«Findus reprend le contrôle de la filière viande en France» Matthieu Lambeaux, directeur général de Findus France

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Matthieu Lambeaux

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Depuis plus d’une semaine, le scandale « horsegate » necesse de s’amplifier partout en Europe. Après la découverte en Irlande et en Grande-Bretagne de traces de viande de cheval, la France est touchée à son tour sur les plats cuisinés surgelés Findus mais aussi une vingtaine d’autres marques. Depuis, l’enquête avance à grands pas et les responsabilités des différentes parties en cause se faisant jour après jour plus précises.
Alors que Findus est désormais hors de cause, les suspicions se tournent vers Spanghero, une filiale de la coopérative française basque Lur Berri, responsable du problème d’étiquetage des viandes. Après une suspension des activités de l’entreprise, les ministres Benoît Hamon, Stéphane Le Foll et Guillaume Garot ont annoncé, le 18 février, la reprise partielle de l’activité de Spanghero en attendant les conclusions définitives de l’enquête. En exclusivité pour LSA, Matthieu Lambeaux, directeur général de Findus France et CEO Findus Europe du Sud, revient sur les dessous de ce scandale. Après avoir déposé une plainte contre X le 18 février auprès du procureur de la République française, l’industriel réagit activement et entend renouer avec la confiance des consommateurs, remettre à plat le marché des plats cuisinés surgelés et reprendre le contrôle de la filière viande pour qu’un tel scandale ne se reproduise plus jamais.

les chiffres de la crise

20 marques, outre Findus, sont concernées en Europe par la substitution de viande de boeuf pour du cheval

5 000 tonnes de marques de distributeurs et spécialistes touchées,contre 500 tonnes pour Findus

Plus de 1 million d’euros, Le montant provisoire des pertes pour Findus

LSA - Vendredi 8 février, findus annonçait le retrait de trois de ses plats cuisinés (lasagnes bolognaises, hachis Parmentier et moussaka). le 18 février, vous déposiez une plainte contre X.
Quelle a été la chronologie des faits ?
Matthieu Lambeaux - L’affaire a débuté chez Tesco le 15 janvier, après que des traces de viande de cheval ont été retrouvées dans des hamburgers. Partant de là, nous avons décidé de compléter nos contrôles de routine avec des tests ADN. Le 30 janvier, Findus Royaume-Uni découvrait la présence de viande de cheval dans ses produits, censés être à base de boeuf. Nous étions sous le choc. En quarante-huit heures, nous avons lancé des opérations coup de poing partout en Europe afin de forcer les filières à se rendre compte
du problème et à communiquer.
La transparence est un principe fondamental chez nous. En vingt-quatre heures, toute la filière a été remontée. Via un audit surprise, on a pointé
que le problème provenait d’une erreur d’étiquetage chez Spanghero, qui appartient à la coopérative du Sud-Ouest Lur Berri. Nous nous
sommes vite rendu compte d’une incohérence dans la traçabilité : d’une part, la viande était transformée en Roumanie et non en France ;
d’autre part, il s’agissait de cheval et non de boeuf. C’est à ce stade que nous avons mis au
jour la présence des intermédiaires et des traders. C’est inacceptable. Nous étions convaincus que Comigel s’approvisionnait auprès d’une coopérative du Sud-Ouest.
Dès lors, nous avons lancé des tests de vérification sur une soixantaine des produits les plus février, nous déposions plainte contre X auprès
du procureur de la République en France.

LSA - Comment findus gère-t-il cette crise ?

M. L. - Nous sommes une marque militante et nous faisons bouger les lignes. Nous l’avons déjà prouvé sur la traçabilité de nos poissons, la suppression de l’huile de palme dans nos produits…

«Dans cette affaire, nous avons agi comme les «WikiLeaks» de l’alimentaire.»

