Marchés

Entretien avec Arnaud Montebourg : "Le made in France est toujours une bataille"

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

INTERVIEW En marge de son déplacement, le 27 octobre à Niort, dans les locaux de la Camif où il s’était invité, Arnaud Montebourg a répondu à quelques questions de LSA.

LSA - Pourquoi avoir choisi aujourd’hui de visiter les locaux de la Camif, à Niort ?

Arnaud Montebourg - J’avais rencontré le patron de la Camif, Emery Jacquillat, aux Assises du produire en France, que nous avons montées avec Yves Jégo, à Reims, en septembre dernier. Et je tenais à aller voir la Camif car c’est une entreprise qui allie modernité et digitalisation. C’est un emblème du patriotisme économique. La Camif est la reine du made in France. C’est plus qu’une entreprise qui a réussi, c’est une entreprise militante d’une cause nationale.

LSA - Ce n’est pas seulement un argument marketing…

A. M. - J’oppose les marques aux origines. Dans la mondialisation, les consommateurs ont perdu confiance. Ils ne connaissent pas les origines des produits, les techniques de fabrication… Tout a été rattrapé par la folie des marges. Les gens ne veulent plus de marques, ils veulent des origines et de l’authentique. Le marketing raconte des histoires artificielles. Les marques perdent de la valeur et font faillite.

LSA - Comment pensez-vous que le made in France puisse se rendre crédible ?

A. M. - En étant radical et en respectant la règle de la transparence ! Le vrai marketing est radical. Il y a du savoir-faire français dans tous les secteurs. Et là où il avait disparu, il revient. Le numérique y contribue car il permet une rétribution directe des producteurs. On peut aller plus loin sur le plan politique. Il ne suffit pas de porter la marinière ; ce qui compte, c’est ce qu’il y a dessous. Après 2017, se jouera une bataille européenne majeure. La Commis­sion européenne refuse de rendre obligatoire l’étiquetage sur les origines, au motif que cela représente un obstacle au commerce. Or, je pense qu’il est normal d’assurer la transparence pour le consommateur.

LSA - Que répondez-vous aux patrons qui vous expliquent que c’est très compliqué aussi de fabriquer en France ?

A. M. - Il faut soulager les producteurs français, au niveau de la réglementation, des contrôles en tout genre. Le financement de la protection sociale pèse sur le coût du travail. Le CICE a servi aux PME, mais à d’autres aussi qui n’en avaient pas besoin, comme la grande distribution. Il faut aller plus loin, en reformatant le crédit d’impôt, en ne le réservant qu’aux petites entreprises. 

LSA - Quels sont les atouts et les faiblesses des entreprises françaises ?

A. M. - Elles font preuve d’une réelle créativité et ont une grande capacité d’ingénierie. En revanche, les fonctions commerciales ne sont pas assez valorisées. Et le financement des entreprises est défaillant. La BPI [banque publique d’investissement, NDLR] est trop petite, elle n’aide que 5 à 7 % du marché des entreprises. Pour leur donner un coup de pouce, je propose que 80 % des commandes publiques soient passées auprès d’entreprises qui fabriquent français, contre 25 % aujourd’hui. En Allemagne, cela se pratique à hauteur de 50 %.

LSA - Que retenez-vous de votre passage chez Habitat ?

A. M. - C’est une entreprise en cours de retournement, qui s’oriente sur le made in France. J’y retournerai volontiers… après.

L’homme en dates

  • 1er juin 1997 : député de Saône-et-Loire
  • 16 mai 2012 : ministre du Redressement productif
  • Avril 2014 : portefeuille élargi à l’Économie et au Numérique
  • Eté 2014 :  démission
  • 19 mars 201 : 5Vice-président du conseil de surveillance d’Habitat
  • Août 2016  : candidat à la présidentielle de 2017

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA