EuropaCity, le pôle d'attractions des années 2020

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Immochan, la filiale immobilière du groupe Auchan bouscule les codes, les normes et l'échelle des lieux marchands en imaginant un mélange inédit d'activités commerciales, culturelles et ludiques déployées sur 80 hectares dans le Val-d'Oise. Avec l'Ile-de-France et ses flux touristiques en ligne de mire.

18e pôle touristique d'Europe

Le rang auquel veut accéder EuropaCity. Les cinq premiers étant le Grand Bazar d'Istanbul, Notre-Dame-de-Paris, la basilique du Sacré-Coeur, Disneyland Paris et le Louvre. Source : EuropaCity

Une utopie ! Avec ce que le mot a de grandiose, de chimérique et de « culotté ». Tel apparaît EuropaCity, le projet d'Immochan, la foncière du groupe Auchan, qui dépasse toutes les normes admises dans l'immobilier de commerce national. Il relègue des ouvrages de plus de 50 000 m², comme Confluence à Lyon, le Millénaire près de Paris ou Odysseum à Montpellier, au rang de villages de poupées. Ce sont, en effet, plus de 200 000 m² de commerces enchâssés dans un équipement mixte de 760 000 m² qui sont projetés au nord-est de Paris pour les années 2020 !

Idée « hors-sol »

Tout étonne et détonne dans ce concept, à commencer par sa genèse, en 2006. Habituellement, c'est l'identification d'un potentiel de chalandise ou d'une disponibilité foncière qui font naître un projet chez les promoteurs. Tout part du sol, en quelque sorte. Or, EuropaCity a d'abord été une idée théorique « inventée hors-sol », souligne Christophe Dalstein, le directeur du projet. L'idée : renouveler le commerce en lui adjoignant un mélange attractif d'activités de loisirs et culturelles (lire interview et encadré). Où concrétiser un tel dessein ? Immochan pensera d'abord à Barcelone. Mais malgré son aura touristique, la taille de l'agglomération et les besoins de sa zone de chalandise primaire s'avèrent insuffisants. Sans parler de la crise espagnole. Ce sera donc l'agglomération parisienne, avec ses 12 millions d'habitants et ses 30 millions de visiteurs, qui sera en ligne de mire dès 2009.

Le calendrier du projet

  • Jusqu'en octobre 2014 Développement et finalisation du projet directeur
  • 2014-2017 Concertation et enquêtes publiques
  • À partir de 2017 Phase de construction
  • À partir de 2020 Ouverture au public

 

L'envergure du projet exige d'impliquer les plus hautes strates des pouvoirs publics. Immochan approche Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Île-de-France, et le secrétaire d'État du précédent gouvernement chargé du développement du Grand Paris, de taille à nourrir les ambitions d'EuropaCity. Différents sites franciliens seront envisagés, notamment au sud, sur le plateau de Saclay ou sur la zone Orly-Massy. Mais, c'est finalement « le Triangle de Gonesse », dans le Val-d'Oise, qui ralliera le plus d'atouts.

Projet « prébranché »

Inclus entre deux aéroports, Le Bourget et Roissy-Charles-de-Gaulle, bordé par deux grands axes, l'Autoroute du Nord et la Francilienne, voici un millier d'hectares jamais urbanisés à cause de la proximité des aires aéroportuaires. Où EuropaCity trouvera son emprise de 80 hectares, parmi les quelque 300 inclus dans la politique d'aménagement de la région, du département et de la ville de Gonesse.

À seulement 19 km de Paris, le projet s'inscrit dans le redéploiement de transports du Nouveau Grand Paris, remis à plat le 6 mars dernier par le Premier ministre. Il prévoit l'extension du RER D (d'ici à 2020) et la création de la ligne 17 automatique (2025), dont les dessertes mettront le site à moins de trente minutes du coeur de Paris. « EuropaCity est " prébranché '' en quelque sorte sur les axes routiers existants et les lignes de transports en commun futures », appuie Christophe Dalstein. Selon les porteurs du projet, 50% des visiteurs d'EuropaCity y accéderont en transports en commun. EuropaCity devrait ainsi rayonner, à une heure, sur l'ensemble de l'Ile-de-France tous modes de transports confondus. Avec un périmètre d'attraction resserré à une demi-heure sur le croissant nord-est de la région et une partie de Paris.

Le projet de tous les records

  • Localisation Le « Triangle de Gonesse » (95), projet porté par l'Établissement public d'aménagement de la Plaine de France sur une aire de 280 hectares, au nord-est de Paris
  • Emprise d'EuropaCity 80 hectares
  • 230 000 m² de commerces, soit 500 boutiques et magasins
  • Des flagships et concepts stores, des grands magasins français et européens, des showrooms
  • Des concepts innovants Pop-up stores, magasins 3.0 intégrant le web, ateliers de créations d'artistes, « magasins spectacles »
  • 150 000 m² de loisirs Un parc aquatique, un parc des neiges (pistes de skis), un espace d'aventures (sports urbains, de glisse, de l'extrême) ; des équipements de bien-être et de remise en forme, une ferme pédagogique avec cueillette et ateliers culinaires
  • 50 000 m² de culture Deux salles de spectacle, une salle « 360° » de cirque contemporain, des expositions d'envergure internationale, médiathèque, résidence d'artistes, centre culturel pour enfants - 110 000 m² d'équipements hôteliers Une dizaine d'hôtels, 2 700 chambres - 20 000 m² de restaurants
  • 20 000 m² d'espaces de congrès
  • 100 000 m² d'espaces publics
  • 80 000 m² de locaux techniques et administratifs
  • 2 milliards d'euros d'investissements privés
  • 11 500 emplois directs et 5 900 emplois indirects générésen phase d'exploitation
  • 26 à 30 millions de visiteurs attendus par an

