Emmanuel Macron quitte le gouvernement pour se consacrer à son mouvement “En Marche”

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Le ministre de l’Economie démissionne du gouvernement ce mardi 30 août. Il devrait par la suite se lancer comme candidat à la présidence de la République, en s’appuyant sur son mouvement “En marche”  

Emmanuel Macron lors de l'ouverture des soldes au centre commercial Beaugrenelle
Emmanuel Macron lors de l'ouverture des soldes au centre commercial Beaugrenelle© Sylvain Aubril

Emmanuel Macron quitte Bercy. Il a remis sa démission au Président de la République, François Hollande, aujourd’hui à 15 heures. Le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique avait déjà prévenu ses collaborateurs, selon l’AFP, vers 14 heures. Son départ n’est pas une surprise ; il aurait pu avoir lieu en juillet, lorsqu’il avait réuni son mouvement, "En marche", à la Mutualité, à Paris. Un de ses plus fidèles soutiens, le maire de Lyon, Françis Collomb, l’avait appelé hier dans Libération à se lancer dans la présidentielle “si François Hollande ne se représente pas”.  

Emmanuel Macron n’en est pas encore là. Il va se consacrer à son mouvement et aller à la rencontre des électeurs. De ce point de vue, le ministre de l’Economie adopte un style très chiraquien, s’adresse à tous, chaleureusement. Mais il sait aussi débattre. A l’Assemblée nationale, son style direct a souvent plu, autant aux députés de droite comme de gauche. Il reste assez inclassable, libéral sûrement, mais social aussi. La loi Macron pour l’ouverture des magasins le dimanche est ainsi conditionnée à des accords avec les syndicats, et à des compensations salariales. Il impose le dialogue social, en quelque sorte.

Cette loi, qui a permis la création de lignes d’autocars, avec 1500 emplois directs à la clé, l’ouverture des magasins 12 dimanches par an dans toute la France pour les collectivités qui le souhaitent, la création de zones touristiques internationales - lesquelles fleurissent désormais sur la côte d’Azur, à Paris, Deauville, l’ouverture des magasins en soirée, c’est le bilan qu’il va mettre en avant. Mais il s’est également attaqué aux professions réglementées - notaires, greffiers, etc - qui lui ont fait vivre un enfer, décousant ce qui était cousu à Bercy en passant par le ministère de la justice. Et François Hollande, ni Manuel Valls, n’ont jamais totalement tranché en sa faveur.

La loi Noé, passée à la trappe

Idem pour sa loi Nouvelles régulations économiques, que le président de la République et le Premier ministre ont passé à la trappe. Celle-ci visait à permettre à chacun de s’installer à son compte, parce qu’il “est plus facile de trouver des clients que des employeurs”. Il s’étonnait que le lobby des salons de coiffure exige une formation pour les coiffeuses, y compris pour les coiffeuses afro, alors qu’aucune formation à cette coiffure n’est disponible ! Du coup, celles-ci, pour exercer, son contraintes de passer par “un tenancier de salon de coiffure”, c’est sa formule. Ce dernier est diplômé, mais sans aucune expérience ! Idem pour les laveurs de voitures, qui doivent avoir un CAP de mécanicien, etc. Emmanuel Macron voulait balayer ces normes. Devant les lobbyistes, il a dû renoncer. Idem pour les taxis face à l’ubérisation, même si celle-ci apparaît inéluctable. La loi Noé a été fondue dans la loi Sapin, qui doit être adoptée en septembre. Il en a défendu quelques articles, à l'Assemblée nationale, sans grande conviction. Et pour les relations commerciales, il a laissé Stéphane Le Foll à la manoeuvre. 

Emmanuel Macron devait intervenir sur les plateaux de télévision ce soir à 20 heurs. Il devait se produire devant les patrons lors de l’Université d’été du Medef, demain mercredi matin. S’il devait le faire, en tant qu’ex-ministre de l’Economie. Enfin, ll devait également participer au Congrès LSA des négociations commerciales 2017 le 5 octobre prochain, comme c’était le cas l’an dernier, où il s’était exprimé pour la première fois sur les relations commerciales.  «On a peu l’occasion de s’exprimer devant des acteurs de l’économie française qui représentent autant de Françaises et de Français, les 600 000 personnes qui travaillent dans la grande distribution, les 500 000 qui travaillent dans l’industrie alimentaire, a-t-il lancé à la salle… C’est impressionnant, on touche au cœur de notre économie" avait-t-il déclaré aux patrons de l'industrie et de la distribution. Applaudissements nourris.

Mais il avait aussi prévenu que les relations commerciales devaient s’améliorer : « C’est un moment de tensions. Année après année, l’alerte sonne un peu plus fort. La situation n’est facile pour personne, mais je veux des relations commerciales apaisées ; c’est la responsabilité de tous les acteurs impliqués, de ceux qui ont le pouvoir de négociation, la distribution, et les pouvoirs publics, pour les encadrer. » Le ministre considérait que la déflation des produits de grande consommation n’atteint pas sa cible, les consommateurs ne la percevant pas. « On voit bien les limites d’une guerre sans fin qui irait vers le prix le plus bas possible. »

Présent au Congrès des négociations commerciales

Il va donc laisser ce champ à son successeur, dont le nom ne devrait pas être connu avant demain mercredi 31 août. Il vise désormais beaucoup plus haut. Mais l’ex-banquier, ex-conseiller de grandes sociétés comme Nestlé ou Avril, avait le très grand mérite de bien connaître le secteur de la grande consommation, surtout côté industrie. Et il n'est pas resté longtemps ignorant de ce que représente la grande distribution. Il a même reçu, dans sa maison du Touquet, au printemps, le bouillant Gérard Mulliez, fondateur d’Auchan. Qui a lui aussi des idées en matière économique et sociale, et n’a pas caché les lui avoir exposées.

Enfin, Emmanuel Macron a également été le rapporteur du rapport Attali - commandé par un certain Nicolas Sarkozy - qui réunissait une pléiade d’acteurs, dont le président de l’Autorité de la concurrence, Bruno Lasserre, le président de Nestlé, Peter Brabeck, le psychiatre auteur de best sellers, Boris Cyrulnik, et bien d’autres. Il a donc un sérieux bagage économique en poche. Evidemment, certains vont lui opposer que la matière économique et sociale ne suffit pas pour faire un président de la République. Pas sûr qu’il en tienne compte.

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