Face-à-face...

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EDITORIAL « Ces deux caractères ont le grand mérite non seulement d'être des meneurs d'hommes, mais aussi d'avoir une stratégie et de s'y tenir. »

Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

L'un se dit épicier et l'autre s'affirme soldeur. Bien évidement, ils jouent les modestes et sont tous deux à la tête d'une entreprise emblématique. Le premier, c'est Jacques-Antoine Granjon. Il dirige Vente-privée, soit 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Le second, c'est Michel-Édouard Leclerc, à la tête du mouvement d'indépendants et de 38 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Au départ, la rédaction de LSA a voulu les réunir pour observer la confrontation entre, d'un côté, le distributeur historique, avec ses magasins en dur, et, de l'autre côté, le distributeur virtuel, avec ses clics et ses écrans. De confrontation, il n'y en a pas eu. L'heure était plutôt à la découverte (eh non, ils ne se connaissaient pas) et au dialogue entre deux commerçants qui ont joué la simplicité (surjoué diront certains) et la sincérité (du moins tant qu'on ne va pas trop loin). Il n'empêche qu'il ressort de ces trois heures de face-à-face ou, plutôt, de côte-à-côte, une certaine fraîcheur.

Nous avons certes rencontré des entrepreneurs de caractère mais, surtout, des hommes ayant une vision précise de l'état de leur marché, de leurs forces et de leurs faiblesses. Ils savent où ils en sont et, surtout, où ils veulent aller. À l'heure où l'on reproche à bon nombre de dirigeants de sortir du même moule, d'être sans aspérité, totalement interchangeables, d'être trop hésitants, trop comptables et gestionnaires et pas assez visionnaires, la rencontre entre Michel-Édouard Leclerc et Jacques-Antoine Granjon était diablement vivifiante. Bien évidemment, en lisant cet article, certains émettront ici et là des critiques. D'aucuns disant que Jacques-Antoine Granjon a cédé 20% de son capital au fonds américain Summit Partners, d'autres arguant que Michel-Édouard Leclerc a succédé à son père. Sans oublier les multiples fournisseurs, petits et grands, officiellement ou non, qui se plaignent d'être mis sous pression, et parfois même étranglés.

Vrai ou faux, injuste ou non, cela ne doit pas empêcher de reconnaître que ces deux caractères ont le grand mérite non seulement d'être des meneurs d'hommes, mais aussi d'avoir une stratégie et de s'y tenir. Mieux encore, ils ne connaissent pas la crise ! Les médisants disent « tout simplement parce que la crise les avantage... » Raisonnement beaucoup trop simpliste pour être exact. Non, la raison est ailleurs. L'explication se cache dans le caractère (envie de les écouter), dans le management (envie de les suivre) et dans la vision (envie de les croire). Hasard du calendrier, quelques heures après cette interview, un communiqué de presse annonce le départ de Lars Olofsson de Carrefour, un mois plutôt que prévu. Georges Plassat se retrouve dorénavant seul aux commandes d'un bateau qui manquait de cap. Autant dire que, sur le papier, il possède lui aussi toutes les qualités d'un bon capitaine (caractère, management, vision...). Et qu'un débat enthousiaste et passionné, comme celui avec Jacques-Antoine Granjon et Michel-Édouard Leclerc, serait bigrement intéressant et instructif...

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Article extrait
du magazine N° 2230

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