Source : EuropaCity

À défaut de connaître le contenu futuriste d'EuropaCity, on a déjà idée de son décor, confié au cabinet d'architecte Bjarke Ingels Group (BIG). Verdoyant et calqué sur la trame agricole du territoire, le site s'organise au coeur d'une voie centrale enroulée autour du parc d'activités. « La force de BIG est de concevoir cet ensemble comme un quartier de ville vivant, accessible, alliant centralité urbaine et paysage, et offrant des espaces de qualité ouverts à tous, justifie Christophe Dalstein. EuropaCity relève ainsi le pari d'être à la fois le centre du nouveau quartier du Triangle de Gonesse et un espace unique aux portes de Paris. »

Christophe Dalstein, directeur du projet d'EUROPACITY « Inventer de nouvelles expériences de visites »

LSA - La taille d'EuropaCity est ce qui frappe le plus les observateurs du projet...

Christophe Dalstein - EuropaCity est un projet mixte dans son offre avec du shopphing, mais aussi des équipements de loisirs, de culture et des hôtels. « Vu de France » et au regard du benchmarking de l'existant, notre projet apparaît hors de proportion avec la taille habituelle des réalisations immobilières. Mais la présence à l'international du groupe Auchan et de sa filiale Immochan a donné à nos équipes une vision beaucoup plus vaste des besoins en équipement de notre territoire. Au regard des pôles de quelque 100 000 m² qui se projettent en Chine, en Russie ou en Pologne, EuropaCity n'est finalement pas aussi « rupturiste » qu'il y paraît. Enfin, il s'inscrit dans le Grand Paris.

LSA - Ce n'est pas forcément d'Immochan, la très discrète foncière patrimoniale d'Auchan, que l'on attendait une telle audace...

C. D. - Immochan est peut-être plus discrète que d'autres, mais se classe au troisième rang des foncières nationales, derrière Unibail-Rodamco et Klépierre. Et EuropaCity témoigne de la capacité du groupe Auchan, sous l'impulsion de Vianney Mulliez, son président, de se renouveler et d'innover. De prendre des risques et de se projeter dans le long terme sur dix à quinze ans. Et ceci, en toute sérénité sur la validité de nos options....

LSA - Votre cocktail d'activités commerciales, ludiques et culturelles ne reprend-il pas la « vieille recette » des lieux dits « de vie » expérimentée avec des bonheurs divers ?

C. D. - Non, si l'on prend notre parti de proposer quelque chose de vraiment exceptionnel ! L'enjeu est de trouver le palliatif au désamour des consommateurs face aux lieux strictement commerçants. De renouveler l'offre physique face à l'essor de l'e-commerce. Bref, d'inventer de nouvelles expériences de visites qui justifieront de se déplacer tout en utilisant les ressorts du digital. La notion à ajouter au seul commerce pour le renouveler est celle de plaisir, en lui agrégeant des activités de loisirs et de culture. Jusqu'ici les expériences ne dépassaient guère les petits compléments d'offres ! Nous franchissons un cap en proposant une solution inédite et renouvelée afin d'aiguiser la curiosité de nos visiteurs.

LSA - Vous voyez très grand, côté loisirs !

C. D. - Oui. Car l'Ile-de-France n'est pas assez fournie ! Mis à part Disneyland Paris, l'Aquaboulevard et le Parc Astérix, fermé l'hiver, de quelles structures disposent les Franciliens et les visiteurs de la capitale ? La Grande-Bretagne, par exemple, offre six pistes de ski.

LSA - Ultime « objection », l'émergence dans un peu plus d'un mois et à moins de 6 km, d'Aéroville, avec ses 200 boutiques !

C. D. - Ces projets sont différents dans leur contenu et leur temporalité. Douze ans séparent l'ouverture de ces deux équipements. Par ailleurs Auchan, depuis 2007, est partenaire d'Aéroville, car l'enseigne en sera la locomotive alimentaire. Les objectifs et les échelles ne sont pas les mêmes. Le centre commercial d'Unibail-Rodamco vise en priorité la zone tertiaire de Roissy et le personnel aéroportuaire, avec une zone d'influence étendue au nord de l'Ile-de-France. Nous, c'est un « morceau de ville » que nous allons édifier, avec l'ensemble de l'Ile-de-France pour zone de chalandise !

PROPOS RECUEILLIS PAR D. B.

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Article extrait
du magazine N° 2287

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