Fin des sacs plastique, et après ?

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Souvent évoqué, le projet de loi sur la fin des sacs plastiqueà usage unique devrait être définitivement adopté en Franceau printemps 2015. Cette loi, si elle passe, va bouleverserles rayons frais traditionnels de la grande distribution.Quand les sacs en plastique désertent, quelles alternativess’offrent aux distributeurs? Réponses.

A priori, rien de nouveau. Le projet de loi sur la fin des sacs en plastique, qui est intégré dans le vaste plan sur la transition énergétique, proposé par la ministre de l’Écologie Ségolène Royal, est un vieux serpent de mer maintes fois évoqué et plusieurs fois retoqué. Déjà en 2010, cette même intention avait été inscrite dans une loi. Néanmoins son entrée en vigueur, en 2014, n’a jamais eu lieu. Mais, aujourd’hui, tout semble en bonne voie pour faire voter ce projet dans l’air du temps.

La ­Californie, Haïti, Berlin et plusieurs villes américaines ont choisi le sans-plastique. Même la mairie de Paris se rêve en pionnier français pour interdire les poches ! Au niveau national, le projet fédère aussi : il a été adopté mardi 14 octobre à l’Assemblée nationale en première lecture et pourrait passer dès le printemps 2015, pour une application au 1er janvier 2016. Selon un sondage exclusif mené par Toluna pour LSA, les consommateurs approuvent également cette avancée : 71,5% se déclarent, en effet, en faveur de l’interdiction des sacs plastique quand ils ne sont pas biodégradables ou réutilisables.

Les distributeurs, qui n’osent pas encore prendre la parole concernant ce changement à venir, œuvrent déjà en coulisse pour trouver une alternative viable. Sachet kraft, recours au plastique végétal… Comment – et par quoi – remplacer les quelque 12 milliards de sacs utilisés chaque année en magasins ?

« Actuellement, le sac plastique est le meilleur rapport entre le contenu et contenant », assure Philippe Joguet, directeur développement durable à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Les sachets présents en GMS pèsent 2 grammes et peuvent contenir jusqu’à 2 000 fois leur charge. Les industries du plastique ont beaucoup travaillé pour limiter l’empreinte écologique de leur produit en réduisant son épaisseur et pour augmenter, en même temps, sa résistance.

14,6%

des personnes interrogées envisagent d’acheter des sacs réutilisables si le projet de loi passe

12 Mrds

de sacs à usage unique sont utilisés chaque année en France

71,5%

des Français sondés se disent pour l’interdiction des sacs plastique quand ils nesont pas bio dégradables ou réutilisables

Source : Toluna QuickSurveys

Question d’hygiène

Autre élément qui joue en faveur de ce dérivé du pétrole : il assure, au rayon boucherie et au stand marée notamment, un service d’hygiène pour éviter que des coulures et autres taches de sang ne se dispersent sur le reste des courses… ­Se ­poser la question des alternatives revient donc à trouver une autre solution pour assurer les mêmes fonctions. Or, la loi à venir laisse une faible marge de manœuvre : ne sont autorisées que les poches d’origine végétale, nommées « biosourcées », et ­compostables. L’argument écologique prime pour trouver un remplaçant au bon vieux sac. Pourtant montrée du doigt, l’organisation des entreprises du plastique y voit là le « sens de l’histoire » et estime aussi que c’est un moyen de ramener la production dans l’Hexagone ; actuellement, les sacs utilisés en rayons proviennent d’Asie à 90%. La filière assure que l’Europe pourrait fournir les 12?milliards de poches distribuées en points de vente chaque année. Plusieurs entreprises françaises s’essaient déjà au sac à base d’amidon de maïs ou de pomme de terre.

L’ambition écologique est donc forte… À ce détail près qu’aucune filière de valorisation n’existe à ce jour ! « Éco-Emballages teste depuis 2009 l’extension des consignes de tri pour y intégrer, entre autres, les sacs plastique biosourcés ou non, via un tri des déchets par infrarouge », explique Vincent Colard, chargé de mission environnement chez Elipso, organisation regroupant les entreprises des emballages en plastique et souples.

 

Du vrac mécaniquement plus cher ?

Autre bémol à cette alternative ; ledit futur sac se montre coûteux : son prix d’achat s’élève à 0,02 € quand son homologue non biosourcé coûte 0,005 €, soit quatre fois plus cher ! La FCD estime que son surcoût serait de 300 millions d’euros si les distributeurs s’orientaient vers cette solution. Une somme qui serait mécaniquement répercutée dans le prix final des articles vendus en vrac. « Les fruits et légumes sont déjà une filière fragile. Le prix du sac ne doit pas devenir un frein à l’achat », prévient Bruno Dupont, président de l’Interprofession des fruits et légumes frais (Interfel). Ces produits, vendus peu cher en points de vente, pourraient connaître une inflation importante. Avec, de surcroît, le retour de la vente en vrac – vin, sucreries, produits d’épicerie, etc. –, la facture pourrait devenir salée…

C’est justement ce surcoût qui pousse les distributeurs à réfléchir à une autre alternative : le sachet en papier. Les enseignes bio ne jurent que par lui, car il se recycle déjà. Quelques distributeurs, comme Intermarché ou Leclerc, y ont recours de façon isolée. Mais, là encore, c’est son prix qui pèche, il est 3,5 fois plus élevé que celui du sac en plastique.

