Enregistrement DVD : la guerre des formats

Alors que les premiers enregistreurs DVD de salon peinent à trouver un public, neuf des principaux industriels du secteur annoncent un nouveau standard, évidemment incompatible. Une initiative qui, selon eux, ne condamne pas les formats actuels. Difficile à croire !

Les choses avaient pourtant l'air de se clarifier. Alors que 3 standards de DVD enregistrables s'affrontent, les grandes marques, conscientes de la nécessité d'un format unifié, avaient commencé à se rapprocher. Isolé sur le DVD-Ram, Panasonic avait ouvert le bal en permettant la compatibilité (partielle) avec le DVD-R, lisible sur la plupart des lecteurs actuels.

C'est ensuite Sony, attentiste jusqu'alors, qui annonçait fin février le choix d'une machine « duomode », DVD+RW et DVD-RW. Quant à Pioneer, qui présente déjà sa troisième génération de machine au Japon, il se décide enfin à proposer un modèle en France. Tout en continuant à appeler à l'unification.

« Le DVD enregistrable est une véritable révolution, mais cette guerre des formats gâche tout, déplore l'acheteur d'une grande centrale alimentaire. Tout cela rappelle évidemment le lancement du magnétoscope. Comme il y a vingt ans, les clients sont perdus entre trois normes et préfèrent différer leur achat. Dans ces conditions, nous n'avons aucun intérêt à proposer ces produits. »

Des ventes anecdotiques

Aux distributeurs spécialisés, donc, le rôle de défricheurs. Avec des résultats très mitigés, du moins si l'on s'en tient aux chiffres. « Malgré leur prix de lancement de 2 000 EUR ou plus, le Panasonic DMR-E2000 et le Philips DVD-R1000 ont suscité une vraie curiosité chez nos clients, assure un responsable de rayon de la Fnac. Mais, à l'exception d'une poignée d'acharnés, tous sont rebutés par les problèmes de standards et de compatibilité. De plus, nous peinons à leur expliquer que ces appareils ne permettent pas de copier un DVD vidéo et ne sont pas encore vraiment destinés à enregistrer la télévision »

Logiquement, le moins que l'on puisse dire est que les ventes n'ont pas décollé. Et si une source proche de Philips souligne que les ventes de DVD Recorder ne sont « pas nulles », Robin Nicolas, chef de produits Panasonic, admet qu'il s'agit encore de produits d'image. « Nous en avons vendu quelques centaines les trois premiers mois et je dirais que, maintenant, nous sommes stabilisés autour de 50 ventes par mois, explique-t-il. L'écart de prix avec les lecteurs DVD est trop grand. »

Tous sur le Blu-ray Disc

Un contexte déjà incertain, remis en cause par l'accord du 19 février. Neuf des plus grands noms de l'électronique grand public, japonais, coréens et européens pour une fois unis (voir liste ci-dessous), ont annoncé la création d'un nouveau standard : le Blu-ray Disc, lancé en 2003.

Ce format, dont les avantages technologiques sont indéniables (voir encadré), répond, à en croire ses promoteurs, à une triple exigence. À savoir : offrir une qualité et une capacité sans équivalent, pouvoir enregistrer la télévision haute définition et, surtout, proposer un standard unique. Précision supplémentaire et importante fournie par Hiro Shinohara, responsable du développement produits chez Sony : « Le Blu-ray Disc n'est pas un DVD. Ce sont deux standards incompatibles. »

Rassurons toutefois les possesseurs de DVD : les lecteurs Blu-ray Disc seront capables de les lire. Mais l'inverse ne sera pas vrai. Faut-il en conclure que les DVD+RW, -RW ou -Ram, à peine nés, sont déjà bons à enterrer ? À première vue, il est tentant de répondre par l'affirmative. Qui investira aujourd'hui 1 500 à 2 000 EUR dans un appareil dont on lui dit qu'il sera obsolète l'an prochain ?

Confrontées à cette problématique, les marques déjà engagées dans les standards actuels travaillent à nous convaincre de leur validité. « Nous ne voyons pas le Blu-ray comme un remplaçant du DVD mais plutôt comme un complément à la prochaine génération », assure Chris Burma, responsable des développements de disques audio-vidéo chez Philips.

Plus concret, Pascal Petitpas, responsable formation chez Panasonic France, rappelle que le Blu-ray Disc « est avant tout créé pour enregistrer la télé haute définition, qui existe déjà au Japon, mais n'est pas d'actualité en Europe. Je ne veux pas minimiser l'intérêt que ce standard peut avoir pour nous, mais l'Europe est moins concernée. Nous continuons à avancer sur les DVD-Ram et DVD-R ». La marque n'exclut pas l'arrivée en France d'un enregistreur DVD doté d'un disque dur. Quant à Philips, l'autre précurseur, il semble tout aussi convaincu de la pérennité de son standard et lance ce mois-ci deux nouveaux modèles plus accessibles en prix.

La Chine s'éveille

Une véritable douche écossaise qui, quoi qu'en disent les industriels, entretient la confusion. Car même en admettant que l'arrivée du Blu-ray Disc en Europe n'ait lieu qu'en 2004 ou 2005, la question de l'obsolescence annoncée des DVD+RW, -RW et -Ram reste posée. La stratégie des constructeurs paraît si fluctuante que l'on est tenté d'accorder un certain crédit à l'explication que certains observateurs avancent déjà.

Pour eux, la fédération des grandes marques autour du Blu-ray Disc constituerait avant tout une réponse à la progression ultra-rapide des fabricants chinois et taïwanais sur le marché du DVD. Ils sont déjà capables de produire des lecteurs dont le prix public approche 100 EUR, et il ne leur faudra pas longtemps avant de proposer des enregistreurs. Avec un Blu-ray Disc technologiquement bien plus complexe, les poids lourds du secteur reprennent une longueur d'avance. Ce qui n'inquiète pas beaucoup les challengers chinois. À leurs yeux, les premiers produits Blu-ray ne seront jamais prêts pour 2003.

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Article extrait
du magazine N° 1759

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