jubilation de Steve Job lors de la présentation de l'iPad) ou tout simplement des jeunes étudiants comme Serge Brin et Larry Page (les inventeurs de Google en 1996) -, imaginent déjà demain. Aujourd'hui, c'est le moment de remettre en question les produits, de repenser les méthodes de production, de refaire les systèmes d'informations, de reconstruire les supply chains et de travailler autrement le management. Certes, la crise entraîne la rupture, bouleverse les positions acquises. Mais elle ouvre aussi une fenêtre pour le changement. Le 4 février 2004, quatre ans après l'explosion de la bulle internet, Mark Zuckerberg s'est connecté sur le Net avec une nouvelle adresse : « thefacebook.com ». Ce jour-là, il ne faisait pas l'éloge du pessimisme...

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Article extrait
du magazine N° 2141

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