 

Davantage de vols avec le papier ?

En plus du coût, il poserait de sérieux problèmes aux enseignes généralistes : « Ces sacs sont opaques, les caissiers ont à charge de vérifier le contenu du sachet kraft. Or, ce contrôle n’est pas systématique, des risques de vol existent », admet ainsi le porte-parole de Biocoop, Patrick Marguerie. L’enseigne a donc opté pour une fenêtre transparente ajoutée à son sachet kraft. Un sac qui lui revient 2,4 fois plus cher… Autre désavantage du contenant en papier : « En plus du problème de transparence, la “refermabilité” de ces sacs n’est pas optimale pour les stands. Certains distributeurs l’utilisent pour se donner un look et créer un esprit marché. Le kraft a davantage sa place pour le drive, mais pas en rayons », note David Schisler, président du directoire de la société CEE Schisler, grand fabricant français de sachets en papier. Le kraft a tout de même l’avantage d’être un peu moins onéreux que son homologue biosourcé.

Dernière alternative pour transporter ces produits vendus en vrac, les cabas réutilisables et recyclables. Dans ce cas, comme en sortie de caisse, cette solution serait certainement payante à l’unité.

 

Moins d’offre en rayons ?

Parmi les pistes envisageables pour sortir de la logique des sacs plastique, les enseignes bio aident aussi à mettre en place des bonnes pratiques. Comprendre : les caissiers de Biocoop incitent les clients à revenir avec leurs sachets kraft déjà utilisés. Dans la réalité, peu d’entre eux y pensent… Pourtant, la solution semble pertinente aux yeux des consommateurs sondés par Toluna : 26,1% déclarent être prêts à rapporter leurs propres poches en cas d’interdiction des sacs plastique ! Mais, là encore, difficile de compter uniquement sur cette douce utopie pour pallier l’absence des sacs plastique à partir du 1er janvier 2016. D’autant plus que, sans ce service proposé en linéaires, 15,4% des personnes interrogées assurent qu’elles réduiraient leurs achats dans ces rayons… Conjuguer les deux – venir avec son sac, plus le papier –, comme le fait Biocoop, pourrait, en revanche, constituer une alternative intéressante.

La limite supplémentaire à l’absence totale de sacs concerne la fonction d’hygiène qu’ils remplissent aux rayons boucherie ou marée. « Dans la directive européenne, ces produits frais sont exclus du projet de texte pour des raisons d’hygiène. Nous essayons de faire valoir cette exception auprès des législateurs français », explique Philippe Joguet, de la FCD.

L’autre piste à l’étude, en plus de trouver les sacs du futur, porte sur l’offre. De plus en plus de produits – viandes, fruits et légumes, etc. – sont vendus de façon préemballée, à l’instar des étals anglo- saxons, qui ont depuis longtemps vulgarisé cette pratique. Cette solution outre-Manche est loin de faire l’unanimité dans l’Hexagone : « Si le but est de trouver une solution écologique, l’offre préemballée ne va pas dans le bon sens. De plus, l’emballage représente un surcoût important pour le coût final du produit » observe Philippe Daré, président de Savéol. Tout mettre sous barquette signifierait aussi proposer une offre moins importante en rayons, car « l’avantage du vrac, rappelle-t-il, c’est que le client peut prendre n’importe quelle quantité en fonction de ses besoins ». Le vrac doit maintenant se trouver un nouveau compagnon de voyage.

LE CONTEXTE

  • Serpent de mer, le projet de loi pour la fin des sacs plastique à usage unique pourrait être appliqué dès le 1er janvier 2016.
  • Les sacs autorisés en magasins devront être biosourcés, – d’origine végétale –et compostablesà domicile.
  • Les distributeurs doivent trouverdes solutions alternatives, mais elles s’avèrent souvent plus onéreuses.

Méthodologie

Le sondage Toluna www.quicksurveys.com a été réalisé par internet en France les 8 et 9?octobre 2014 auprèsd’un échantillon de 1 500 personnes de 18 ans et plus. Les résultats ont été redressés pour être représentatifs de la populationen termes de région, sexe et âge (dispersion des professions).

