Entretien avec Thierry Blandinières, DG du groupe InVivo : "Nous voulons travailler dans un esprit start-up"

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INTERVIEW InVivo accélère sa métamorphose. Avec d’un côté, une transformation digitale, et de l’autre, des ambitions locales, avec l’enseigne Frais d’ici, notamment. Les explications de Thierry Blandinières, le directeur général du premier groupe coopératif agricole français.

Thierry Blandinieres
Thierry Blandinieres© © LUC PERENOM

LSA - La coopérative InVivo est en pleine phase de mutation. Mais quelles sont vos ambitions ?

Thierry Blandinières - Chez InVivo, nous sommes présents au niveau régional et international, et nous faisons du digital et du local. N’y voyez aucune contradiction. Notre plan est clairement de nous inscrire dans les grands métiers en croissance à l’international, de suivre, et même anticiper, les grandes tendances de consommation en France. Nous nous concentrons sur les marchés à fort potentiel. Quant au numérique, c’est un outil essentiel qui nous permet de mieux travailler. Ces changements s’accompagnent d’une nouvelle organisation autour de quatre métiers : l’agriculture, la nutrition et la santé animale, la distribution grand public et le vin. Nous voulons réinventer le modèle de ces métiers.

LSA - Et comment votre transformation digitale se concrétise-t-elle ?

T. B. - Pour commencer, nous allons quitter les locaux historiques de l’avenue de la Grande-Armée pour nous installer au sein de la tour Carpe Diem, à la Défense (92). Un moyen pour nous de marquer physiquement notre évolution et d’accompagner le changement de culture de l’entreprise. Les locaux, parmi les plus performants au monde sur le plan environnemental, correspondent au positionnement du groupe, et ils proposent également des espaces de travail innovants.

Cela va nous permettre de développer notre côté entrepreneurial et collaboratif, pour être encore plus intra-entrepreneurial. Il s’agit clairement d’insuffler un nouvel esprit d’entreprise à tous nos salariés et de les projeter dans une dynamique de start-up.

Chacun doit apporter des idées et les proposer à la collectivité. Nous voulons créer de la valeur dans tous nos métiers. L’entreprise se doit d’être encore plus agile, plus réactive.

LSA - C’est pour cela que vous ouvrez des pôles d’innovation ?

T. B. - Oui. Nous venons d’ouvrir un centre d’innovation, We’nov, dédié à la nutrition et à la santé animale, à Saint-Nolff, près de Vannes, dans le Morbihan. Nous travaillons déjà avec des start-up, par exemple sur les objets connectés. Pour cela, nous disposons d’un budget de 6 à 10 millions d’euros. Nous allons également lancer un Studio du digital à Montpellier, une évolution de Smag (Smart Agriculture), racheté en 2014. Par cette prise de contrôle du spécialiste français des systèmes d’information à destination du monde agricole, nous disposons aujourd’hui de 45% de la base de données des fermes françaises.

Notre ambition est de créer un réseau de fermes connectées, qui regrouperait près de 1 000 exploitations. Nous souhaitons transformer ces fermes pilotes en fermes du numérique. Avec l’aide de nos ingénieurs, qui créent des logiciels pour une agriculture de précision, notre objectif est clairement de permettre aux agriculteurs de produire plus et mieux. Nous y croyons fortement.

Enfin, le groupe lance un fonds d’investissement et d’amorçage. Doté d’un budget de l’ordre de 5 millions d’euros pour commencer, ce fonds, baptisé InVivo Invest, a pour mission d’ouvrir la route du marché aux jeunes pousses. La puissance de notre réseau intéresse les start-up, car on leur ouvre les portes du monde de l’agriculture. D’un point de vue opérationnel, nous prévoyons des investissements de l’ordre de 20% dans les start-up identifiées, en France et à l’international.

Notre ambition, à terme, est d’acquérir ces entreprises, si elles répondent aux attentes du groupe. Pour la R&D, nous sommes convaincus que les équipes internes, qui travaillent sur l’incrémental, n’auront pas le temps de travailler sur ces projets de rupture. Nous avons besoin de l’agilité des start-up. On préfère maîtriser le côté disruptif que le subir.

LSA - Quelles sont les difficultés de cette digitalisation ?

T. B. - Les difficultés ne sont ni technologiques ni financières, elles sont avant tout humaines. Il faut créer un état d’esprit ouvert, développer les compétences et identifier clairement les freins et les opportunités à la conduite du changement. Dans ce cadre, le travail de pédagogie est essentiel. C’est pourquoi cette conduite du changement doit être mise en place par les ressources humaines. D’autant plus que nous sommes aussi une entreprise qui bénéficie d’une vraie culture en matière de relation sociale, nous ne recherchons pas la rupture pour la rupture. Nous sommes dans l’accompagnement et la transition, notre plan porte donc sur trois à cinq ans.

LSA - Quelles sont vos ambitions avec l’enseigne Frais d’ici ?

T. B. - Cette enseigne fait partie de notre division InVivo Retail qui mise sur les réseaux de jardineries de proximité Gamm vert et Delbard, ainsi que sur Neodis, un acteur majeur de la fabrication et de la distribution d’aliments pour chiens et chats. Frais d’ici a été lancé en 2014, sur un positionnement « Mangez frais, achetez local », avec un premier magasin près de Toulouse. Pour accélérer l’implantation de l’enseigne, qui compte aujourd’hui trois magasins (Portet-sur-Garonne, Dijon et Auch), nous misons sur notre réseau Gamm vert et ses 1 200 points de vente. Les mètres carrés se faisant de plus en plus rares, nous souhaitons déployer l’enseigne Frais d’ici sur les emplacements de Gamm vert, en réduisant la surface des jardineries pour installer des magasins alimentaires. Comme pour le magasin d’Auch, ouvert au printemps 2016, adossé à un Gamm vert autrefois surdimensionné. Après modification, nous tablons sur 2 millions d’euros pour Frais d’ici (360 m²) et 2,7 millions d’euros pour Gamm vert (3 630 m²).

Je suis très confiant car nous avons beaucoup de demandes autour de ce nouveau format : pas moins de 20 coopératives y réfléchissent. À chaque fois, le sourcing sera local (quelque 2 500 références) avec les coopératives de la région. De plus, nous recherchons actuellement un pas-de-porte pour notre premier magasin parisien, et nous espérons lancer, toujours à Paris, dès 2017, un site d’e-commerce Frais d’ici. Bien sûr, nous pouvons, un jour ou l’autre, acheter une chaîne de magasins pour accélérer notre développement. Mais je veux avant tout que notre concept soit mature. Avec ce potentiel de 250 magasins Gamm vert qui pourraient accueillir un Frais d’ici, nous approcherons le milliard d’euros de chiffre d’affaires. Et là, nous commencerons à compter sur le marché.

Nous avons cette immense chance d’avoir des mètres carrés devant nous, et la qualité de l’emplacement reste un facteur clé de réussite dans les métiers du commerce. Et comme avec Gamm vert, nous souhaitons développer une véritable stratégie cross-canal (retrait en magasin, livraison à domicile). Le projet est très séduisant. Nous sommes dans une démarche militante. C’est le rêve du monde agricole que de maîtriser sa distribution. Et j’observe aussi un soutien très fort des politiques.

En chiffres:

Premier groupe coopératif agricole français

  • 5,7 Mrds€ de CA, dont 55% en France
  • 3,7 Mrds€ Agriculture
  • 1,4 Mrd€ Nutrition et santé animale
  • 526 M€ Distribution grand public
  • 216 coopératives sociétaires
  • 8 400collaborateursdont 70% à l’international
  • 495 M€ la part du groupeen capitaux propres
  • 30 pays

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Article extrait
du magazine N° 2427

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