Entremont se réorganise face à la crise laitière

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L'environnement économique défavorable pour les produits laitiers pousse le numéro un français de l'emmental à rationaliser ses outils pour faire des gains de productivité. Et à concentrer ses moyens sur la marque Entremont, au détriment de Meule d'Or.

Avec 40 % du marché de l'emmental, un score qui le place au premier rang français de la spécialité, le groupe Entremont (un chiffre d'affaires de 1,17 milliard d'euros et une perte nette de 4,7 millions) subit de plein fouet la baisse des prix de vente de ce fromage : un recul de 4 % en 2003, alors que la production (243 400 tonnes) baissait de 5,3 %.

La compétition s'est en effet durcie entre les industriels laitiers, qui cherchent de nouveaux débouchés depuis la crise dans le beurre. Ce contexte économique très tendu oblige Entremont à une remise à plat de sa stratégie. « L'usine de Montauban-de-Breta-gne (Ille-et-Vilaine), dont nous venons de doubler la capacité de production, est au centre du dispo- sitif », explique Nicolas Le Chatelier, le président du directoire. Le site, entièrement destiné aux fabrications pour les marques des distributeurs, devient la plus grande usine du groupe. Entièrement automatisé, un process informatique de dernier cri lui facilite son adaptation aux cahiers des char- ges de ses clients pour leurs commandes en flux tendus de produits râpés et tranchés. « Mais, continue le dirigeant d'Entremont, ce site ne générera pas de volumes supplémentaires d'emmental, puis-que nous avons récemment fermé deux usines, l'une à Yffiniac, dans les Côtes-d'Armor, et l'autre à Rangau, en Allemagne, avec le transfert de leurs productions sur le site breton. La situation actuelle du marché n'a pas besoin de nouvelles capacités. » Par contre, Montauban-de-Bretagne sera plus productif, puisqu'il fonctionne avec un effectif stable malgré la nouvelle taille de cette usine.

Plusieurs partenariats

À la mise en service de ces installations correspond une cascade d'autres décisions chez l'industriel, qui possède cinq usines d'emmental représentant 50 % de ses ventes. Ainsi, il vient de fermer sa plate-forme de conditionnement de Trébillet, dans l'Ain, car « sa situation géographique n'était plus pertinente. Nos livraisons pour les hypers du sud-est de la France et de l'Europe du Sud sont désormais effectuées à partir de notre site d'Annecy en Savoie », confie encore le président du directoire. Un plan social portant sur 160 collaborateurs répartis dans l'ensemble du groupe (3 400 salariés) vient d'accompagner les choix du fromager, qui met aussi en exergue la très faible rentabilité de ses fabrications de beurre et de crème (20 % de ses ventes).

S'il n'abandonne pas ce marché, il noue « des partenariats avec les autres acteurs de ce secteur ». D'où l'accord avec Unicopa et Sodiaal pour fabriquer en commun du beurre et de la crème dans l'usine Entremont de Quimper, dont les volumes vont passer de 30 000 à 50 000 tonnes par an. « Nous allons ainsi limiter nos frais logistiques et de production », continue Nicolas Le Chatelier. Comme cette décision risque de ne pas être suffisante, Entremont envisage de diminuer sa collecte de lait dans l'est de la France et en Allemagne, afin de freiner les productions de crèmes. Également engagé dans la fabrication de fromages fondus, mais aussi dans le comté en appellation d'origine contrôlée, Entremont profite de cette réorganisation pour se séparer de ses diversifications. Il a ainsi vendu, à une coopérative italienne, la société Parma Reggio spécialisée dans le parmesan.

Ce recentrage s'accompagne d'une réorientation de sa communication. D'après Gilles Samyn, administrateur délégué de la Compagnie nationale de portefeuille, qui contrôle Entremont, il faut donner du temps au fromager pour retrouver la croissance et distancer ses principaux challengers. « Trois années vont être encore nécessaires pour que nos différents investissements deviennent renta-bles », précise Gilles Samyn. Reste que le pari est audacieux, car il se réalise à un moment délicat pour Entremont, dont le bilan 2003 s'est traduit par une perte nette de 4,7 millions d'euros. Mais Nicolas Le Chatelier garde son optimisme et espère totalement effacer ce déficit « dès la fin de l'exercice 2004 », malgré des cours encore très déprimés dans le beurre.

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Article extrait
du magazine N° 1880

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