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Exclusif : les coopératives officiellement candidates à la reprise de Doux

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Dans une interview exclusive, Philippe Mangin, président de Coop de France, indique que les coopératives seront sur les rangs pour reprendre Doux, en conservant de préférence son intégrité, et en partenariat, notamment avec le groupe Glon Sanders.

Philippe Mangin

 

LSA : Les coopératives adhérentes de Coop de France, souvent citées, peuvent-elles apporter une solution à l’avenir de Doux ? Et quel rôle peut jouer Coop de France ?

Philippe Mangin : Oui, les coopératives peuvent jouer un rôle, et Coop de France s’investit dans ce dossier très difficile, lourd de conséquences, d’abord sur le sort des éleveurs car sans eux et le maintien de la production de volailles le groupe Doux en subirait de très graves effets. Nous luttons de toutes nos forces, avec Michel Prugue, président de la Confédération française de l'aviculture, pour que les producteurs ne figent pas leurs outils, maintiennent leur activité et ne rompent pas leurs contrats avec cette entreprise. Des coopératives adhérentes de Coop de France continuent de fournir des aliments, sans être payées, et nous leur apportons de l’aide. Nous suivons ce dossier comme le lait sur le feu, notamment pour le suivi des trésoreries. La vente de Stanven est une bonne nouvelle, elle va permettre de payer les producteurs et les fournisseurs.

LSA : Mais allez-vous proposer de reprendre le groupe ?

PM : Oui, nous y travaillons, c’est la seconde partie de notre mobilisation. L’administrateur judiciaire a demandé que les offres de reprise soient déposées le 2 juillet à 18 heures au plus tard. Cette échéance nous paraît extrêmement courte pour analyser le groupe en profondeur. Je ne sais pas si l’on sera entendu, mais nous devons visiter les sites, analyser les comptes, de nombreuses coopératives de Coop de France sont sur le pont pour que Doux puisse poursuivre son activité. La situation est tellement grave, tellement difficile, le gouvernement – et c’est compréhensible – demande à ce que le risque social soit le moins élevé possible. Toute la coopération* est mobilisée, et je ne déments pas que nous discutions avec Xavier Beulin, président de la FNSEA, et avec Glon Sanders, pour que la meilleure solution soit trouvée. Je suis parfaitement en phase avec le ministre de l’Agriculture, et Xavier Beulin, pour éviter un démantèlement du groupe. Il est normal que tout le monde soit mobilisé, car aucun groupe isolé ne peut prétendre à reprendre Doux et à promettre qu’il n’y aura pas de casse. Il faut conserver la volonté de reprise de l’ensemble.

LSA : Que pensez-vous de l’appel de Charles Doux à ce que des coopératives entrent dans le capital ?

PM : L’appel de Charles Doux à entrer dans son capital paraît dépassée, et il ne s’agit pas d’une position contre lui, mais l’administrateur judiciaire a décidé qu’il recevrait les offres de reprise le 2 juillet prochain. La situation semble désormais trop dégradée, l’état d’urgence est déclaré et la solution de Charles Doux n’y répond pas.

LSA : Avez-vous une idée de ce qu’il adviendra de la dette gigantesque de Doux ? Les coopératives ou les repreneurs peuvent-ils la reprendre sans risques ?

PM : Effectivement, il y a un risque, et c’est bien pourquoi nous trouvons que l’échéance du 2 juillet nous paraît bien courte ! Il faut discuter avec le pool bancaire, visiter les outils dont les syndicalistes eux-mêmes ont dit que les investissements avaient manqué au cours des dernières années. Déposer une offre ne consiste pas, dans notre esprit, à dire je reprends ce qui m’intéresse, mais à surmonter l’ensemble des problèmes de Doux, y compris sociaux.

LSA : Quelle sera la solution pour le Brésil ?

PM : Nous avons le souhait que cette activité soit maintenue, mais là encore, nous n’avons pas d’informations précises sur les liens du groupe Doux avec ses partenaires au Brésil. Quoi qu’il en soit, une société de la taille de Doux ne peut pas renoncer à son activité à l’export, elle en a besoin pour maintenir son activité pérenne. Il faut voir comment ce volet peut être maintenu.

 LSA : Stéphane Le Foll a appelé la distribution à tenir compte de la situation de la filière volaille. Est-ce le cas ?

PM : Non, assurément. Je ne sais pas ce que les pouvoirs publics en pensent mais la filière a la nécessité de faire passer des hausses de 8 % et elle n’y arrive pas. J’ai fait le point sur ce sujet avec nos coopératives adhérentes, elles me disent que la plupart des enseignes seraient prêtes à accepter, Système U, Carrefour, Casino, mais qu’elles ne bougeront pas tant que Leclerc n’acceptera pas des hausses semblables. Elles s’abritent toutes derrière Leclerc, qui dit « pas question », au nom du pouvoir d’achat. Il faut sortir de cette situation de blocage. Certaines plates-formes de Leclerc sont prêtes à accepter, me dit-on, mais elles indiquent que Michel Edouard Leclerc bloque tout. Il faut arriver à un dialogue qui tienne compte de la situation dramatique dans laquelle Doux et la filière se débattent, la situation l’exige.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

*Selon nos informations, non confirmées par Philippe Mangin, Terrena, Triskalia, Maisadour, Agrial, Uneal et peut-être d'autres coopératives seraient sur le dossier.

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