En magasins, agir « durable » commence à payer

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Dossier Ils ont investi dans des projets à vocation écologique quand ces dépenses impliquaient des surcoûts significatifs. Aujourd'hui, ces magasins en tirent des bénéfices tant sur le plan financier que dans leur image.

Aux Arcs-sur-Argens, la construction de l'Hyper U aux normes HQE a permis d'économiser 50 % de l'économie énergique.
Aux Arcs-sur-Argens, la construction de l'Hyper U aux normes HQE a permis d'économiser 50 % de l'économie énergique.© DR

«Depuis début 2009, nous constatons un réel changement d'approche du consommateur vis-à-vis du développement durable, explique Stéphane Benhamou, directeur de l'Hyper U des Arcs-sur-Argens, dans le Var. Il est plus mature, met du sens dans son comportement d'achat, va jusqu'à s'interdire des produits tels des fruits estampillés biologiques provenant de l'autre côté de la planète. » Les enseignes qui investissent depuis trois ans, voire plus, dans des initiatives à vocation écologique se retrouvent donc dans l'air du temps ! Les risques ou les surcoûts assumés hier semblent récompensés.

 

Des clients demandeurs

 

L'implantation de bornes de collecte de piles, cartouches d'encre, ampoules, huiles de vidange usagées... apparaît ainsi comme un « service minimal ». L'offre crée même la demande (et du trafic en magasin !), faute de solutions à domicile. « Je suis impressionné par les quantités de matériels dont nous facilitons la récupération, admet Éric Malet, directeur du Carrefour de Nice-Lingostière (Alpes-Maritimes). En 2010, nous avons atteint 300 kg sur les cartouches, 600 kg sur les ampoules et néons, 3 tonnes sur les piles, 4,5 tonnes d'huiles de vidange... Il existe une vraie prise de conscience des consommateurs. » Nombre de magasins passent la vitesse supérieure en proposant, dès la sortie de caisse, de se débarrasser des emballages superflus dans des conteneurs appropriés. Carrefour Market, Auchan, Cora... testent également des écodistributeurs de produits d'entretien en vrac afin de favoriser la réutilisation des flacons.

 

Partager l'engagement

 

Cette stratégie orientée « client » doit cependant s'accompagner d'une sensibilisation du personnel sur le tri des plastiques, cartons... ou encore des déchets organiques issus des activités du magasin. « Les clients sont plus aisés à convaincre si l'engagement leur paraît partagé », note Alain Breton, chef de secteur services généraux duAuchan de La Seyne-sur-Mer, dans le Var. Inviter des écoles, coopérer avec des associations environnementales... amplifient l'ancrage local, affirment des valeurs. Surtout quand le concurrent s'en préoccupe moins !

La maîtrise de la consommation énergétique est un autre domaine aux retombées mesurables. Les solutions peuvent être « comportementales ». Ainsi, en étudiant l'heure adéquate d'allumage du mur télé, Auchan La Seyne a réduit de 10% sa consommation de KW/h la première année, de 4% la deuxième et vise 5% supplémentaires en 2011 en substituant aux spots des dispositifs moins énergivores. Carrefour Nice n'allume plus ses fours de boulangerie toute la journée puisque la fabrication de pain n'exige que deux à quatre heures de fonctionnement optimal. Les pistes d'économies s'avèrent aussi techniques : vitrines dans les rayons surgelés, rideaux de nuit dans le rayon libre-service frais..

 

Nicolas Le Hérissier, Directeur marketing-communication de Houra.fr

« Nos clients sont sensibles à la cohérence de la démarche »

LSA - À quelles initiatives « durables » vos clients sont-ils les plus sensibles ?

Nicolas Le Hérissier - Avant tout, la cohérence globale de la démarche. Ils apprécient notre offre de produits biologiques, mais ils veulent aussi des fournisseurs de proximité ! Ils apprécient la livraison de leur colis dans du papier kraft recyclé, la réutilisation des emballages...

LSA - Quel est le prix à payer pour une offre plus écologique ?

N. Le H. - La clientèle exige toujours du prix. Pour qu'un cybermarché soit rentable, il faut que le panier moyen soit suffisamment élevé. Chez Houra.fr, il se situe à 215€ pour des clients plutôt CSP + qui font la différence dans le service que nous apportons.

LSA - Votre stratégie se heurte-t-elle à des limites ?

N. Le H. - Dans notre organisation, il n'existe pas encore de solution réelle en véhicules hybrides ou électriques. Nous privilégions donc les véhicules à basse émission de CO2. Même si nous cherchons à être très proches de nos clients, livrer celui qui vit dans une zone géographique très isolée serait une hérésie écologique. Enfin, il faut rester vigilant sur les coûts. Le plus grand ennemi de notre métier serait une lutte effrénée sur les prix.

 

 

Organisation différente

 

Son nouveau magasin aux Arcs, Philippe Benhamou l'a voulu Haute Qualité environnementale (HQE). Le projet lui a coûté 8 à 9% de plus qu'un bâtiment traditionnel pour respecter les 14 critères du label et mixer brise-soleil en façade, panneaux photovoltaïques et puits de lumière, chauffe-eau solaire, pompes à chaleur, isolation renforcée... Il espérait 27% d'économies sur la consommation énergétique. Deux ans et demi après l'ouverture, il s'étonne des résultats : « Nous sommes à près de 50%, surtout sur la consommation du froid, et nous réutilisons l'intégralité des eaux de toiture pour les usages sanitaires. »

La livraison de commandes à domicile, le renouveau des magasins de proximité devraient, en revanche, faire émerger de nouveaux modèles. « Ces thématiques ne pourront s'affranchir de la prise en compte du développement durable et nécessiteront des organisations différentes », note Éric Hemar, PDG d'ID Logistics qui exploite à Miramas le premier entrepôt mutualisé Danone Eaux-Carrefour, approvisionné par rail.

À Marseille, depuis la plate-forme de logistique urbaine Sogaris, le transporteur Deret livre déjà des boutiques et des particuliers avec des camions électriques. Ses voisins Auchan Direct, GrosBill.com, Bruneau... pas encore. Mais Casino, via sa filiale C Chez Vous, vient de se lancer sur l'agglomération marseillaise pour la livraison de gros électroménager et étudie pour la région parisienne le principe de mutualisation de véhicules 100% électriques pour la livraison au client final de produits alimentaires.

Le tableau d'honneur des initiatives en magasins :

Félicitations :

  • Les dispositifs de réduction de consommation énergétique, d'eau...
  • Les systèmes de collecte et de tri de déchets.
  • Les approvisionnements bio et le « commerce équitable » de proximité.

Encouragements :

  • La livraison écologique du dernier kilomètre.
  • La récupération des suremballages en sortie de caisse.
  • Les écodistributeurs de produits en vrac.
  • La pédagogie environnementale (animations, sensibilisations en magasin...).

Peut mieux faire :

  • Les toitures photovoltaïques.
  • La logistique ferroviaire et fluviale.

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Article extrait
du magazine N° 2177

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