Marchés

Export, l'agroalimentaire français revient dans la course

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Après plusieurs années de morosité, les exportations de produits agroalimentaires français sont reparties à la hausse en 2015, et cette tendance devrait se confirmer en 2016. Le point sur les perspectives de croissance et les marchés à prospecter.

New York. Juin 2015. Au Summer Fancy Food Show, salon leader de l’agroalimentaire sur la côte est américaine, Delpeyrat présente pour la première fois son jambon de Bayonne aux États-Unis. Un an après avoir obtenu l’agrément des autorités sanitaires, le groupe compte en écouler 250 tonnes d’ici à trois ans. De même, depuis le 1er décembre, il expédie ses premiers jambons vers la Chine, à la suite de l’obtention de l’agrément des autorités chinoises, le 1er mars 2015.

À l’image de Delpeyrat, les entreprises françaises de l’agroalimentaire mettent résolument le cap sur l’international. « Nous observons un nouvel élan sur les marchés export », confirme Farah Allouche, conseillère sectorielle chez Euler Hermes. De fait, selon les douanes françaises, les exportations s’élèvent à 59,4 Mrds € à fin octobre 2015 et ont progressé de 2,3 Mrds € sur un an. 2016 devrait confirmer cette tendance, avec une prévision de + 2,7 Mrds €, à 62,1 Mrds €. À l’origine de cette embellie, l’ouverture de nouveaux marchés, mais aussi l’amélioration de la situation financière des entreprises. « En 2015, leur marge a progressé de un point, contre une baisse de 6 points ces dix dernières années », indique Farah Allouche. Avec un taux d’endettement moyen équivalent à 65% de leurs fonds propres, « les entreprises ont réussi à passer la crise en s’appuyant sur une structure financière plutôt saine qui leur permettra de dégager une capacité nouvelle d’investissement et, ainsi, de prospecter davantage de nouveaux marchés », détaille Farah Allouche. De fait, de + 1% en 2015, les investissements généraux devraient augmenter de 2% en 2016, et bénéficier aux stratégies d’export. Autre signe de bonne santé : le nombre de défaillances des entreprises à l’export baisse de 1% en 2015, avec une prévision à - 2% pour 2016, selon Euler Hermes.

L’Asie en ligne de mire

Cependant, le dynamisme à l’export reste étroitement lié au commerce mondial et, notamment, au cours des matières premières agricoles. Et, depuis 2014, ce cours s’inscrit à la baisse et ne permet pas aux exportations françaises de retrouver leur niveau de 2013, année marquée par une forte hausse.

Alors que 70% des envois se concentrent vers les pays européens voisins – Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Italie et Espagne –, certains pays tiers se révèlent désormais être incontournables. C’est le cas de la Chine, avec un bond de 60% des importations de produits hexagonaux entre novembre 2014 et octobre 2015, selon les douanes françaises. « Malgré les incertitudes liées à la croissance économique du pays, la montée en puissance de la classe moyenne et sa concentration dans des centres urbains de plus en plus vastes constituent des facteurs favorables au développement de l’export. Avec une offre de produits diversifiés, les entreprises françaises y ont incontestablement une carte à jouer », explique Christophe Monnier, directeur du département agroalimentaire de Business France, agence pour l’internationalisation de l’économie française.

En Asie, d’autres marchés devraient offrir des opportunités intéressantes. C’est notamment le cas des pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), dont le taux de croissance annuel d’importations bleu-blanc-rouge croît trois fois plus vite que dans les autres pays. De fait, les États-Unis et le Japon ont, depuis ces dernières années, multiplié des accords bilatéraux dans la région qui pourraient conduire à la création d’espaces de libre-échange parmi les plus étendus du monde. « La zone est train de se structurer. C’est le moment pour les industriels français de prendre des positions », confirme Farah Allouche.

Les États-Unis en demande d’une offre valorisée

Quant aux États-Unis, le pays constitue un débouché de plus en plus important pour les sociétés françaises. En 2015, il a contribué à 5,3% du chiffre d’affaires total réalisé à l’export, une part en croissance annuelle moyenne de 5,5% depuis 2010. « Dans un marché de consommation très mature, la demande pour les articles bio, bien-être, mais aussi les produits gourmets et d’épicerie fine, est en forte hausse », indique Christophe Monnier.

Pour autant, avec 14,8 Mrds € en 2015, les vins, alcools et spiritueux restent la première catégorie exportatrice de l’industrie agroalimentaire française, suivie par les céréales (7,5 Mrds € de CA) et les produits laitiers (6,2 Mrds €). Avec 3,1 Mrds €, la viande, en cinquième position, gagne du terrain sur les marchés internationaux, en raison notamment de la levée de restrictions au cours du second semestre 2015 sur la viande bovine de la part de la Chine, du Brésil et de l’Arabie saoudite. De quoi compenser, en partie, les effets de l’embargo russe décrété en août 2014 et prolongé jusqu’en août 2016 et qui a coûté 60 M € à la filière porcine en 2014.

Les enjeux

  •  Avec l’amélioration de leur situation financière, les industriels misent à nouveau sur l’export pour développer leur activité.
  • La Chine et les États-Unis offrent de nouvelles opportunités de débouchés pour des produits de plus en plus diversifiés.
  • Seulement 20 % des entreprises du secteur ont une activité à l’export.

Les chiffres

  • + 4 % à 59,4 Mrds € : l’évolution sur an, à fin octobre 2015, et le CA des ventes agroalimentaires à l’export
  • 62,1 Mrds € : l’estimation des ventes agroalimentaires à l’export pour 2016
Source : Douanes françaises ; origine : Euler Hermes

 

Boum des exportations en Chine

Top 10 des pays importateurs de produits français par évolution de part de marché du total exportation, en %, en 2015 vs 2010, et part de marché, en %, en 2015

Source : Douanes françaises ; origine : Euler Hermes

La Chine est de plus en plus friande de produits haut de gamme, comme le foie gras ou le jambon de Bayonne.

Les vins et spiritueux en meilleurs ambassadeurs

Top 5 des catégories de produits les plus exportés, en valeur, en 2015 et prévisions 2016

Source : Douanes françaises ; origine : Euler Hermes

Les vins et champagnes sont les produits qui s’exportent le mieux. Cependant, la levée des restrictions en Chine, au Brésil et en Arabie saoudite, devrait profiter à la viande de bœuf.

"L’agroalimentaire constitue le deuxième secteur exportateur après l’aéronautique. Mais bien du chemin reste à parcourir, avec près de 80% des entreprises “agro” qui n’ont pas d’activité à l’export."

Christophe Monnier, directeur du pôle agroalimentaire de Business France, agence pour l’internationalisation de l’économie française

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