Eroski contraint de se redimensionner

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La crise de la consommation en Espagne et son fort endettement vont obliger l'enseigne coopérative basque à céder des actifs et à se recentrer sur le nord de l'Espagne.

2110, Total magasins

  • 6,22 Mrds € de chiffre d'affaires en 2012, - 2,5% à superficie comparable en alimentaire
  • 121 M€ de pertes en 2012
  • 58 magasins à Madrid en désinvestissement prioritaire
  • 1 467 supermarchés
  • 95 hypermarchés

Source : Eroski

Adieu Madrid. Alors que le fabricant d'électroménager Fagor, une autre filiale de sa maison mère (Corporación Mondragon), vient d'être déclaré en faillite, Eroski doit se replier en ordre serré de plusieurs régions d'Espagne, dont Madrid. « Attention, les situations de Fagor et d'Eroski ne sont pas comparables, car ce dernier va opérationnellement plutôt bien », tempère Éric Batty, business development director de Kantar Worldpanel en Espagne. En effet, en parts de marché, les trois enseignes alimentaires du groupe - Caprabo, supers et hypers Eroski - sont stables, à 6,1%, selon Kantar (CAM à octobre 2013). Seuls les hypers reculent de 0,2% en raison d'un effet parc. Et, si le groupe a perdu 121 M € l'an dernier, il se félicite d'avoir réalisé un premier semestre encourageant, avec une hausse du résultat opérationnel de 73,4% et des pertes cantonnées à 18,4 M €. Dans une distribution alimentaire espagnole qui progresse de 0,5% en volume et dont la croissance en valeur serait négative sans l'inflation, le distributeur basque ne démérite donc pas.

 

Interminable casse-tête

Cependant, les 1,7 Mrd € consacrés au rachat des supers Caprabo en 2007, juste avant l'éclatement de la crise, restent pour eux un véritable boulet financier et un interminable casse-tête. Si l'endettement a diminué de 1,2 Mrd € depuis 2008, il se maintient à 2,6 Mrds € à rembourser d'ici à 2017. Face à la nécessité de libérer du cash, Agustín Markaide, président d'Eroski, n'a donc guère le choix : national, le groupe doit revenir à une dimension régionale. Cela signifie quitter tout le sud du pays, y compris Madrid, pour se retrancher au nord, en terrain plus connu : Pays Basque, Navarre, Galice, mais aussi Catalogne (le fief de Caprabo) et Baléares.

La vente par pack des 58 Caprabo de Madrid, où Eroski avait déjà cédé 7 hypers à Leclerc en 2011, semble donc scellée. Mais, à part quelques emplacements phares et compte tenu de la crise en Espagne, les repreneurs risquent de ne pas être légion. Parallèlement, Eroski intensifiera sa politique de « sale and leaseback » pour ses hypers, un modèle qui a fait ses preuves, et reverra complètement son organigramme, composé de 36 filiales. La création, seul ou en partenariat, d'une filiale regroupant tous les actifs immobiliers et leurs dettes associées est une autre piste envisagée pour alléger la pression financière, selon le quotidien Expansión.

Sur le plan opérationnel, l'enseigne place de grands espoirs dans un nouveau format de supermarchés de proximité axé sur le frais et l'approvisionnement local. Les premiers magasins de 1 000 m² en moyenne ont été inaugurés avant cet été en Navarre et en Euskadi. Les premiers retours étant bons (plus 10% en trafic clients et plus 9% en ventes), le chiffre de 300 ouvertures d'ici à 2016 est évoqué. Mais ce concept sera-t-il suffisant pour rester en première division de la distribution espagnole ? Car, outre Carrefour et Alcampo, Eroski doit compter avec Mercadona, ses 1 414 supers pour un peu plus de 19 Mrds € de chiffre d'affaires l'an dernier ! Une machine de guerre qui prévoit justement d'ouvrir son premier supermarché en Euskadi fin 2014, puis 25 autres unités dans la région en six ans.

Eroski... cousin de Fagor

On le sait peu, mais le propriétaire d'Eroski est Corporación Mondragón, également actionnaire majoritaire du fabricant d'électroménager Fagor, en dépôt de bilan. Né en 1956, ce groupe coopératif agglomère plus de 289 entités entre coopératives et filiales, emploie 68 000 personnes et a réalisé en 2012 un chiffre d'affaires de 14 Mrds€, en recul de 5,1%. Il est présent dans la distribution, l'industrie, mais aussi la finance, l'éducation et la recherche.

 

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Article extrait
du magazine N° 2301

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