Étiquette environnementale

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Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

C'est parti ! Prévu par la loi Grenelle, l'étiquetage environnemental entre dans sa phase d'expérimentation le 1er juillet. Face à ce projet, certains avouent leur scepticisme. Mais comme il n'est pas possible d'aller à l'encontre de cette idée politiquement correcte, ils avancent à mots couverts. Il n'est pourtant pas saugrenu de s'interroger sur certains points. Les consommateurs, par exemple, vont-ils changer leurs habitudes parce qu'ils connaissent le bilan carbone d'un paquet de chips ou d'une canette de bière ? Rien ne le confirme ou l'infirme. Seule certitude, il ne faut pas qu'une bonne cause tourne à l'absurde avec des Français passant des heures dans les rayons pour tenter de décoder des emballages ou pianotant sur leurs téléphones portables (codes-barres 2D). Et si certaines étiquettes environnementales ont remporté de francs succès, comme dans l'automobile ou le gros électroménager, c'est simplement parce qu'elles génèrent des économies (moins d'eau, d'électricité ou d'essence). Autrement dit, la réalité du porte-monnaie l'emporte sur la bonne conscience collective. Quant aux méthodes de calcul, elles ne font pas l'unanimité. Les données de l'ensemble de la chaîne de production ne sont pas toujours disponibles. Et il faut veiller à ne pas donner de fausses informations, au risque d'être accusé de publicité mensongère...

Au-delà de ces querelles de spécialistes, on constate qu'un produit fabriqué à Lille et acheté à Marseille bénéficie de la même étiquette que le même article acheté à... Valenciennes. Ou que celui livré en direct dans un camion quasi vide offre curieusement le même bilan que celui passant par une plate-forme d'éclatement avec des camions complets. La moyenne est « la forme la plus élaborée du mensonge », disent certains...

Enfin, on ne peut ignorer que des entreprises travaillent leur image parce qu'elles ont bien compris les bénéfices qu'elles pouvaient en tirer. Et des dirigeants savent qu'il vaut mieux accepter un test, plutôt que de se voir imposer par l'État des contraintes souvent onéreuses.

 Cette initiative va dans le sens de l'histoire.

 

Autant d'inquiétudes légitimes. Et alors ? Faut-il pour autant ne rien faire ? Il importe peu de savoir s'il y a « une attente consommateurs ». L'essentiel est ailleurs. Il revient aux dirigeants de donner le ton et d'impulser les réalisations. Certains, par manque de conviction ou de moyens (les analyses du cycle de vie des produits ont un coût important, en particulier pour les PME), avancent à pas comptés. Ils intègrent cette notion non pas dans leur plan stratégique, mais dans leur réflexion. D'autres, convaincus de la première heure (et parfois opportunistes...), savent que cette initiative va dans le sens de l'histoire. Ils entraînent leurs équipes, mais aussi leurs fournisseurs et leurs clients dans de vastes programmes et projets. Et si tous les Français ne sont pas encore des consommateurs responsables, ils s'affirment déjà comme des dirigeants responsables.

Finalement, l'essentiel est bien là : ne pas se servir de l'impérieuse nécessité de défendre notre environnement pour imposer à tous d'aller au même rythme. Il faut laisser à chacun, entreprise et consommateur, du temps pour se laisser convaincre et pour agir. C'est pourquoi ces premiers tests vont dans le bons sens. Mais aussi pourquoi les résultats devront être analysés sans a priori, tant du côté des réfractaires à l'écologie que des thuriféraires de cette cause, des multinationales que des PME, des industriels que des distributeurs, du gouvernement que des entreprises, des associations écologistes que des fédérations professionnelles. Et ce ne sera pas le plus simple...

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Article extrait
du magazine N° 2189

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