Entretien avec Dimitri Jallade (Philips France) : "Notre recentrage sur la santé et le bien-être porte ses fruits"

INTERVIEWINTERVIEW En l’espace de seulement quelques années, Philips a procédé à une importante mue, se délestant de pans entiers de son activité pour désormais privilégier l’axe santé et le ­bien-être, avec notamment les marchés de la santé connectée… et des pharmacies.

Dimitri Jallade, directeur général de l’activité Personal Health de Philips France
Dimitri Jallade, directeur général de l’activité Personal Health de Philips France© © Eric TOURNERET/ Philips

«Philips ? La marque qui fait des ampoules et des télévisions ? » Gageons que, si l’on se postait quelques minutes dans la rue pour demander aux passants ce que leur évoque Philips, cette réponse arriverait assez spontanément dans leur bouche… Pourtant, la branche télévision a été vendue en 2011, suivie par celle de l’activité multimédia l’année suivante et, en 2015, par la cession de son pôle éclairage… En cinq ans, le groupe néerlandais a opéré une stratégie de recentrage sur les secteurs de la ­santé et du bien-être. Laquelle ­commence à porter ses fruits : Philips, en dépit de ces différents délestages, est déjà quasi revenu à son niveau de 2012 avec, ­l’année dernière, un chiffre d’affaires de 24,2?milliards d’euros. Mais ce n’est qu’un début, car si le rasoir-tondeuse OneBlade vient de sortir sur les marchés grand public, les innovations importantes sur le secteur médical sont attendues pour 2017. Dimitri Jallade, directeur général de l’activité Personal Health de ­Philips France, fait le point sur les avancées de son groupe pour LSA.

LSA - Philips, en se recentrant sur les secteurs de la santé et du bien-être, est-il devenu plus agile ?

Dimitri Jallade - Oui, et c’était justement l’objet de notre transformation. Les marchés évoluent vite, de même que les tendances de consommation. Dans ce contexte, les innovations que l’on propose prennent chaque fois plus d’importance, avec davantage d’enjeux pour trouver le bon positionnement, le bon timing de lancement et le bon discours. Cela demande beaucoup d’investissements en R & D pour maximiser ses chances de réussite. Or, puisqu’il est illusoire de penser que l’on puisse tout faire, c’est ce constat qui nous a conduits à mener cette politique de recentrage sur la santé et le bien-être. Quand on parle de R & D, on est sur des pistes de réflexion à cinq ou dix ans. Il est donc primordial de savoir se fixer des priorités pour être pleinement efficaces.

LSA - On peut également se dire qu’un groupe resté généraliste met plus de chances de son côté, en pouvant compenser les difficultés d’un secteur en crise par un autre, qui serait porteur. Philips ne prend-il pas le risque d’être trop dépendant d’un seul marché ?

D. J. - Nous ne sommes pas sur un seul secteur, loin de là. Notre repositionnement sur la santé et le bien-être s’exerce à la fois à destination du milieu médical et du grand public. Le partage de notre chiffre d’affaires reflète parfaitement ce positionnement double, avec 40% qui proviennent des activités « grande consommation » et 60% du « médical ». Nos produits se positionnent dans un parcours de santé qui passe par une vie saine au quotidien, la prévention, les diagnostics et les soins à domicile. La cohérence d’ensemble se fait naturellement puisque la santé, comme le bien-être, c’est d’abord la prévention c’est-à-dire bien manger, bien se laver les dents, prendre soin de soi et de sa peau, etc.

LSA - C’est dans ce cadre qu’est intervenu le lancement, en mars, de OneBlade, dans les rayons DPH des hypers et supermarchés ?

D. J. - Absolument ! Avec, en plus, la sortie de notre traditionnel secteur de l’électro-beauté pour arriver dans le rayon DPH. Philips OneBlade est une innovation majeure, pour nous comme pour le marché. Elle vient apporter la preuve de la pertinence de nos choix. Il faut en effet se remettre dans le contexte : avant de sortir OneBlade, il y a eu six ans de R & D. Autant dire que nous nous sommes lancés sur ce ­projet au tout début du retournement du marché du rasage masculin. Il fallait oser, à l’époque, parier sur un recul structurel du rasage, au profit de la tondeuse. De même qu’aujourd’hui encore, il faut toujours de l’audace pour proposer un produit hybride, ni rasoir, ni tondeuse, mais tout cela à la fois. Le tout avec succès puisque, en trois mois à peine, nous sommes numéro un, en valeur, chez tous nos clients. On espérait 2% ou 3% de part de marché au bout de un an : elle sera à deux chiffres au bout de six mois ! Cela nous conforte dans nos choix.

LSA - Faut-il s’attendre à d’autres lancements de rupture à l’avenir ?

D. J. - C’est déjà le cas. Nous lançons la brosse à dents Philips Sonicare Série 1 en grandes surfaces, à 35 €. Au-delà des perspectives commerciales, nous sommes fiers de rendre cette technologie accessible au plus grand nombre, et de jouer ainsi un rôle dans le domaine de la prévention. Par ailleurs, en 2017, nous souhaitons que le grand public découvre, ou redécouvre, la santé connectée comme un moyen de prévenir certaines maladies chroniques. En ce sens, nous proposerons des solutions contribuant à améliorer réellement la vie et la ­santé. Afin d’être en pleine cohérence avec notre discours santé et bien-être, nous entrons en pharmacies, canal de distribution particulièrement prescripteur. Nous y sommes déjà présents avec Philips Avent, et demain, plus largement encore, avec la santé connectée et nos produits d’hygiène bucco-dentaire Philips Sonicare. Cela suppose de s’adapter encore mieux aux spécificités de ce canal : ainsi, nous avons désormais des équipes de vente dédiées aux pharmacies, comme nous en avons pour les hypers et pour les spécialistes.

Les enjeux

  • Philips, axé désormaissur la santé et le bien-être, doit faire connaître ce nouveau positionnement à des consommateurs l’associant encore à la télévision et à l’éclairage.
  • Cela passe par des innovations fortes : OneBlade, sur le marché des rasoirs-tondeuses en GMS, en est un premier exemple. Faire de ce lancement un succès scellera la stratégie.
  • Le médical, autre secteur clé du groupe, entend se développer, via notamment le canal des pharmacies, sur le créneau de la santé connectée, dès 2017.

OneBlade, premier jalon de Philips sur ses nouveaux marchés

Hybride entre rasoir et tondeuse, OneBlade illustre les ambitions nouvelles de Philips, qui sort du rayon électro-beauté pour envahir les linéaires DPH des hypers et supermarchés.

D’autres grands lancements, cette fois sur la santé connectée, via le réseau des pharmacies, sont attendus pour 2017.

 

Un poids lourd de 24 milliards d’euros

Se délester de certains pans d’activité n’a pas été fragilisant pour Philips. À présent concentré sur la santé et le bien-être, il doit trouver les innovations pour dynamiser son CA sur les marchés « grand public » (40% des ventes) et « médical » (60%).

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Article extrait
du magazine N° 2417

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