Exclusif : l’interview d’Arnaud Mulliez et le bilan d'Auchan France

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Arnaud Mulliez

Dans une interview à paraître dans son intégralité jeudi 18 février dans LSA, le président du conseil de surveillance d’Auchan France s’est montré serein sur le bilan et la stratégie des hypermarchés Auchan. L’enseigne nordiste a fini 2009 sur un chiffre d’affaires en baisse de - 1,3% (hors essence et à magasins comparables), ce qui est nettement mieux que Carrefour (-2,9% hors essence) et Géant Casino (-6,3% en comparable). Extraits de l'entretien et chiffres clés de l'enseigne : 

LSA : Quel bilan tirez-vous de 2009 ?

Arnaud Mulliez : Nous terminons l’année sur un chiffre d’affaires en baisse de 1,3 % à magasins comparables et hors essence et de 1,2 % si on inclut les Halles d’Auchan. Ce qui prouve que nous avons plutôt bien fait notre métier, dans un contexte très difficile et alors que bon nombre de concurrents souffrent. En fait, nos clients ont acheté plutôt plus d’articles pour une fréquentation restée stable. Le fait marquant qui explique l’évolution de notre chiffre d’affaires, c’est la baisse des prix en 2009. Ils ont baissé de 0,2% pour les seuls PGC alimentaires et de 0,7% si on prend également en compte pour les produits frais traditionnel et libre-service alimentaire. Côté non-alimentaire, le textile n’a pas marché fort. Nous régressons d’environ 5% comme la moyenne des hypermarchés un peu moins que le marché (-5 %). Dans l’équipement de la maison, les prix des téléviseurs ont baissé en moyenne de 150 euros sur un an, c’est énorme, et ça s’est forcément répercuté sur les ventes. Nous avons eu quelques bonnes surprises comme le petit équipement électroménager, les appareils de santé-beauté aussi qui ont beaucoup progressé et surtout les mini PC. Ce qui est une bonne nouvelle car au-delà de la progression des ventes, cela signifie qu’il y a de plus en plus d’internautes, ce qui est intéressant pour nos activités de drive et de e-commerce.

LSA : Comment anticipez-vous 2010 ?

AM : Nous nous attendons à une légère inflation vers la mi-2010. Mais qui peut prévoir ? Tout dépend des marchés financiers et du contexte économique extérieur. Si la confiance revient, ça ira. Sinon… Cela nous pousse à être très prudents pour 2010 et à réduire l’enveloppe de nos investissements. En moyenne, au cours des 10 dernières années, nous investissions environ 300 millions d’euros par an. En 2010, ce sera comme en 2009, environ 250 millions d’euros. Cette grande prudence se justifie aussi par le fait que la consommation est devenue imprévisible, ce qui rend la période à la fois perturbante et passionnante.

LSA : Quelles sont justement les priorités d’Auchan pour 2010, ses axes de développement ?

AM : C’est l’une des actions essentielles engagée il y a environ deux ans par Philippe Baroukh, le directeur général de l’enseigne : bâtir une feuille de route stratégique autour de trois orientations. La première consiste à ré-enchanter l’hypermarché, un terme repris par certains concurrents. Pour nous, cela signifie revisiter de fond en comble nos hypermarchés en nous appuyant sur la connaissance de nos clients. Développer nos quinze partis pris d’enseigne, nos fameux « PPE », qui mettent l’accent sur des rayons comme le multimédia, le textile femme, la cuisine où cohabite les ustensiles et le petit électroménager ; les jeux vidéo ; la librairie ; la cave où nous couchons les bouteilles dans un casier avec juste une bouteille en évidence, les fruits et légumes, la poissonnerie, etc. Fin 2010, l’ensemble de nos magasins les auront installés. Ces PPE ne sont jamais figés et nous permettent de progresser. Le second volet de notre feuille de route porte sur notre efficacité opérationnelle et notre productivité. Nous avons passé en revue une multitude de points, y compris les plus petits détails, pour trouver des améliorations. Le préalable est la mise en place d’un outil interne pour planifier les horaires de chacun et mieux adapter nos ressources. Nous avons aussi organisé les chargements de palettes en fonction des allées pour que des flux efficaces. Réfléchi au rangement de transpalettes car les employés passaient parfois du temps à les chercher. Là aussi rien n’est figé. Tous les matins, nos managers réunissent leurs équipes pour évoquer les « irritants », ces petits détails qui énervent, comme précisément la recherche des transpalettes. Nous travaillons aussi sur la réduction des ruptures en magasins.

