Fabien Versavau (PDG Rakuten France): "Nous avions anticipé que l'Europe soit impactée par cette pandémie"

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DossierINTERVIEW Dans un entretien accordé à LSA, le PDG de Rakuten France détaille la gestion de crise du géant nippon depuis le début du confinement. Malgré une baisse du volume d'affaires de la marketplace dans l'Hexagone, l'entreprise s'adapte et mise sur la diversification de ses actifs.  

Fabien Versavau (PDG Rakuten France): "Nous avions anticipé que l'Europe soit impactée par cette pandémie"
Fabien Versavau (PDG Rakuten France): "Nous avions anticipé que l'Europe soit impactée par cette pandémie" © Laurent de Broca

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LSA - Comment vivez-vous cette période de confinement ?

Fabien Versavau – À titre personnel, je me trouve en télétravail depuis le lundi 16 mars. C'est le cas pour l'ensemble des 450 employés de Rakuten en France. Sur nos sites de Paris, Montpellier et Aix-en-Provence. C'est aussi le cas des équipes du groupe dans nos différents marchés en Europe de l'Ouest, mais également aux Etats-Unis, une partie des équipes en Inde et en Asie du Sud-Est. Aujourd'hui, les logiques de travail à domicile et de confinement -plus ou moins stricts en fonction des géographies- s'appliquent dans la quasi-totalité des pays du monde. Nous n'y dérogeons pas. Etant donné que nous formons un groupe international, dans une trentaine de pays, avec une origine japonaise.

Ceci a-t-il contribué à mieux préparer la crise ?

FV - On avait anticipé, dans nos antennes situées dans le Sud-Est asiatique, peut-être plus que certains groupes européens ou nationaux, le fait que le Vieux-continent soit impacté par cette pandémie. Et ce, dès fin février : nous avions instauré des points, deux fois par jour, avec les équipes françaises, européennes et internationales –au Japon et aux Etats-Unis-pour pouvoir suivre l'avancée de la progression de la pandémie. Et mettre en place des mesures pour en ralentir la propagation, avant que les mesures gouvernementales ne soient à ce niveau-là. Nous étions plus stricts, car nous avions l'information qui venait du Sud-est asiatique.  Dès le vendredi 13 mars, on était préparé à mettre tout le monde en télétravail. Aujourd'hui, il n'y a aucun problème de continuité de fonctionnement opérationnel. 100% des équipes travaillent à distance. Avec un excellent niveau de productivité et d'engagement. La dynamique collective est très bonne.

Qu'en est-il de votre activité sur la marketplace ?

FV - Au niveau de la demande, on enregistre une baisse de notre volume d'affaires sur notre plateforme de l'ordre de 15 à 20%, depuis le 12 mars. Date de l'annonce du caractère dramatique de cette pandémie, par le président de la République. Cela s'est accéléré avec la mise en place du confinement strict en France. Sur tout ce qui est non alimentaire on enregistre une baisse de notre volume d'affaires par rapport aux tendances de ventes de l'année dernière, à pareille époque. Avec des trajectoires différentes, suivant les catégories de produits.

On assiste à un rebond des ventes sur l'équipement pour le confinement : ordinateurs, tablettes, imprimantes, webcams, casques audios, jeux vidéo, éducatifs …soit pour occuper les enfants, soit pour continuer à travailler. A côté, il y a des catégories sur lesquels il y a une forte baisse. De la demande, mais aussi du trafic, des recherches de produits et infine, des achats : la téléphonie mobile, l'électroménager où nous sommes plus sur de la consommation de remplacement. On vit tous une période anxiogène et on se trouve dans une consommation plus raisonnée.

Quid de la livraison ?

FV - Nos processus logistiques sont très fortement impactés, du fait du confinement très strict et des mesures de protection et de distanciation. On observe que le flux est plus compliqué à assurer. Pour le moment, le système tient. Il faut d'ailleurs tenir. Que le gouvernement et les sites logistiques fassent tous les efforts nécessaires pour assurer la continuité des services de livraison. C'est un pilier de l'économie. On échange tous les jours avec l'ensemble des acteurs du retail et leurs prestataires logistiques. Avec l'arrêt des services de Mondial Relay et la fermeture des commerces, on accompagne nos vendeurs pour adapter au mieux leurs modes de livraison et optimiser leurs frais de port. Nos équipes vont proposer des solutions alternatives aux vendeurs comme aux acheteurs, en collaboration avec la Poste. Les colis en cours de transit sur Mondial Relay seront stockés jusqu’à la reprise de l’activité des points relais.

Comment jugez-vous les récentes mesures du gouvernement ?

FV - L'ensemble des propositions du gouvernement vont dans le bon sens. Il y a beaucoup de choses très concrètes mises en place. Les décrets sont clairs et édités rapidement. Les modalités d'application de la politique annoncée sont assez simples, dans la majorité des cas. C'est plutôt une performance à saluer, surtout en France, où il y a généralement une complexité administrative. Ce n'est pas le cas et ça nous permet d'avancer.

Rakuten est spécialisé dans le click and collect, que proposez-vous pour appuyer le commerce physique en cette période exceptionnelle ?

FV - La vocation de Rakuten est de driver du trafic dans les magasins de nos enseignes et marchands partenaires. Elle prend d'autant plus de sens, aujourd'hui avec la fermeture contrainte des points de vente physiques. Nous avons changé nos opérations et adapté nos technologies, et une partie de la plateforme. Pour pouvoir permettre aux petits commerçants qui ne sont pas encore nos partenaires, de pouvoir ouvrir leurs boutiques. Nous ne sommes pas un vendeur, mais une plateforme qui propose un e-shop personnalisé pour chacun de nos marchands. Ils peuvent facilement s'enregistrer et configurer leur catalogue produit, en compagnie de nos équipes. Avec une franchise d'abonnement pour le premier trimestre et des facilités d'abonnement sur notre offre la plus onéreuse, afin qu'il bénéficie des taux de commission les plus bas. Entre 5 et 8%. Ce qui est très compétitif par rapport aux taux du marché. On a fluidifié le fait de pouvoir offrir un "Plan B" aux petits commerçants qui ont dû baisser le rideau.

Comment voyez-vous l'après coronavirus ?

FV - Rakuten veut dire optimisme en Japonais ! C'est une épreuve mais un challenge pour l'entreprise. Ça va nous permettre de faire progresser les consciences, de changer nos organisations. Il faut profiter de ce défi pour instaurer de nouveaux modes ou des offres nouvelles. Nous sommes aussi conscients qu'il va y avoir un rebond économique, je l'espère d'ici quelques semaines en France et en Europe.

Nous sommes un groupe diversifié. Outre l'e-commerce, nous proposons des services financiers, de la publicité et des contenus via Kobo (NDLR : liseuse numérique), Rakuten Viber, en messagerie et Rakuten TV, dans la vidéo à la demande. Ce sont des services qui accompagnent les Français dans cette période de confinement. Des segments où l'on observe une forte croissance des usages. Ces évènements actuels valident le fait qu'il faut être présent dans différents univers. C'est notre cas et cela nous aide à traverser ces difficultés.

Je pense que cette période nous révèle aussi que la France doit aussi accélérer au niveau de la connectivité haut-débit et très haut-débit. Pour pouvoir permettre aux entreprises et à leurs collaborateurs de travailler partout avec le maximum d'efficacité, en mode distant. Ce pourquoi notre groupe a investi dans une plateforme innovante et unique en son genre, en matière de 5G. Celle-ci sera déployée d'abord au Japon, puis ensuite partout dans le monde.

 

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