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Exclusif LSA : Le patron d’Andros explique la réorganisation de sa branche ultrafrais (extraits)

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Ne cherchez pas une interview de Frédéric Gervoson, le PDG d’Andros, concernant la stratégie de son groupe. Il n’en a jamais fait. Voici quelques extraits de l'entretien que vous pourrez lire dans son intégralité dès demain dans LSA.

Une LSA 2243

Ce groupe familial dont les racines sont à Biars, au fin fond du Lot, cultive la discrétion. Il réalise pourtant plus de 1,6 milliard de chiffre d’affaires avec des usines dans une quinzaine de pays, dont la Chine et les Etats-Unis. Mais voilà, il a été rattrapé par la crise du secteur de l’utrafrais laitier - qui lui aurait coûté, selon nos informations, près de 100 millions d’euros en trois ans - et projette, pour l’affronter, de fermer son usine de Rozet-Saint-Albin (02) et de réduire de moitié les capacités de celles de Marcillé-Raoul (35), ce qui entrainerait 176 suppressions de postes. Un crève-cœur pour ce patron de 60 ans qui s’engage pour que cette réorganisation soit la moins douloureuse possible. « C’est l’aveu d’un échec, confie le PDG, très ému, à LSA. Si je témoigne dans vos colonnes, c’est que je veux que les gens d’Andros sachent que l’échec est possible chez nous, mais aussi que je veux tout faire pour que les salariés retrouvent un emploi et que le site de Rozet trouve un repreneur. »

Jusqu’ici, le champion du fruit était en effet un habitué de la croissance et son image sociale était plutôt vertueuse. Et le PSE que Novandie, sa filiale de produits ultrafrais, a présenté le 17 septembre aux organisations syndicales, se veut exemplaire. « Nous proposons des reclassements dans tous les autres sites et branches du groupe, y compris pour les conjoints. »

En outre, Frédéric Gervoson lance un appel à projet afin de trouver un repreneur pour l’usine de Rozet-Saint-Albin : « Je veux favoriser une reprise industrielle de ce site, que je suis prêt à accompagner financièrement, mais aussi structurellement. (…) L’usine a des atouts, une station d’épuration, une chaudière en bon état, un encadrement et un personnel de qualité, un bon emplacement, au cœur du bassin sucrier et à proximité de la région parisienne et de ses consommateurs. (…) Je lance donc un appel à projet aux entrepreneurs qui ont envie de développer une activité agroalimentaire complémentaire aux nôtres, projet que nous sommes prêts à accompagner commercialement, notamment sur les marchés européens, sachant que nous sommes présents dans une dizaine de pays ; pourquoi ne pas pousser quelque chose dans l’univers du sucre, de la pomme de terre, ou du traiteur par exemple ? »

Quelques extraits de l’interview à retrouver demain dans LSA :

LSA - Vous venez d’annoncer votre intention de fermer l’une de vos sept usines françaises de produits laitiers UF et de diminuer de moitié les effectifs d’une autre, soit 176 suppressions de postes. Pourquoi ?

Frédéric Gervoson - Depuis plusieurs années, le marché de l’ultrafrais laitier souffre, aussi bien en marges qu’en volumes et, quand ces deux leviers sont touchés en même temps, on est obligé de fermer les outils les moins modernes pour se concentrer sur les sites les plus adaptés. Depuis trois ans, nous perdons de l’argent sur l’ultrafrais laitier et nos pertes se sont encore creusées l’an dernier. Cela pèse évidement sur la rentabilité du groupe Andros dans son ensemble, qui est affectée, malgré la bonne santé de notre branche fruits et de nos marques. On a fait le dos rond un moment, mais le marché de la MDD est au plus bas et tous les acteurs de l’ultrafrais laitier sont fortement touchés par la crise, avec un secteur clairement en surcapacité en France. Il y a un moment où il faut dire stop et se concentrer sur les sites les plus performants.

 

LSA - Comment s’expliquent ces pertes ?

F. G. - En dix ans, le prix des produits ultrafrais laitiers a baissé de 0,06 €, passant de 2,60 au kilo en 2002 à 2,54 € en 2011, selon SymphonyIRI. Ces produits qui étaient rentables souffrent de marges très faibles aujourd’hui et, compte tenu de nos investissements depuis trois ans, nous perdons de l’argent chaque année. La marge brute de l’activité a baissé de 30 % au cours des cinq dernières années alors que le coût matière a pris 20 %. Cela d’autant plus que, contrairement aux groupes laitiers, nous n’avons pas accès aux achats spots, parfois 20 à 30 % moins chers. Et il n’y a pas que le lait qui joue, le poids du transport, qui représente 10 % des coûts de l’UF, ne cesse d’augmenter.

 

LSA - Que comptez-vous faire concrètement ?

F. G. - Dans la situation actuelle, il y avait deux solutions, soit se désengager complètement, Comme certains l’ont fait récemment, en se disant que la partie laitière de notre activité n’était pas centrale – ce que nous avons envisagé –, soit continuer en mettant l’activité en état de marche pour affronter une conjoncture et un marché très difficiles. Ce que nous avons fait : nous n’arrêtons rien, nous prévoyons de transférer les volumes, soit 40 000 tonnes environ, et les emplois. notre plan consiste à se recentrer sur les sites les plus performants. Ce qui nous oblige à fermer le dernier site qui a rejoint le groupe, celui de Rozet-Saint-Albin, qui a aussi la productivité la plus faible. Marcillé-Raoul gardera, lui, les produits annexes que nous ne produisons pas ailleurs, comme les produits à base de soja, le bio et un peu de yaourts. Ça n’est pas un plan de licenciements, c’est un plan de fermeture et de redimensionnement, sachant que nous proposons de reclasser tous les salariés concernés par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSe) dans les autres sites et branches du groupe, une clause qui concerne aussi leurs conjoints. Nous avons de l’emploi pour tous, même si nous savons bien qu’il est difficile et douloureux de se délocaliser. »

 

LSA - Les cinq autres sites français de la branche ultrafrais sont-ils menacés ?

Frédéric Gervoson - non, ils ne sont absolument pas menacés, ils vont même être embellis, comme Auneau qui va continuer à se développer. Sachant que l’activité va plus se porter sur l’international, les desserts et les marques plutôt que sur les seuls yaourts ou fromages blancs.

 

LSA - Quid des autres activités d’Andros ?

F. G. - Le groupe est globalement en ordre de marche. Bonne maman va bien. Les ventes du gourmand (Bm et mamie nova) progressent de 6 %. Les jus de fruits aussi progressent bien, le passage à la bouteille nous a fait du bien. Dans l’ensemble, l’image fruitière d’Andros fonctionne. Reste l’échec de l’activité MDD ultrafrais qui représente tout de même entre 85 % et 90 % des ventes de la branche.

Le vaisseau amiral, ce sont les fruits et nos marques, les résultats viennent de là. Mais vendre de la marque et des MDD en même temps, c’est un casse-tête terrible, je ne le conseille pas. Nous sommes en train de réorganiser la France, notamment le back office, en coordonnant les trois directions, UF, fruits et marques sous une seule direction France. elle sera assurée à partir de la fin de l’année par Olivier Rudaux, qui dirige aujourd’hui Novandie. À l’image de l’organisation de la plupart de nos filiales étrangères où les directions pays s’occupent des usines, du commerce et des marques.

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