LSA : Avec quels résultats ?

AM : Ils sont conséquents. Je ne vous donnerai qu’un chiffre : en un an, nous avons réussi à gagner quatre jours de stocks.

LSA : Quid du développement ?

AM : C’est le troisième volet de la feuille de route qui repose à la fois sur de la croissance verticale, qui consiste à ouvrir des nouveaux magasins ou à créer des nouveaux mètres carrés, mais aussi sur un mode de croissance horizontale. Un axe de développement très stimulant car il fait appel à la créativité pour inventer de nouveaux métiers ; les Auchandirect, les Auchan Telecom, les A Box et les Drive de demain. C’est important pour tenir sur le long terme. Je rappelle que c’est un chef de secteur services généraux, Géry Duvet, qui a créé le premier drive de France à Leers (59), en 2000. Depuis, nous avons ouvert 22 Auchan Drive et discutons en ce moment même des détails de la création d’une holding avec Chronodrive. Nous avons aussi Les Halles, Alinéa… Dans le Nord, nous avons l’énorme avantage d’avoir un pôle de compétitivité des industries du commerce, dont Auchan fait évidemment partie et que je préside. Certaines PME y travaillent sur les usages de nouvelles technologies qui changeront considérablement la manière de faire notre métier. Ainsi, Keyneosoft, une PME de Tourcoing, a mis au point une solution informatique qui optimise le parcours en magasin du client en magasin en fonction de sa liste de courses. Cette solution sera en place dans les cinq ans à venir. Et dans la prochaine décennie, plein de choses vont exploser. On le voit bien avec les jeunes qui rejoignent Auchan, l’arrivée de la RFID, les PME spécialisées dans le numérique, etc. Nous le voyons aussi avec le drive.

LSA : Avec quelles limites pour le drive, n’y a t il pas un risque de cannibalisation ?

AM : Je ne vous donnerai pas de chiffres. Mais s’il n’y avait pas de ventes additionnelles, nous ne développerions pas autant ce concept. Nous avons d’ailleurs recruté de nouveaux clients grâce aux drives. Certes, nous n’aurons jamais autant de drives que d’hypermarchés, mais nous en ouvrirons chaque fois que l’accessibilité d’un magasin le permet.

LSA : En mai dernier, vous avez annoncé le doublement des directions régionales. Pourquoi  avez-vous réorganisé ainsi Auchan France ?

AM : C’est un renforcement managérial, pas une réorganisation. Nos directeurs opérationnels devaient gérer entre 20 et 25 magasins, ce qui n’était pas facile. En doublant les postes de directeurs régionaux, nous les avons soulagés. D’autant que nous avons un programme important d’ouvertures d’hypermarchés : au Kremlin-Bicêtre en mars, sans oublier un Auchan City, à Tourcoing, cet automne, le premier Auchan Gourmand à Marseille en 2012 puis un concept non alimentaire à Rennes la même année.

LSA : Dans quelle optique s’inscrit le projet d’hypermarché discount Priba à Mulhouse ?

AM : Priba, tout le monde nous en parle mais c’est avant tout une expérimentation. Ce magasin dépensera moins en communication, moins en frais de personnel pour offrir des prix bas à l’instar du hard discount. Nous avons l’esprit d’entreprendre. L’avenir nous dira si nous avons eu raison.

Propos recueillis par Sylvie Leboulenger et Jérôme Parigi

 

Auchan France en chiffres

>> -1,3% : l’évolution du chiffre d’affaires TTC des hypermarchés Auchan 2009, hors essence et à magasins comparables
>> 123 hypermarchés
>> Dont 7 Les Halles d’Auchan
>> 22 Auchan Drive
>> 50 000 salariés
>> 15,3 milliards d’euros : chiffre d’affaires HT d’Auchan France en 2008 (hypers, Drive, Halles d’Auchan, Auchandirect, Grosbill)
>> 8,6% : part de marché (stable) de l’enseigne Auchan en cumul annuel mobile au 24 janvier 2010

Source : Kantar Worldpanel.

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