Embellie temporaire sur fond de mutation

Si le nombre de PC vendus chaque année en France se maintient, la baisse des tarifs et l'existence d'une frange de consommateurs rétifs inquiètent. Industriels, distributeurs et pouvoirs publics se mettent en quatre pour motiver les indécis.





Ne dites pas aux grands fabricants d'ordinateurs que le marché se porte mal, vous allez les agacer ! Et de fait, malgré la morosité ambiante, l'informatique fait partie des familles de produits techniques qui devraient terminer l'année 2003 sur une note positive (voir page 88). Une bonne santé due essentiellement à l'explosion des ventes de portables. Chez Packard Bell, le directeur général France, Fabrice Raoult, estime que ce segment représentera 40 % des ventes de Noël dans les réseaux grand public, notamment auprès de consommateurs venus pour se rééquiper. La marque met donc en avant ses modèles dits « desktop replacement », c'est-à-dire conçus davantage pour rendre les mêmes services qu'un modèle de bureau que pour jouer la carte de la mobilité. Seule ombre au tableau : si les ventes progressent fort, les prix, eux, sont en rase-mottes. Avec toutefois une remontée depuis la rentrée, avec des portables proposés actuellement à partir de 999 E et des desktops premier prix autour de 799 E.



Du côté des fournisseurs, quelques mouvements sont observés. Aux côtés de HP, Compaq et Packard Bell, des noms inédits sont apparus. Chez Leclerc, où GV, la marque française du fabricant britannique Time, a décroché de belles opérations. Chez Carrefour, c'est Power.Net qui se taille actuellement la part du lion. Belle performance pour l'intégrateur français Unika, qui fournit ces machines à l'enseigne.







Tendre des passerelles




Évolution aussi pour Maxdata. Alors que les rumeurs concernant son retrait de la distribution grand public couraient depuis le salon MedPi en juin, le fabricant allemand vient de mettre les choses au point par la voix de son directeur général France, Philippe Gounine. Dans une interview à notre confrère ITR News, celui-ci explique que son entreprise s'est orientée vers le marché professionnel en 2003, et que la grande distribution ne représentera plus que 10 % de son chiffre d'affaires cette année, contre 60 % en 2002. Mais l'arrêt du partenariat du constructeur avec Auchan n'est pas à l'ordre du jour.



Au-delà de ces querelles et repositionnements stratégiques, tous les fournisseurs se rejoignent lorsqu'il s'agit d'identifier l'une des tendances prometteuses de cette fin d'année : les PC « convergents ». C'est-à-dire des machines conçues pour tendre des passerelles entre l'univers informatique et celui de l'électronique grand public. L'idée n'est évidemment pas nouvelle, mais elle revient en force pour ce Noël. Une période où, contrairement aux acheteurs de septembre, la clientèle est avant tout à l'affût de PC performants, multimédias et utilisables par toute la famille. Quitte à en payer le prix. Heureuse coïncidence : depuis la fin de l'été, la réponse à ce type de besoins existe. Elle a pour nom Windows XP Edition Media Center 2004. Media Center suffira.



Cette évolution du système d'exploitation de Microsoft a été conçue dès le départ pour transformer les PC en machines de loisirs. Concrètement, il s'agit de faire du PC le serveur multimédia unique de la maison. Et ce grâce à un aménagement cosmétique de Windows qui permet d'accéder facilement aux différentes fonctions (lecture de DVD, télévision...) via une télécommande comparable à celle d'un téléviseur. La plupart des constructeurs se sont engouffrés dans la brèche. Présentant récemment le HP Pavilion Media Center Photosmart, Emilio Ghilardi, vice-président de HP, se réjouissait : « Pour la première fois, nous sortons des produits qui se situent à mi-chemin entre le PC et l'électronique grand public. L'émergence de la maison de demain n'est plus une question de progrès technologique : les technologies nécessaires à son avènement existent. Il s'agit seulement de les intégrer et de les rendre faciles d'utilisation ». Même satisfaction chez NEC CI, dont le directeur général de la division grand public, Aymar de Lencquesaing, remarque que la convergence « se fait en direction du micro-ordinateur ». Attention toutefois : la version actuellement disponible de Media Center est loin de faire l'unanimité ! Chez nVidia, le fabricant de cartes graphiques, Luciano Alibrandi souligne que « l'un des problèmes de Media Center est qu'il n'est vendu qu'avec des PC neufs et chers ». Et le responsable marketing technique de poursuivre : « Si vous connectez Media Center à un écran plasma, l'affichage est parfait. Mais ce n'est pas le cas sur un téléviseur classique à cause des problèmes de cohabitation entre numérique et analogique. Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit que d'une première version. Je pense que quand on regardera le Media Center actuel dans six ans, tout le monde rira. On aura l'impression de retrouver le DOS [ndlr : système d'exploitation des PC ayant précédé Windows] ».







Une offre pour seniors




Pour imparfait qu'il soit, le Media Center a en tout cas un mérite : il devrait séduire une frange de consommateurs potentiels que l'informatique pure et dure rebute encore. En cette fin d'année, la question agite les esprits : comment faire progresser le taux d'équipement des Français en ordinateurs ? Le gouvernement se penche attentivement sur la question et, même si l'hypothèse d'une incitation financière à l'achat est pour l'instant écartée, les intentions technophiles de Jean-Pierre Raffarin (voir LSA n° 1791, 1807 et 1835) se manifestent à travers une campagne de communication visant à promouvoir internet auprès des particuliers. Cible prioritaire : les plus de 50 ans. « Nous n'avons pas attendu que le gouvernement nous consulte pour nous interroger sur la meilleure façon d'attirer cette population, remarque Fabrice Raoult. Mais il nous semble intéressant de constater que les autorités se posent les mêmes questions que nous. » Packard Bell vient de mettre sur pieds une offre destinée aux seniors, avec explications en abondance, logiciels censés coller à leurs centres d'intérêt et service d'assistance très poussé. Mais pour Fabrice Raoult, beaucoup de travail reste à fournir pour toucher les particuliers non-équipés de PC : « Aujourd'hui, dans la distribution, les vendeurs demandent aux clients ce qu'ils comptent faire de leur PC pour leur conseiller le modèle le plus adapté. Le problème, c'est que certains consommateurs ne savent même pas ce qu'on peut faire avec un PC ! »



Avec son Service premier achat, l'enseigne PC City apporte un début de réponse au problème. « Notre ambition est d'amener dans l'informatique l'ensemble des services que Darty peut proposer dans le blanc et le brun, résume Sacha Tikhomiroff, directeur général France. Cela passe par la formation des vendeurs. Face à un client venu pour un premier achat, il est important de bannir le jargon informatique. Par exemple, on ne parlera pas d'écran TFT mais d'écran plat. » Pour reprendre l'une des expressions les plus fameuses de Jean-Pierre Raffarin : « La route est droite, mais la pente est raide... »



















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Article extrait
du magazine N° 1840

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