[Experts 2020] L’acte II de la stratégie d’innovation du retail

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DossierTRIBUNE D'EXPERTS Pour la cinquième année consécutive, LSA a recueilli les projections d’une vingtaine d’experts du retail sur les enjeux de 2020. Ils décrivent un commerce en pleine mutation à l'aube de cette nouvelle décennie. Aujourd'hui, Raouti Chehih, CEO d'Euratechnologies, incite les distributeurs à valoriser les fondations physiques et digitales posées ces dernières années. A l'aide notamment de la donnée.  

[Experts 2020] L’acte II de la stratégie d’innovation du retail
[Experts 2020] L’acte II de la stratégie d’innovation du retail© Bernard LACHAUD

Même s’il reste bien sûr beaucoup à accomplir, on peut aujourd’hui considérer que, pour le retail français, le virage du digital est pris. Les pressions conjuguées des consommateurs et de la concurrence ont vaincu les dernières réticences, et les enseignes offrent aujourd’hui un éventail de services de bon niveau, en phase avec les usages et les attentes de leurs clients. Mais ce rattrapage sur les standards imposés par les pure players a demandé des efforts importants et l’heure est maintenant venue d’en récolter les fruits. Dans un environnement économique et concurrentiel toujours tendu, la distribution va s’ouvrir en 2020 une nouvelle ère d’innovation, focalisée sur la différenciation et la création de valeur.

Avec l’irruption du digital, le secteur a dû innover à marche forcée, lançant d’innombrables projets, du parcours client à la logistique, des achats au marketing. À l’image des multiples formes prises par la collaboration avec les startups – qui un accélérateur interne, qui un partenariat avec un incubateur, qui des investissements directs… –, le processus a souvent été un peu désordonné. Les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes mais l’apprentissage a été riche. Les équipes sont désormais sensibilisés au potentiel du digital et aux démarches d’innovation, et les métiers sont à présent en capacité de gérer seuls des projets d’innovation incrémentale, destinés à régler des irritants ou à s’aligner sur des standards d’usage émergents. En conséquence, les directions de l’innovation vont pouvoir se concentrer sur des projets de rupture, plus sélectifs, plus avancés technologiquement, plus risqués aussi, mais à fort potentiel. Tel sera leur feuille de route pour l’exercice à venir.

Valorisation des données

Leur objectif prioritaire sera de valoriser les fondations physiques et digitales posées ces dernières années. À cette fin, la donnée sera incontestablement la star de cet acte II de l’innovation car c’est elle qui va permettre d’élargir la palette de services et de solutions au-delà des « must have ». La donnée client, clé pour mieux anticiper les besoins et proposer des expériences et des services plus personnalisés. La donnée physique, qui permet de gagner en efficacité opérationnelle, soit pour réduire les coûts (et recouper les lourds investissements consentis dans la logistique, par exemple), soit pour améliorer la précision des opérations (et pouvoir, par exemple, proposer une livraison non pas plus rapide, mais plus ciblée en fonction des disponibilités du client). De nombreuses entreprises ont d’ores et déjà mis en place des data lakes afin de croiser et faire dialoguer des données d’origines différentes, et ce travail se prolongera en 2020, avec par ailleurs une attention soutenue à la qualité, la sécurité et la conformité.

Toutefois, pour franchir un cap dans la collecte, l’échange et la valorisation des données, les projets d’innovation des retailers devront s’emparer de technologies de ruptures dont l’explosion, annoncée de longue date, devrait enfin se concrétiser en 2020 : l’Internet des objets (IoT), indispensable pour capter et transmettre la donnée physique ; l’intelligence artificielle (IA), pour mieux anticiper, déceler des signaux faibles et automatiser les processus ; la blockchain, enfin, pour améliorer la traçabilité et sécuriser les échanges d’informations.

Toujours dans la perspective de se différencier et d’accroître la proposition de valeur, les retailers s’intéresseront aussi de très près aux solutions de paiement, domaine en pleine effervescence et impactant directement le parcours client. Enfin, la livraison restera un champ d’innovation et d’expérimentation intense. Livraison plus précise et plus personnalisée, on l’a vu, mais aussi livraison de plus en plus assortie de services complémentaires, comme l’installation ou l’aide à la prise en main pour les produits techniques.

Néanmoins, pour aboutir et porter leurs fruits, ces projets d’innovation devront être stratégiques et en visibilité directe de la direction générale. L’acte II de l’innovation, c’est aussi la fin de l’ère du POC, des démonstrateurs tous azimuts, séduisants mais sans lendemain. La viabilité des technologies n’est plus à prouver. Ce qu’il faut maintenant, c’est oser des choix forts et se lancer avec l’ambition d’un passage rapide à l’échelle pour maximiser les bénéfices. Cette approche à la fois plus résolue et plus audacieuse se retrouvera aussi dans les relations avec les startups, auxquels les grands groupes ne devront pas hésiter à s’associer. Au cours des prochains mois, la création de joint-ventures fondées sur la mise en commun d’expertises complémentaires, l’objectif d’aboutir à l’édition d’une solution packagée et un partage équitable de la valeur créée pourrait ainsi émerger dans le retail comme le nouveau paradigme d’innovation gagnant-gagnant.

A propos de l'auteur

Raouti Chehih est diplômé en urbanisme, spécialisé dans les grands projets de développement économique.Il suit ensuite un cursus autour de l'innovation et de l'entrepreneuriat à Stanford University (SCPD). Après une expérience aux États-Unis dans le domaine du développement des infrastructures (aéroports, centres commerciaux, ...) et face  à l’avènement de l’internet, il décide en 1994 de se spécialiser dans l'industrie numérique et la finance. Il a lancé Incubanet en France pour promouvoir l'innovation et l'entrepreneuriat dans la nouvelle industrie du Web. Il rejoint ensuite DigiPort pour mener à bien le programme de développement international des entreprises du numérique dans la région Nord-Pas de Calais (développement export de start-ups et PME, levées de fonds, études de marché, partenariats). En 2002, il prend la tête du développement stratégique d'EuraTechnologies, qui vise à implanter le plus grand centre d'incubation et d'accélération au monde (150000 m2) dans une ancienne filature, fleuron de l'industrie textile du XXe siècle. Il en devient le Directeur Général en 2009.En 2011, avec Stanford University, il conçoit un programme de formation unique dédié à l'innovation et à l'entrepreneuriat permettant à plus de 300 entrepreneurs de se former à monétisation de leurs innovations sur le campus californien et à Lille. En 2017, il décide de rejoindre Sigfox, en tant que Chef Adoption Officer. Dans le même temps, il est nommé président du directoire d’Euratechnologies et conserve sa mission de CEO. 

EuraTechnologies accompagne le développement de tous les entrepreneurs du numérique grâce à une méthodologie et un savoir-faire unique dans le développement des entreprises, de leur amorçage à leur déploiement international.  Plus de 300 projets ont ainsi pu s’épanouir dans cet écosystème qui regroupe en un même lieu entrepreneurs (startups, PME, ETI et grands groupes), investisseurs (VC’s et Business Angels), chercheurs (public et privé) et formateurs de tous niveaux. Créé en 2009, EuraTechnologies est classé dans le top 10 des accélérateurs d’Europe par Fundacity, et le 1er en France. En 10 années d’existence, EuraTechnologies a réussi à s’imposer comme le fer de lance de l’économie numérique française à travers la French Tech mais aussi la création de 4000 emplois et la mise en place d’un réseau dense à l’échelle internationale (San Francisco, Dubaï, Shanghai, New-York, Belo Horizonte).

 

 

 

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