Mais, dans cette histoire, il faut tout de même rappeler que c’est Findus, lui-même, qui a révélé l’affaire ! Il est clair que nous avons été sous les feux des projecteurs au moment où le scandale éclatait ; mais plus l’enquête avançait et moins nous étions pointés du doigt. Aujourd’hui, nous voulons montrer que nous avons été trompés. Certains affirment même que, sans Findus, on mangerait encore du cheval ! Depuis que nos produits sont de retour en linéaires, nous pratiquons des tests ADN sur 100% des lots contenant de la viande de boeuf. Et nous opérerons de la sorte jusqu’à ce que le système d’étiquetage soit de nouveau digne de notre confiance.

LSA - Quelles ont été les réactions des distributeurs face cette affaire?

M. L. - Les distributeurs, comme les industriels, sont très solidaires et reconnaissent que nous sommes le révélateur de ce scandale. Et pour
cause… Sur la totalité des produits retirés, seul un sur dix portait la marque Findus, le reste concernait les marques de distributeurs. En effet,
les références Findus incriminées ne représentaient que 500 tonnes contre 5 000 tonnes de MDD et de marques de spécialistes.

LSA - Comment le groupe va-t-il agir pour retrouver la confiance des consommateurs ?

M. L. - Notre premier objectif est de regagner cette confiance des consommateurs. Depuis le début de l’affaire, nous avons communiqué auprès des filières afin qu’elles fassent, elles aussi, acte de transparence auprès des consommateurs pour les informer le mieux possible. Au nom de Findus, nous ferons tout ce qu’il faut pour rassurer nos clients. Les tests que nous effectuons en ce moment sur nos produits ont pour vocation de les protéger. Dans ce cadre, nous lançons une grosse campagne dans la presse cette semaine. Nous pourrons ainsi leur expliquer notre démarche et notre prise en main afin de leur garantir et de leur assurer la qualité de nos produits. En revanche, on assiste à un amalgame
dans l’esprit des consommateurs entre la fraude avérée et le doute qu’ils ont concernant les ingrédients qui composent les plats cuisinés. Il s’agit
de deux choses différentes. Mais nous ne pensons pas être victimes d’un désamour des consommateurs, car beaucoup estiment l’attitude de
Findus louable et responsable. Nous voulons changer les choses pour qu’il y ait de moins en moins de doute dans leur esprit.

LSA -  Comment va désormais s’organiser votre processus de fabrication ?

M. L. - Cette affaire montre que l’on ne peut pas seulement se reposer sur le système d’étiquetage européen. Et toute l’industrie agroalimentaire est basée sur ce principe de confiance. Il est impensable de devoir tout vérifier en bout de chaîne. On ne peut pas faire le travail de tout le monde, car, au final, 99,9% des gens font correctement leur boulot. Ni mettre non plus un policier derrière chacun. Nous réalisons bien évidemment des tests d’audit chez Comigel, mais on ne peut pas faire l’analyse des étiquettes. Il plane un nuage d’interrogation au-dessus du fournisseur. Et la punition des fraudeurs doit être forte. Aujourd’hui, il faut agir. Dans ce cadre, nous allons opérer un travail de remise à plat de toute la filière bovine, avec tous les acteurs, dans une démarche volontaire et pionnière. Findus va reprendre le contrôle de la filière. Nous allons raccourcir la chaîne d’approvisionnement afin de passer de l’animal à l’abattoir puis à l’usine sans autre intermédiaire. Dans un souci de transparence et de traçabilité totale, nous mènerons nous-mêmes les contrôles avec des audits internes ou externes. Il ne faut plus jamais qu’une telle affaire se reproduise.

Outre les produits concernés, les autres gammes de Findus ne sont pas touchées par une baisse de la consommation. ”

Matthieu Lambeaux

Dans un souci de transparence et de traçabilité totale, nous mènerons nous-mêmes les contrôles avec des audits internes ou externes. ”

Matthieu Lambeaux

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Article extrait
du magazine N° 2262

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