Fin de droits...

|
Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Bonne surprise. Le taux de chômage en France est resté stable au premier trimestre 2010. Il représente 9,5 % de la population active en métropole, soit 2,7 millions de personnes. Chiffre en trompe l'oeil ? Multiplication des contrats aidés ? Christine Lagarde, la ministre de l'Économie, veut surtout se réjouir et clame que c'est la première fois depuis six mois que la courbe du chômage marque le pas. Il reste tout de même à son plus haut niveau depuis 1999 et si le nombre d'embauches a légèrement progressé, les emplois proposés demeurent précaires et les professionnels de la grande consommation craignent une baisse du pouvoir d'achat de leurs clients. En effet, les contrats à durée indéterminée sont de plus en plus rares alors que le temps partiel imposé gagne du terrain. L'intérim, laminé en début de crise, continue certes à remonter la pente mais sur un rythme qui semble s'essouffler. De plus, les paradigmes économiques ont changé et si les entreprises font appel aux intérimaires, c'est autant par prudence que par souci de flexibilité. Cette évolution du marché du travail n'est donc pas de bon augure pour une consommation déjà bien souffreteuse. D'autant que, selon Pôle Emploi, le chômage devrait atteindre 9,8 % en métropole fin 2010, reculant à seulement 9,6 % en 2011.

Quant à la question du chômage de longue durée, elle n'est pas réglée. Si depuis plusieurs années ces demandeurs d'emploi représentent toujours quelque 40 % du total de chômeurs, leur nombre absolu est en forte augmentation : + 24 % sur un an. Sans oublier la problématique des personnes en fin de droits. Un million de sans-emploi seront dans cette situation cette année, dont plus de 350 000 sans minima sociaux. Ni allocation de solidarité spécifique (ASS) ni RSA. Quatre syndicats et l'État sont heureusement parvenus à un « compromis » pour allouer 705 M E à un plan de rebond pour l'emploi avec formations, contrats aidés et allocations exceptionnelles. Reste à savoir si cela suffira.

En attendant, industriels et distributeurs avouent leurs inquiétudes. Dans les magasins, les équipes ne s'interrogent pas tous les matins sur la date exacte de la reprise. Les points de vente ne s'intéressent pas au débat sémantique sur la rigueur. Ils restent perplexes sur la question du vouloir et du pouvoir d'achat. En revanche, ils savent que si sur leur zone de chalandise une usine ferme ou lance un vaste plan de licenciements, ils en paieront, eux aussi, les conséquences avec une baisse de leur chiffre d'affaires.

Les achats jugés non prioritaires sont reportés aux calendes grecques. Dans l'alimentaire, les premiers prix montent en flèche et le hard-discount se transforme en magasin prioritaire. Les courses aux bonnes affaires deviennent monnaie courante. Les achats réfléchis croissent alors que ceux d'impulsion disparaissent. Enfin, les comparaisons de prix entre canaux, notamment internet, se multiplient. En résumé, les besoins primaires, comme l'alimentaire, subissent quelques arbitrages, mais ils ne risquent pas de « dévisser », car vitaux et portés par l'essor de la démographie. À l'inverse, les besoins secondaires, comme l'équipement de la personne, sont au mieux reportés, voire annulés.

C'est dans ces moments difficiles que les distributeurs doivent retrouver leurs fondamentaux avec une offre large, des prix attractifs et, surtout, une « relation clients » ajustée à cette nouvelle donne (davantage d'écoute, de réactivité et de proximité). Car en septembre, à la problématique du chômage s'ajouteront probablement le retour de l'inflation et certainement la réforme des retraites. De quoi relancer la question du pouvoir d'achat des Français.

Les professionnels s'inquiètent des conséquences du chômage et de la multiplication du nombre de personnes en fin de droits

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2142

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message