La solution préconisée

Le sac biosourcé

Ces sacs, autorisés dans le projet de loi, sont issus de matière végétale (l’amidon de maïs ou de pomme de terre le plus souvent). Ils devront être compostables à domicile pour être autorisés sur le lieu de vente.

Le Plus : Ces poches sont recyclables.Si elles deviennent demain la norme, cela permettrait de recentrer la production en Europeet en France, car actuellement, les sacs à usage unique proviennent essentiellement d’Asie.

Le Moins : Aucune filière de revalorisation n’existe à ce jour, les sacs seraient donc incinérés comme leurs prédécesseurs ! Éco-Emballages pilote un projet pour étendre les consignes de tri et valoriser l’ensemble des sacs plastique, y compris ceux qui ne sont pas biosourcés.

La solution écolo

Le sachet papier

Le sachet kraft est issu du bois. Ce contenant, qui se recycle, est surtout utilisé par les enseignes spécialisées dans les produits bio.

Le Plus : Il a la vertu d’être actuellement recyclable. Atout supplémentaire, des fabricants français existent et peuvent approvisionner le marché. Le kraft constitue donc, à ce jour, la solution la plus écolo.

Le Moins : Problème, son prix est 3,5 fois plus élevé que les sacs en plastique mis à disposition au rayon fruits et légumes. Son opacité ralentit le passage en caisse, car il faut vérifier le contenu. Comme ce n’est pas systématique, le sachet kraft facilite la démarque.

La solution la plus controversée

Les produits préemballés

C'est la réponse qui pourrait être envisagée par les industriels, qui s’aligneraient ainsi sur le modèle anglo-saxon, où la quasi-totalité des fruits et légumes sont sous barquette.

Le Plus : Cette offre permet une meilleure protection en rayon (manipulations, lumière, etc.). L’emballage offre, en outre, un territoire précieux pour le marketing et rend aussi l’offre plus pratique. Enfin, inutile d’avoir recours à un sachet avec ce type de produits.

Le Moins : Le surplus d’emballage est encore moinsécologique que les actuels sacs en plastique. De plus,cette solution engendre une hausse importante du prix du produit préemballé.

La solution utopique

La réutilisation des sacs

Cette alternative permettrait certes de diminuer le nombre de sacs, mais suppose aussi que les consommateurs arrivent avec leur propre solution de transport des produits. La grande distribution ne peut se dispenser de proposer une solution en magasins.

Le Plus : Se dispenser de proposer une solution en magasins. Cela réduirait beaucoup le nombre des sacs mis en circulation, comme cela a été le cas pour ceux en sortie de caisse.

Le Moins : Se passer de sacs suppose d’offrir un service en moins aux clients. Cette solution n’est pas envisageable dans des rayons commela boucherie ou les produits de la mer. Ici le sac, en plus de sa fonctionde contenant, préserve l’hygiène en évitant les coulures pour le poissonet autres éventuelles traces de sangpour les produits carnés.

2 commentaires

Richard Chich

31/08/2015 12h52 - Richard Chich

je pense deja que dans un premier temps nous pourrions imposer un unique mode de fabrication et composition pour le sac plastique . cela permettrai puisque les plastiques sont différents d'une usine à une autre ,de pouvoir les recycler et les remettre dans le circuit. les plastiques de compositions différentes si je ne m'abuse ne se mélangent pas ... les soi disant sacs bio en fécule ou amidon ou papier polluent plus en fabrication , gourmands aussi en eau et en terres ,en énergies ... je crois plus à une solution de recyclages par la collecte et le tri que n'importe quels kraft ou bio soi disant ... nous savons faire du courant avec du solaire ,pourquoi ne pas imaginer de hacher et n'ettoyer à l'air nos sacs récuperés ... de refaire des billes pour les remettrent dans le circuit. Je pense aussi que certaines personnes qui jettent leurs dechets dans la nature ou certains élus qui laissent faire des dechetteries à ciel ouvert devraient être lourdement sanctionnés... faisont simple ! Vive le recyclage , c'est l'avenir et je ne suis pas écolo j'aime le progrés alors avançons au lieu de chercher midi à 14 heures !!!

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Jy2m

01/11/2014 22h51 - Jy2m

Je crois que cela commence à faire assez concernant le comportement responsable des utilisateurs. J'achète aujourd'hui des sacs non biodégradables dont je me sers aussi comme sacs poubelle 4 centimes. Si les sacs biodégradables qui reviendront à 35 euros divisés par 2000 soit 0,0175 centimes par sac au commerçant me sont vendus même 10 centimes tout le monde sera content, moi parce que j'aurais toujours mes sacs pour emporter mes achats et l'écosystème car ce seront des sacs bio dégradables. Quant aux sacs réutilisables je ne m'en servirai que de temps en temps car ça ne devra pas être la seule solution.

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Article extrait
du magazine N° 2340

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