Éric Surdej, LG, les Coréens et moi

Dans le livre « Ils sont fous ces Coréens ! », l’ex-patron de LG se livre à une inédite radiographie du fonctionnement du géant de l’électronique. Retour sur le parcours d’un ancien capitaine devenu franc-tireur.

Ce témoignage,
publié chez
Calmann-Lévy
en février, suscite
la polémique en
Corée. Les plus
âgés sont choqués,
les jeunes adhèrent.
Ce témoignage, publié chez Calmann-Lévy en février, suscite la polémique en Corée. Les plus âgés sont choqués, les jeunes adhèrent.

«Life is good ? » Les gens font souvent la confusion et croient que les initiales de LG sont l’acronyme de la « vie est belle » en anglais. Or, LG est en fait la version raccourcie de Lucky- Goldstar, l’ancien nom du conglomérat coréen. Et à la lecture du livre d’Éric Surdej, Ils sont fous ces Coréens ! (Calmann-Lévy), on comprend vite que « Life is good » n’est qu’un slogan. Involontairement ironique qui plus est, tant la vie au sein du géant de l’électronique n’est pas toujours très belle. À 59 ans, l’homme qui a dirigé la filiale française du chaebol (grand groupe industriel coréen) durant près de dix ans, accédant même au prestigieux titre de « Sanghmu » (top 400 des cadres dirigeants), décrit de l’intérieur le fonctionnement d’un géant coréen. 

Violence et fanatisme

Une organisation qui mêle violence des rapports humains, dévouement fanatique des cadres qui entonnent des slogans martiaux lors des séminaires, obsession maladive des résultats et management militaire d’un autre temps – on vouvoie ses supérieurs et on tutoie ses subordonnés chez LG. Des méthodes pourtant d’une redoutable efficacité, comme en témoigne le succès de la filiale française qui a vu, en dix ans, son chiffre d’affaires passer de 130 millions à plus de un milliard d’euros. « C’est cela que j’ai voulu décrire, commente Éric Surdej, qui a écrit son livre en 2012, trois mois après son départ de LG. Expliquer comment une entreprise familiale est devenue un leader mondial. » Croquant aussi les champions européens (Thomson, Philips…) et japonais (Sony, Toshiba…).

Des entreprises qu’Éric Surdej connaît très bien, puisqu’il a fait ses armes au sein de ces sociétés de high-tech avant d’intégrer LG en 2003. C’est chez Philips qu’il débute en 1980 comme commercial pour les auto­radios. Ce diplômé de « Sup de Co » Troyes et de l’IAE Paris, titulaire d’un MBA en droit des affaires, est un peu surdimensionné pour le poste. « Les meilleurs allaient dans la division télé, mais j’ai préféré aller à l’autoradio, car ça permettait d’être en contact avec la distribution et les constructeurs automobiles », explique-t-il.

Et chez Philips, il gravit rapidement les échelons et se retrouve à 30 ans propulsé patron de la région Ile-de-France, avec 45 personnes sous ses ordres. Il y reste deux ans avant d’être débauché par Thomson, qui lui confie la gestion de la marque Telefunken. C’est à ce poste que le cadre se mue en dirigeant. Contraint de faire un grand nettoyage dans une société en déficit, il comprend très vite que la clé du succès, ce sera son équipe. « Un préposé au nettoyage des toilettes de Cap Canaveral avait dit un jour au président des États-Unis que sa mission était d’aider l’Homme à marcher sur la lune. C’est ma philosophie. » Mais ce n’est pas avec Thomson que l’ambitieux Surdej « marchera sur la Lune. »

De la Peugeot à la Ferrari

La société est déjà sur le déclin, et c’est logiquement qu’il accepte une offre de Sony en 1995. « C’est comme si je roulais en Peugeot et qu’on m’offrait une Ferrari, confie-t-il. Sony, c’était 30% de croissance par an et, surtout, une marque très forte. Les gens achetaient une Sony avant d’acheter une télé. C’est ce que j’ai essayé de faire chez LG. » Après Sony, ce sera Toshiba où, malgré un poste de vice-président, il s’ennuie. « Ça manquait d’adrénaline… »

Niveau adrénaline, il sera servi chez LG, dont il accepte la direction générale France en 2003. Et dès son premier jour, lorsqu’il entend son président mécontent jeter un gros livre à la tête d’un de ses subordonnés, il découvre une nouvelle forme de management : par la peur. Comme cette fois où un grand ponte coréen décide de faire une halte à Paris pour visiter des magasins. Éric Surdej décrit un vrai psychodrame en interne, des cadres affolés. Son premier fait d’arme chez LG sera une entourloupe : il appelle les patrons des magasins pour déplacer les produits concurrents et mettre des LG à la place. La visite sera un succès. Tout comme le management du Français, qui réussit à mettre de l’huile dans les rouages. Avant que le marché ne se retourne pour LG. Le coréen rate quelques grands virages technologiques (le smartphone, notamment), mais ne se remet pas en question. « Les équipes locales auraient pu permettre d’amortir le choc en travaillant plus étroitement avec la distribution, assure Éric Surdej. Mais “penser global et agir local”, ce n’est pas leur fonctionnement. »

Mis sur la touche, il rebondit à la Fnac, dont il dirigera la filiale espagnole durant un an. Aujourd’hui consultant, il a retrouvé sa liberté de parole et a réussi un beau coup médiatique avec son livre. Et pas qu’en France. « En Corée, il déchaîne les réseaux sociaux, raconte-t-il. Les plus de 40 ans sont choqués qu’on ose s’attaquer à leurs valeurs, les jeunes, eux, me soutiennent. » Changer les mentalités, Éric Surdej l’écrivain réussira peut-être là où le manager s’est cassé les dents… 

Morceaux choisis

La capacité des Coréens à obtenir de la croissance dépasse tout ce qu’un Occidental peut imaginer. Les Coréens mobilisent toutes les ressources humaines nécessaires, quitte à dépasser les limites du possible. D’ailleurs, il n’existe aucune limite au possible.

 

Leur système est radicalement différent du nôtre. Il y a deux facteurs essentiels : l’omniprésence du système de notation auquel tout le monde est soumis. Et l’énergie au travail. Non seulement il n’existe aucune planque, mais chaque collaborateur sait que son avancement est subordonné à une foule de paramètres, dont un seul peut le faire chuter.

 

On nous présenta le bon usage de la délation, à laquelle une messagerie anonyme était dédiée. Tous les messages étaient examinés en haut lieu, avec, comme seul souci, la bonne marche de l’entreprise.

 

En dates

  • 1956 Naît au Coteau (42).
  • 1981-1987 Entre chez Philips où il occupe divers postes avant de dirigerla région Ile-de-France.
  • 1988-1994 Directeur marketing de Telefunken (racheté par Thomson),puis directeur Europe-Asie de Thomson.
  • 1995-1997 Directeur commercial et marketing de Sony France.
  • 1997-2003 DG et vice-président France, Benelux et Europe du Sud de Toshiba Systèmes France.
  • 2003-2012 DG, puis vice-président exécutif de LG Electronics France.
  • 2012-2013 DG de la Fnac en Espagne.
  • Aujourd’hui Consultant dans l’électroniqueet la distribution.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2362

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message