EMPOISONNEURS ?

|

Plus personne ne songe à nier le problème : la lutte contre l'obésité est devenue une cause nationale. Les associations professionnelles ont pris le problème à bras-le-corps, et les politiques se sont emparés du sujet. Une impérieuse nécessité, puisque 30 % des Européens sont déjà obèses, et qu'en France, un quart des enfants pourraient l'être en 2020 ! La faute à qui ? Aux industriels, répondent en choeur les consommateurs et l'Administration. Et ils ont beau jeu de pointer du doigt ces industriels qui s'autoproclament « bons pour la santé », ceux qui mettent en avant un élément positif de leurs produits tout en mettant de côté tous les points négatifs, ou ceux qui envoient leur armée de lobbyistes pour défendre leurs intérêts. Quelques dérapages et un mutisme jugé coupable ont jeté l'opprobre sur une profession. À tel point que le PDG d'une multinationale a senti le besoin de se justifier. « Nous ne sommes pas des empoisonneurs ! », a-t-il déclaré à LSA.

L'emballement médiatique de ces dernières semaines ne doit pas masquer les problèmes de fond. Faire passer toutes les recettes sous les fourches Caudines des nutritionnistes ne résorbera pas ce fléau. Pire, sous prétexte d'un « politiquement correct », tous les produits ne peuvent devenir nutritionnellement parfaits. Tout simplement parce que cela dénaturerait le goût et générerait immanquablement une désaffection des consommateurs. Les pistes d'amélioration sont ailleurs. L'information nutritionnelle, qui n'est pas obligatoire sur toutes les étiquettes, peut bien évidemment être perfectionnée. Quant aux allégations santé ou nutritionnelles, elles doivent être clarifiées. Sans oublier le maintien, pour ne pas dire le renforcement, de portions « raisonnables » dans l'offre. Autant de réflexions, poussées par l'Ania, qui vont dans le bons sens.

Certainement plus que la « contribution » de 1,5 % envisagée sur les investissements publicitaires télévisés. Dans cette histoire, bon nombre d'entreprises ont le sentiment d'être prises pour de simples tiroirs-caisses. Plus que taxes et interdictions, l'État devrait parler information (ce qu'il a déjà commencé à faire) et éducation (ce qui reste à mettre en oeuvre). Car avant d'être un problème industriel, l'obésité est un enjeu de société. Avec, pour origine, la déstructuration des repas ou le manque de sport. Il n'est point question ici de dédouaner les industriels de leur responsabilité, qui est réelle. Simplement de rappeler qu'ils ne peuvent servir d'unique bouc-émissaire.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1880

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA