FAIRE PLUS AVEC MOINS

|

Consommation toujours en berne, menaces sur les marges... Les incertitudes pèsent sur les politiques salariales et limitent la marge de manoeuvre des enseignes, qui doivent pourtant retenir les talents et motiver les troupes en vue de la guerre commerciale qui se prépare.

Alors que les négociations de branche sur les minima sociaux devaient s'achever le 15 novembre, en principe sur un accord avec les syndicats, l'horizon salarial dans les entreprises, lui, reste sombre. Pour ne pas dire opaque. Les négociations salariales du printemps avaient d'ailleurs donné le ton, se soldant le plus souvent sur une décision unilatérale de la direction, faute de consensus avec les forces syndicales. La paix sociale, alors largement chahutée, reste fragile. Pas plus tard que le 11 novembre dernier, la CFDT appelait à bloquer l'entrée de l'hypermarché Leclerc de Brest pour dénoncer la décision de la direction d'accorder une augmentation annuelle de 3 % en échange d'une ouverture ce jour férié.

Et le contexte pour 2006 n'est pas plus optimiste. Le cabinet Hay Group fait état, pour la distribution, de budgets d'augmentation de l'ordre de 2,5 % toutes populations confondues, en dessous des enveloppes des autres secteurs, évaluées à 3,1 %. Surtout, la distribution affiche une enveloppe désespérément stable contrairement aux autres secteurs, où se fait sentir un léger frémissement. Un mouvement qui s'observe également dans les grilles des salaires d'embauche des jeunes diplômés - indicateur suivi de près par les experts -, qui grappille quelques points après quatre années de parfaite immobilité. Une tendance qui ne s'observe pas dans la distribution, où le sujet des rémunérations semble tabou. Comme en témoigne le nombre d'enseignes (Ikea, GrandOptical, Décathlon, Monoprix, etc.) qui ont refusé de répondre à nos questions sur le délicat sujet des « packages »...

Un secteur en difficulté

Le problème, c'est que le secteur accumule les sous-performances depuis quelques années, et plus particulièrement depuis un an et demi. « Du coup, les primes, traditionnellement fortes dans ce secteur - elles pouvaient monter jusqu'à 25 % -, s'étiolent », explique Alexandre Groux, responsable de la division distribution et commerce chez Michael Page. Et la distribution, qui affiche déjà des salaires fixes en moyenne de 15 à 25 % en dessous des autres secteurs selon les experts, mais qui compensait pas ces variables attractifs, risque de ne plus attirer. « Les systèmes gagnant-gagnant de variables manifestent leurs effets inverses aujourd'hui », complète Éric Wuithier, directeur associé chez Towers-Perrin, et la tentation des salariés de demander des consolidations du salaire fixe, grande. D'autant que d'autres incertitudes pèsent sur les politiques salariales. » On ne connaît pas les effets de la loi Dutreil, qui remet en cause la loi Galland. Mais les enseignes, qui ont désormais la possibilité de réintroduire dans le prix une partie des marges arrière, pourraient voir sacrifier leurs propres marges. Elles sont donc enclines à la prudence, cherchant à maîtriser tous leurs frais, y compris leurs frais de personnel. « On peut s'attendre à ce que cette rigueur salariale se poursuive encore cette année », confirme Éric Wuithier.

Qualité et service pour se démarquer

Pourtant, dans la guerre des prix, et donc la compétition féroce, qui s'amorce, l'enjeu consiste à se démarquer par des candidats de qualité. Les enseignes ont plus que jamais besoin d'attirer et de fidéliser les meilleurs talents. Certaines ont commencé à étoffer leurs équipes de vente en magasins, véritable nerf de la guerre. Mais ce n'est pas avec des arguments sonnants et trébuchants qu'elles appâtent. Plutôt que de faire de la publicité sur leurs packages dans leur communication de recrutement, elles réaffirment leurs valeurs, axes stratégiques de succès. Ainsi Carrefour communique-t-il sur son redressement, Leclerc sur sa position de numéro un. Évidemment, cela ne suffit pas. Même si, à très court terme, cet attentisme salarial ne porte pas à conséquence. Les enseignes profitent encore d'un marché de l'emploi difficile. Les salariés hésitent à lâcher la proie pour l'ombre et « le turn-over est même en baisse, explique Marion Ricoux, responsable du secteur distribution dans le département rémunération de Hay Group. Mais attention à l'attractivité le jour où l'économie va reprendre », poursuit l'expert.

Par conséquent, les distributeurs réfléchissent à la façon de motiver sans laisser filer le budget. Un exercice délicat, car non seulement les enseignes naviguent à vue quant à l'évolution de leur activité, mais d'autres limitations réduisent encore la marge de manoeuvre. Une restriction pèse ainsi depuis 2004 sur les avantages en nature, revalorisés dans les packages. Pour éviter des cotisations supplémentaires qui y sont liées, certaines entreprises sont plus regardantes sur l'usage de ces avantages dans la sphère personnelle, comme les voitures ou les téléphones portables. Et, plus généralement, la tendance à l'augmentation des charges (complémentaires maladie, vieillesse...) restreint leur marge de manoeuvre. Sans compter l'augmentation générale des coûts et des taxes.

Mobiliser les équipes autour des performances

Reste les produits d'épargne d'entreprise et de retraite en guise de lot de consolation. « Mais cela ne compense rien, car épargne et cash ne sont pas du tout sur le même registre », analyse Éric Wuithier. Confirmation du côté des distributeurs : « Au niveau de rémunération d'un employé de la distribution, nos salariés veulent du cash », avoue l'un d'entre eux, spécialisé dans le secteur des cosmétiques.

Dans ce contexte, la plupart des distributeurs évitent le saupoudrage, préférant concentrer les efforts sur certains profils, jeunes cadres à potentiel et experts en tête. Mais, surtout, les directions cherchent à mobiliser les équipes magasins autour de la notion de résultat et de performances commerciales. Dans le non-alimentaire notamment, les systèmes de variables font ou refont surface avec des résultats qui, pour l'heure, satisfont leurs initiateurs.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1929

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous