Faut-il croire à la mort des malls américains ?

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DIAPORAMA Le mall, incarnation du commerce américain tout puissant, est-il en train de péricliter ? Durant plusieurs décennies, ce modèle équivalent à nos centres commerciaux s’est imposé auprès de plusieurs générations qui y ont incarné le style de vie américain. Un artiste photographe, qui signe sous le pseudo Seph Lewless, a pointé de son objectif ces malls qui meurent peu à peu dans les villes disséminées par la crise économique de 2008. Des images saisissantes qui marquent un virage dans le pays roi du commerce où une partie de la population semble désormais écartée de ce mode de consommation.

Au pays des contrastes, le mall tout puissant avait imposé son modèle à l’ensemble du territoire. Des plaines du Midwest aux banlieues huppées de la Nouvelle Angleterre, ils s’imposaient partout. Depuis 2008 et la crise financière puis économique, de grandes villes industrielles se sont vidées, laissant des zones commerciales exsangues, comme abandonnés à la hâte. Seph Lawless a parcouru les Etats-Unis pendant plus d’un an pour les photographier et témoigner d’un changement radical de mode de consommation pour une partie de la population. Il nous dévoile son travail qu’il a par ailleurs publié dans un ouvrage*.

LSA : Qu’est-ce qui a motivé votre travail ?

Seph Lawless: Je voulais que les américains regardent en face le début de la fin de la plus grande machine économique que le monde n’a jamais vu… l’Amérique. Je voulais qu’ils perçoivent l’avidité et la dette qui rongent notre économie. Qu’ils voient les millions d’emplois que nous avons transférés au-delà de nos frontières et que nous avons accumulé la plus large dette de l’histoire du monde.

La plupart des américains ne lisent plus de livres une fois qu’ils sortent du lycée, c’est pourquoi j’ai commencé par prendre des photos. Je devais les réveiller et la photographie me paraissait être le meilleur moyen artistique d’y parvenir.

LSA : Sur quelles données statistiques appuyez-vous votre travail ?

S. L. : Plusieurs données disponibles démontrent la migration de population en masse depuis certaines villes comme Detroit, Cleveland, Toledo, Akron, Youngstown, Gary, Pittsburgh… Des migrations qui touche 50% de la population depuis l’après seconde guerre mondiale et qui sont directement liées à la perte d’emplois.

LSA : Qu’avez-vous découvert à travers ce travail et ce voyage ?

S. L. : Après avoir traversé les Etats-Unis durant un an, j’ai compris que le phénomène que je décrivais était en train de s’étendre, comme un cancer. La frontière entre ceux qui possèdent et les autres s’est tellement renforcée que cela impacte négativement la relance du pays dans son ensemble.

LSA : Quelle rôle peut-on accorder au e-commerce dans ce phénomène ?

S. L. : Je pense que l’e-commerce a joué un rôle et chaque personne que je croise en fait l’un des principaux bouc-émissaires. Mais ils oublient que ce phénomène touche les villes et banlieues qui souffrent économiquement. Et lorsque vous sortez d’un mall abandonné, le paysage entier est dévasté, comme s’il avait été frappé par des bombes. Les restaurants et les stations essence sont abandonnés, les quartiers ressemblent à des villes fantômes…

LSA : Le mall est un tel emblème aux Etats-Unis que les réactions à votre travail doivent être très variées…

S. L. : Les réactions sont très variables en fonction des personnes que je croise et de leur regard global sur les malls. Certains sont tout simplement contrariés de voir que leur pays n’utilise pas mieux les ressources. La plupart rejette un tel gâchis, surtout dans un endroit qui incarnait autant l’opulence. Je pense que c’est une réaction très saine et qui témoigne d’une prise de conscience plus générale des américains sur les sujets des ressources et de la dette.

LSA : Pensez-vous que cela pourrait toucher l’Europe, et la France en particulier ?

S. L. : J’ai l’impression que le Royaume-Uni et l’Allemagne sont déjà engagés dans une démarche plus durable. La France fait face à de nombreux problèmes et un consensus se dégage pour dire qu’elle n’est pas le premier pays sur la liste de ceux où il fait bon vivre. En mai dernier, une étude démontrait même que Londres était désormais la 6e plus grande ville "française" de par la présence de ses concitoyens en masse.

Propos recueillis par Guillaume Bregeras

*Ouvrage "Black Friday" // Seph Lawless

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